Nucléaire : Greenpeace dénonce un détournement inadmissible de l’épargne des Français pour financer les EPR2
Lors du cinquième Conseil de politique nucléaire tenu hier, jeudi 12 mars, Emmanuel Macron a annoncé que le fonds d’épargne géré par la Caisse des dépôts, c’est-à-dire l’épargne du Livret A des Françaises et Français financera 60 % du montant total du programme de construction des réacteurs nucléaires EPR2.
Ce prêt à taux 0 – de plus de 50 milliards d’€ [1] pour les 6 premiers EPR2-, accordé par le gouvernement français à l’entreprise publique EDF, représentera environ 30% [2] des sommes dédiées au financement des infrastructures essentielles – et malheureusement négligées-, comme les logements sociaux, les hôpitaux et les universités.
Greenpeace France s’indigne que le nucléaire fasse une nouvelle fois l’objet d’un régime d’exception total.
“Si cet argent est disponible, pourquoi n’a-t-il pas été utilisé pour créer un fonds permettant d’aider les Français·es à rénover leur logement, pour leur permettre d’acquérir des véhicules électriques pour sortir de la dépendance au pétrole ? La réponse est simple : l’objectif premier d’Emmanuel Macron et de ses gouvernements n’est pas de réussir notre transition énergétique ou d’aider la France à sortir des énergies fossiles mais de relancer le nucléaire, quoi qu’il en coûte”, déclare Nicolas Nace, chargé de campagne transition énergétique à Greenpeace France.
Dans une note publiée hier, Greenpeace France alertait sur le montant vertigineux que représenterait la relance du nucléaire inscrite dans la PPE : 380 à 650 milliards d’€ d’ici à 2050, dans un scénario de relative maîtrise industrielle. Ce coût, qu’Emmanuel Macron et son gouvernement ne mentionnent jamais, ne semble pas les effrayer : l’argent magique existe mais uniquement pour le nucléaire.
Dans un contexte d’austérité budgétaire instauré par les gouvernements successifs, Greenpeace France s’indigne que le coût démentiel de ce programme nucléaire ne soit jamais questionné, qu’Emmanuel Macron puisse décider unilatéralement de recourir ainsi au Livret A sans jamais consulter le Parlement.
“Où est donc passée la neutralité technologique défendue par la France à Bruxelles pour l’accès aux financements ? Pourquoi les énergies renouvelables et la rénovation énergétique n’auraient-elles pas le droit, elles aussi, au même régime d’exception ?”, interroge Nicolas Nace.
Dans ce contexte d’austérité budgétaire et de tensions sur les finances publiques, Greenpeace France appelle à un débat transparent sur les priorités d’investissements pour la transition énergétique et sur l’usage de l’épargne des Français lors de l’élection présidentielle de 2027.
1] Le coût de construction des 6 EPR2 a été réévalué par EDF à 72,8 milliards d’euros 2020 (86,7 milliards d’euros 2023). Le prêt de l’Etat sera donc d’au moins 52 milliards d’euros.
2] Ce prêt serait financé par la part du Livret A dédiée à des prêts de long terme, soit 42% des 448 milliards d’euros du Livret A.