PPL Hydrocarbures au Sénat : les territoires d’outre-mer méritent mieux que le mirage fossile

Climat, Pétrole, gaz et charbon

Communiqué de presse commun : Greenpeace France, Les Amis de la Terre France, BLOOM, Notre Affaire à Tous, Reclaim Finance, Action Justice Climat Paris, 350.org., Surfrider Foundation Europe, Ligue des droits de l’Homme (LDH), Mayotte Nature Environnement, Survie

À la veille de l’examen en séance publique au Sénat de la proposition de loi visant à relancer la recherche et l’exploitation d’hydrocarbures en outre-mer, onze organisations alertent sur un texte en totale contradiction avec les intérêts environnementaux, sociaux et économiques de la France, et plus encore avec ceux des territoires ultramarins concernés.

Alors que la France se présente sur la scène internationale comme un acteur volontaire de la transition énergétique et de la sortie des énergies fossiles, ce texte entérinerait un retour en arrière de dix ans. Relancer des projets pétroliers et gaziers dans les territoires d’outre-mer constituerait un anachronisme politique majeur et enverrait un signal catastrophique, à l’heure où les États sont attendus sur des trajectoires de sortie déterminées et exemplaires.

Adoptée mercredi dernier en commission des affaires économiques grâce au vote de sénateurs macronistes, centristes, LR, et Horizons, cette proposition de loi trahit une incapacité persistante des décideurs politiques à imaginer un autre modèle de développement pour les territoires ultramarins que celui de l’extraction, hérité de l’histoire coloniale. Le contexte géopolitique devrait pourtant pousser à renforcer une véritable souveraineté énergétique. Or les territoires d’outre-mer disposent d’atouts considérables en matière d’énergies renouvelables. Malgré cela, certains élus continuent de promouvoir un mirage économique fossile périmé, peu pourvoyeur d’emplois, dont les bénéfices seraient massivement captés par des acteurs extérieurs.

Les faits sont largement documentés, et rappelés encore récemment dans un rapport parlementaire en 2023. L’exploitation des hydrocarbures expose les territoires à des risques de déstabilisation économique, sans garantie de redistribution locale, à une vulnérabilité politique accrue (corruption, phénomènes d’accaparement) ainsi qu’à des dommages environnementaux irréversibles. Les territoires d’outre-mer, qui concentrent une part immense de la biodiversité française et sont en première ligne des impacts de la crise climatique, ont tout à perdre dans ce modèle et seront les premiers à en payer le prix. Mettre en péril leurs écosystèmes, c’est fragiliser leurs économies, leur capacité d’adaptation face à la crise climatique et les moyens de subsistance des populations.

Enfin, alors que le gouvernement s’est montré divisé sur ce texte, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut allant jusqu’à mettre sa démission dans la balance, le silence de Matignon interroge. Ne pas trancher rapidement en se positionnant clairement contre une telle proposition de loi revient, de fait, à laisser prospérer une vision incompatible avec l’urgence climatique, les engagements internationaux de la France en matière de protection de la biodiversité et les intérêts de long terme des territoires ultramarins. À l’heure du bilan des quinquennats d’Emmanuel Macron, il serait incompréhensible de laisser sacrifier l’un des rares marqueurs positifs de sa politique environnementale. L’urgence est de prendre ses responsabilités en matière de sortie juste et ordonnée des énergies fossiles.

La France doit assumer une ligne politique claire. Le développement économique, l’amélioration des conditions de vie et la souveraineté énergétique ne passent ni par le pétrole ni par le gaz, mais par la sobriété et l’efficacité énergétiques, le développement des énergies renouvelables, la fin des financements aux énergies fossiles, la protection des écosystèmes, et des politiques publiques à la hauteur des réalités sociales, tout particulièrement dans les territoires d’outre-mer. C’est un impératif qui protégera à la fois ces territoires de la prédation extractiviste et le pays des logiques impérialistes qui bouleversent la scène internationale.


Notes aux rédactions :