Un projet hors normes
Baptisée “Pure Salmon”, du nom de la multinationale qui porte le projet (basée à Abu Dhabi et détenue par un fonds d’investissement singapourien), cette ferme-usine de saumons s’étendrait sur 75 000 m², à l’extrémité de l’estuaire de la Gironde. Avec une production annuelle de 10 000 tonnes de saumons, elle deviendrait la plus grosse installation du genre en Europe. Les risques liés à ce projet démesuré sont importants pour l’environnement, mais aussi pour la santé des habitant·es, l’approvisionnement en eau et les activités économiques (pêche et conchyliculture artisanales, loisirs, tourisme…) du territoire des deux côtés de l’estuaire, en Gironde et en Charente-Maritime.
Le Bureau de recherches géologiques et minière (BRGM) et tous les hydrogéologues indépendant·es consulté·es estiment que Pure Salmon n’a pas fait la preuve que le pompage d’eau requis par son installation n’aurait pas d’incidence sur la nappe de l’Eocène, qui alimente en eau potable 1,7 million de Girondin·es.
Deux millions de litres prélevées chaque année dans les nappes souterraines, soit trois piscines olympiques / jour, dans un territoire déjà en stress hydrique.
Des millions de litres d’eau chargée en matières organiques et azotée seraient rejetés chaque jour dans l’estuaire. Pêche artisanale, ostréiculture et tourisme dépendent pourtant de la qualité de cette eau !
Le site se trouve au cœur du Parc naturel marin de l’estuaire de la Gironde et de la mer des Pertuis, à proximité d’une zone Natura 2000.
Avec 10 000 tonnes de poissons produites chaque année, ce sont plus de deux millions de saumons condamnés à vivre entassés dans des bassins, sous une lumière artificielle, dans des surdensités (70 kg/m3) qui dépassent de près de trois fois les seuils recommandés par la communauté scientifique pour l’élevage en mer (25 kg/m3).
Pour maintenir les eaux à basse température, il sera nécessaire de climatiser les lieux. La consommation électrique s’élèverait à environ 100 GWh par an, soit l’équivalent d’une ville de 40 000 personnes.
Il faut 440 petits poissons sauvages pour nourrir un saumon d’élevage tout au long de sa vie. Ces poissons sont généralement pêchés au large de l’Afrique de l’Ouest. C’est une pression aggravée sur les écosystèmes marins et les populations locales qui voient leurs ressources pillées pour nourrir des élevages intensifs.
La contestation s’organise
Manifestation à Verdon-sur-Mer le 18 octobre.
© Groupe local de Greenpeace de Bordeaux
Un territoire mobilisé
Dimanche 18 octobre, une manifestation pacifique a eu lieu sur la presqu’île du Médoc, rejointe par des participant·es des deux rives de l’estuaire. Environ 2000 personnes étaient présentes, dont des membres du groupe local de Greenpeace de Bordeaux.
Une enquête publique organisée du 15 décembre 2025 au 19janvier 2026 sur le projet avait recueilli près de 23 000 contributions ! Selon les chiffres repris dans une question écrite à l’Assemblée nationale, 63 % des contributions étaient défavorables au projet. Dix-sept communes de l’estuaire ont également délibéré contre cette implantation. Au cours de cette enquête publique, la commission locale de l’eau, le Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM) et le Conseil scientifique de l’estuaire, opposés au projet, avaient pointé un déficit d’information derrière les « affirmations rassurantes » de la multinationale Pure Salmon. Malgré cela, la commission d’enquête avait rendu un avis favorable.
Deux recours en justice contre le projet
Le 6 octobre dernier, un collectif de 13 associations (dont Greenpeace France), quatre entreprises locales et 17 riverains·es a annoncé avoir déposé deux recours contre les décisions permettant la réalisation de cette ferme-usine au Verdon-sur-mer (un contre l’autorisation environnementale, un contre le permis de construire). L’audience devrait avoir lieu au plus tôt au printemps 2027.
Les parlementaires s’en mêlent
En mars 2025, une proposition de loi a été déposée par une centaine de député·es (de tous les bords de l’échiquier politique, à l’exception de l’extrême-droite) pour réclamer un moratoire de dix ans sur ces fermes-usines de saumons. À ce jour, elle n’a pas encore été examinée à l’Assemblée nationale. Une sénatrice de Gironde a également déposé une proposition allant dans le même sens au Sénat en septembre dernier.
Manifestation à Verdon-sur-Mer le 18 octobre.
© Groupe local de Greenpeace de Bordeaux
En définitive, ce sont deux visions irréconciliables de l’avenir qui s’opposent ici et qui reflètent, à l’échelle d’un territoire, les antagonismes qui secouent l’ensemble de notre société aujourd’hui. D’un côté, une vision du monde où la croissance industrielle illimitée, l’intensification à outrance de la production et la quête de rentabilité pour des capitaux étrangers justifient toujours davantage l’artificialisation des territoires et l’exploitation des ressources. De l’autre, une volonté de préserver les écosystèmes, de défendre la santé publique, de maintenir des activités locales vivantes et de redonner aux citoyens le pouvoir de décider de leur avenir et de celui du territoire où ils vivent.
Que faire à mon niveau ?
- En 20 ans, la production mondiale de saumon a triplé. En France, on en consomme 4,2 kg par an et par personne, ce qui fait de nous le premier consommateur européen de saumons. Il faut commencer par manger moins mais mieux de poisson : téléchargez notre guide de la consommation de poisson
- Signez la pétition. pour demander la suspension du projet.
- Rejoignez le Groupe local de Greenpeace de Bordeaux.