PPE :  en retard, archaïque et réactionnaire 

Énergies

Les deux ans de retard de cette PPE auraient pu permettre un texte ambitieux pour sortir au plus vite des énergies fossiles, pourtant ce texte, qui va fixer le cap énergétique de la France, reste un modèle de manipulation politique et de médiocrité.
Pour Greenpeace France, cette PPE n’est au final que l’illustration de la politique énergétique que subit la France depuis presque une décennie : en retard, archaïque, réactionnaire. 

Si cette PPE a 2 ans de retard sur le papier, elle a au moins une décennie de retard dans sa vision de la transition énergétique”, souligne Nicolas Nace, chargé de campagne transition énergétique pour Greenpeace France. “Le gouvernement a agité l’épouvantail d’un moratoire pour faire passer une PPE médiocre et à rebours de l’urgence environnementale. Sébastien Lecornu parle d’un compromis, difficile de voir autre chose qu’un compromis entre les idées climatosceptiques et rétrogrades de l’extrême-droite et la faible ambition climatique de la Macronie”.

Une Programmation Pluriannuelle de l’Entêtement français

  • entêtement à saborder l’éolien terrestre, en reprenant l’instrumentalisation et l’amplification des contestations locales par la droite et l’extrême-droite au détriment d’une montée en puissance d’une filière industrielle stratégique française.
    L’éolien terrestre, qui produit plus en hiver, est pourtant particulièrement bien aligné avec la saisonnalité de la consommation française et ainsi très complémentaire du photovoltaïque qui produit plus l’été. Le rythme proposé, toujours autour de 1 à 1.5 GW/an et surtout porté par le renouvellement de parcs existants, est insuffisant pour assurer notre souveraineté énergétique et industrielle.
  • entêtement à considérer le solaire comme une variable d’ajustement et non comme une filière industrielle stratégique pour notre souveraineté énergétique. En baissant drastiquement les objectifs pour 2030 et 2035 comparés à la version de la PPE 3 présentée en novembre 2024, le gouvernement envoie un signal catastrophique aux salarié·es et entreprises du photovoltaïque. Ce texte aura des conséquences sociales : plans sociaux à prévoir, pas de montée en puissance de la filière photovoltaïque, menaces sur la viabilité des projets de “giga-usines” de panneaux solaires en France (Carbon, HoloSolis et DAS Solar).
    Une fourchette basse de 55 GW en 2035 revient à un quasi moratoire à partir de 2030 et son objectif de 48 GW. Cette PPE pourrait donc en réalité masquer une destruction à petit feu de la filière solaire française : passage de 5.9 GW installés sur l’année 2025 à 3.4 GW par an installés d’ici à 2030 puis à 1.4 GW par an entre 2030 et 2035.
  • entêtement à croire au mythe du nucléaire “quoi qu’il en coûte”. 
    Ni la guerre en Ukraine, ni la grave crise énergétique de 2022 avec la moitié du parc nucléaire hors d’usage, ni les retards pris sur les EPR2 (le premier EPR2 ne sera pas mis en service au mieux avant 2038… et probablement bien plus tard), ni les surcoûts astronomiques de ces 6 EPR2 (+ 20 milliards d’€, soit +40 %, sur le devis en moins de 4 ans, et ce n’est que le début), n’auront eu raison de l’obsession d’E.Macron pour la relance du nucléaire et ces EPR2 d’un autre temps.
  • entêtement à reléguer les enjeux centraux de sobriété et d’efficacité au second plan. La rénovation énergétique est l’illustration parfaite que ces sujets n’ont jamais été une priorité pour les gouvernements successifs d’E.Macron : politiques de stop&go permanentes, baisse de l’ambition sur le nombre de rénovations performantes au profit de petits gestes inefficaces, coupes budgétaires ou suspensions de guichets (MaPrimeRénov’) systématiques.

Pour justifier cette faible ambition énergétique et climatique, le gouvernement nous promet à nouveau la panacée : un grand plan d’électrification en mai 2026. Mais depuis 9 ans, Emmanuel Macron et ses gouvernements successifs n’ont rien fait pour permettre aux Françaises et aux Français de réduire leurs factures énergétiques, de sortir de la précarité dans leur logement, de ne plus dépendre du pétrole ou du gaz fossile venant des Etats-Unis de Trump ou de la Russie de Poutine pour se déplacer ou se chauffer. Un peu plus d’un an avant l’élection présidentielle, qui peut encore croire à cet énième effet d’annonce ?” conclut Nicolas Nace.