Perturbation du Sommet mondial sur l’énergie nucléaire

Un sommet déconnecté de la réalité du monde, au service de l’industrie nucléaire

Les organisateurs du Sommet mondial sur l’énergie nucléaire promettent des échanges sur le « rôle de l’énergie nucléaire face aux grands défis énergétiques et climatiques ». En réalité, cet événement est uniquement un colloque en faveur du développement de l’industrie nucléaire mondiale.

Glaçante ironie, cette rencontre en grande pompe se tient la veille de la commémoration des 15 ans de l’accident nucléaire de Fukushima, survenu le 11 mars 2011 au Japon.

Ce matin, une quinzaine d’activistes de Greenpeace France ont perturbé l’arrivée des convois officiels en direction de l’évènement pour dénoncer cette aberration. Deux d’entre eux ont interrompu Emmanuel Macron et Rafael Grossi, le directeur de l’AIEA, pour porter ce message.

Ce sommet mondial sur l’énergie nucléaire est totalement hors sol par rapport à la situation mondiale actuelle, tant sur le plan des tensions géopolitiques et des conflits armés, que dans le cadre de la lutte contre le changement climatique.

Il y a deux ans, nous étions déjà présents à Bruxelles pour dénoncer l’illusion de la relance nucléaire lors de la première édition du sommet. Des activistes de Greenpeace France avaient bloqué les accès à l’événement.

L’énergie nucléaire n’est pas la solution pour sortir des énergies fossiles et est inadaptée au monde qui vient. Elle est vulnérable aux événements climatiques extrêmes et dépendante des aléas géopolitiques, créant une insécurité énergétique incompatible avec les besoins énergétiques actuels et la réalité des tensions géopolitiques. En effet, comment garantir la sûreté nucléaire dans un monde instable ?

Aussi, construire un réacteur nucléaire prend en moyenne 15 ans. L’EPR de Flamanville en est la preuve, avec plus de 17 ans de travaux et près de 20 milliards d’euros de dépassement budgétaire. À l’heure où les scientifiques du GIEC sonnent l’alerte rouge pour que l’humanité réduise rapidement et massivement les émissions de gaz-à-effet de serre, le nucléaire est hors course.

Pire, il sabote les objectifs climatiques en détournant des ressources colossales (financières, techniques, humaines…) au détriment de la seule voie pour un futur désirable : sobriété, efficacité énergétique et énergies renouvelables.

Le nucléaire alimente la guerre de la Russie en Ukraine

La France et l’Europe restent dépendantes de la Russie pour leur approvisionnement en uranium. Malgré la guerre de Vladimir Poutine en Ukraine et l’implication de l’entreprise d’État russe Rosatom dans l’occupation de la centrale nucléaire de Zaporijia attaquée et détournée par l’armée russe en 2022, le ballet des cargos livrant de l’uranium entre la Russie et la France continue.

Véritable arme géopolitique créée par Vladimir Poutine, Rosatom cultive une emprise stratégique sur la politique énergétique européenne grâce à ses 19 réacteurs en Europe. Dans son rapport “Prise du pouvoir”, l’ONG ukrainienne Truth Hounds dénonce des crimes de guerre dont Rosatom serait complice, et notamment des actes de torture sur des employé·es de la centrale de Zaporijia.

Pourtant, l’industrie nucléaire française, à travers des entreprises publiques comme EDF, Orano et Framatome, continue d’entretenir des liens commerciaux avec Rosatom en toute impunité, et finance donc indirectement l’effort de guerre russe.

La semaine dernière, dans le porte de Dunkerque, des militant·es de Greenpeace France ont bloqué l’arrivée d’un des cargos acheminant de l’uranium russe entre la Russie et la France pendant 5h pour dénoncer ces liens commerciaux inacceptables et exprimer leur soutien au peuple ukrainien et aux employé·es de la centrale emprisonné·es.

La centrale de Zaporijia, occupée illégalement par la Russie depuis quatre ans, est la première centrale nucléaire civile détournée par l’armée d’un pays ennemi. C’est une tragique illustration des dangers de cette énergie en zone de conflits. Aujourd’hui, c’est la centrale nucléaire de Bouchehr en Iran qui est au centre de l’attention au milieu de la guerre en cours au Proche-Orient.

Le nucléaire pacifique n’existe pas. Les infrastructures nucléaires civiles présentent un risque de catastrophe inhérent à cette technologie. Cette énergie est un risque supplémentaire pour la population et l’environnement en temps de guerre.

Un greenwashing coûteux et dangereux

Le nucléaire est une énergie sale : il génère des montagnes de déchets radioactifs (dont certains pour des centaines de milliers d’années) qui sont une menace pour la biodiversité et reposent sur un modèle extractiviste. Les SMR (“Small modular reactor” ou “mini réacteur”), présentés comme une solution miracle, ne sont qu’une nouvelle diversion pour éviter une transition énergétique juste et à la hauteur des enjeux. Leur modèle économique est loin d’être rentable, les technologies ne sont pas matures.

Chaque euro d’argent public investi dans ces technologies est un euro jeté par la fenêtre, perdu pour la transition énergétique et sociétale pour un avenir désirable.

L’énergie nucléaire représente en réalité une part marginale et déclinante de la production d’énergie mondiale. En 2024, le nucléaire ne représentait plus que 9 % de la production mondiale d’électricité, son niveau le plus bas depuis 40 ans. Alors que les éoliennes et panneaux solaires installés en 2024 produisent déjà plus que l’ensemble des réacteurs construits depuis le début du siècle.

Les bases pour une transition énergétique juste

Ce sommet du nucléaire est une tentative désespérée de sauver une industrie en déclin. Au lieu de gaspiller des milliards dans une énergie dépassée, la France doit enfin engager une transition énergétique ambitieuse, fondée sur les renouvelables, l’efficacité énergétique et la sobriété.

Les alternatives aux énergies fossiles et au nucléaire existent et doivent être déployées à grande échelle. Le nucléaire est une impasse climatique. La seule voie praticable pour l’humanité est la remise en cause du modèle économique de surproduction et de surconsommation pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et protéger la biodiversité des écosystèmes qui nous nourrissent. C’est celle d’un changement de modes de vie, des économies d’énergies et le développement des énergies renouvelables, seules énergies à pouvoir remplacer les fossiles dans le temps qui nous est imparti.

Le nucléaire est une dangereuse diversion dans un moment crucial pour notre avenir énergétique. Il est plus que temps de regarder sérieusement les options que nous avons pour un monde juste et adapté aux défis climatiques, énergétiques et géopolitiques qui se présentent à nous.

Que faut-il alors ?

Crédit photo : © Mary-Lou Mauricio / Greenpeace