Nucléaire : le gouvernement pille le livret A

Détournement de l’épargne des Français·es

Le 12 mars 2026, lors du Conseil de politique nucléaire, Emmanuel Macron a annoncé que 60 % du financement des six premiers réacteurs nucléaires EPR2 – soit plus de 50 milliards d’euros, d’après la dernière évaluation d’EDF – seraient prélevés sur le fonds d’épargne géré par la Caisse des dépôts, alimenté par le Livret A des Français·es. Pourtant, aucune consultation parlementaire, aucun débat public n’a eu lieu. Encore une fois Emmanuel Macron décide seul de l’avenir énergétique de la France en activant, pour une technologie coûteuse et controversée, des leviers financiers qui n’auront jamais été proposés pour répondre aux priorités sociales.

Créé en 1818 pour encourager l’épargne populaire et financer des projets d’intérêt général, le Livret A a toujours été un outil au service de la population : logements sociaux, rénovation urbaine, soutien aux hôpitaux et aux universités. Son utilisation, strictement encadrée, devait garantir que l’argent des épargnant·es profite à la collectivité. Certainement pas à des industries controversées. Mais aujourd’hui le gouvernement bafoue ce principe en détournant ces fonds au profit du nucléaire – un secteur déjà surfinancé, qui manque de transparence, et dont les coûts pharaoniques profitent avant tout à EDF et à ses actionnaires. Pire : cette décision est prise sans consultation, sans débat, comme si l’épargne des Français⸱es était à la disposition du pouvoir.

L’obsession du nucléaire français, quoi qu’il en coûte

Alors que le gouvernement français impose l’austérité budgétaire à ses citoyen·nes, le nucléaire bénéficie, encore, d’un régime d’exception. En effet, le coût total de la relance nucléaire pourrait atteindre 650 milliards d’euros d’ici 2050 : une somme astronomique.

Pourtant, la filière nucléaire française est un chantier en déroute : retards à répétition, dépassements de budget colossaux, gestion chaotique… La Cour des comptes elle-même a pointé dans un rapport les défaillances structurelles des EPR, ces réacteurs de nouvelle génération censés sauver l’industrie.

Rappel des dépassements de coûts des réacteurs nucléaires EPR construits dans le monde :

La centrale nucléaire de Flamanville en Normandie. © Delphine Ghosarossian / Greenpeace

Résultat ? Des projets, comme celui de Hinkley Point en Angleterre ou de Flamanville en France, s’enlisent, illustrant l’incapacité du secteur à tenir ses promesses, tant sur le plan technique que financier. Cette préférence pour le nucléaire est insensée mais aussi dangereuse car elle fait diversion et capte les financements essentiels dont nous avons besoin pour répondre aux défis qui nous font face (crise climatique et énergétique).

Un choix politique en décalage avec les besoins de la société

Ce détournement du Livret A révèle une logique politique : relancer le nucléaire à tout prix, quitte à ignorer les besoins réels de la population et les alternatives existantes. Ce prêt à taux 0 (de plus de 50 milliards d’euros pour les 6 premiers EPR2), accordé par le gouvernement français à l’entreprise publique EDF, représentera environ 30 % de la part du Livret A dédiée au financement des infrastructures essentielles, comme les logements sociaux, les hôpitaux et les universités. Aussi, cette possibilité n’a jamais été envisagée pour la rénovation énergétique ou le développement des énergies renouvelables, mesures pourtant bien plus adaptées que le nucléaire pour mener notre transition énergétique.

« L’argent des Français ne doit pas servir à financer une énergie du passé, mais à construire un avenir sobre et renouvelable » Nicolas Nace, chargé de campagne Transition énergétique à Greenpeace France.

Dans un contexte de tensions sur les finances publiques, il est essentiel d’avoir un débat transparent sur l’usage de l’épargne populaire et sur les priorités d’investissement pour la transition énergétique. À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, plusieurs questions se posent : l’épargne des Français·es doit-elle servir à sauver un nucléaire en faillite, ou à financer une transition juste et sociale ? Qui décide de l’usage de notre argent ? Et pour quel projet de société ?

Crédit photo : © Mitja Kobal / Greenpeace