Demain jeudi aura lieu à Dunkerque une audience sur intérêts civils, suite à l’intrusion d’activistes de Greenpeace France dans la centrale de Gravelines (Nord) en 2024.
Après le procès des activistes en juin 2025 [1],cette audience portera sur les demandes d’EDF : au total, l’électricien demande 289 958 euros pour un préjudice matériel, 500 000 euros pour un préjudice moral et 15 000 euros pour ses frais d’avocat.
Pour Greenpeace, ces montants démesurés ont pour seul objectif d’attaquer l’association au portefeuille, une stratégie qu’EDF met en œuvre depuis plusieurs années.
En tout, pour quatre actions sur des centrales (Cruas, Flamanville, Tricastin et Gravelines), les dommages et intérêts demandés par EDF contre Greenpeace, les militantes et militants, représentent plus de 3 millions d’euros…
Cette audience aura lieu quelques jours seulement après la publication des courriers envoyés par le Rapporteur Spécial des Nations unies sur les défenseurs et défenseuses de l’environnement aux autorités françaises et à EDF, dans lesquels il exprime sa profonde préoccupation quant au traitement des activistes de Greenpeace et de l’association à la suite de l’action à Gravelines.
Il qualifie le montant réclamé par EDF à Greenpeace, ainsi qu’aux militantes et militants comme “un exemple flagrant de mesure mise en œuvre pour persécuter, pénaliser et harceler les défenseuses et défenseurs de l’environnement”, et demande à l’entreprise de prendre des dispositions pour veiller à ce que cette action civile “soit immédiatement retirée ou, a minima, pour veiller à ce que les sommes exorbitantes de dommages-intérêts demandées par EDF soient significativement réduites”.
Faisant fi de cette alerte quant au fait que sa stratégie judiciaire est contraire au droit international, l’électricien a néanmoins maintenu ses demandes depuis.
L’action à Gravelines était non-violente, menée de manière transparente, et touchait à un sujet d’intérêt général majeur : alerter sur les risques de submersion marine sur ce territoire dans le cadre du débat public sur le projet de construction de deux nouveaux réacteurs (EPR2) sur un littoral menacé par la montée des eaux.
Vulnérable et inadaptée, Gravelines est devenue le symbole de l’inadaptation des centrales nucléaires à un monde qui se réchauffe.
- Cet été, à deux reprises, des méduses ont entraîné l’arrêt de plusieurs réacteurs.
- Il y a quelques mois, l’ASNR publiait un avis accablant sur le projet des EPR2 à Gravelines. Aux risques déjà identifiés de submersion et d’inondations de la centrale, construite sur un polder, la Direction de l’expertise en sûreté de l’ASNR y soulignait le risque de tassements et de liquéfaction du sol.
- A travers un travail de cartographie projetant la montée des eaux sur le territoire de Gravelines jusqu’à la fin de la durée de vie des réacteurs, un rapport de Greenpeace a démontré qu’en 2100 et 2120, l’ensemble du site de la centrale de Gravelines pourrait se retrouver temporairement sous le niveau de la mer.
Notes aux rédactions
L’audience commencera à 14h00.
[1] Les condamnations prononcées par le tribunal en septembre 2025 :
– Les militantes et militants ont été déclarés coupables d’intrusion en réunion dans l’enceinte d’une installation civile abritant des matières nucléaires :
5 d’entre eux ont été condamnés à 800 € amende et ont vu leur demande de dispense d’inscription au bulletin n°2 du casier judiciaire rejetée
Les 7 autres militantes et militants ont été condamnés à 800 € d’amende dont 400 avec sursis, et leur demande de dispense d’inscription au bulletin n°2 du casier judiciaire a été acceptée
– Greenpeace France a été déclarée coupable de provocation ou incitation suivie d’effet à s’introduire sans autorisation dans l’enceinte d’une installation civile abritant des matières nucléaires. Elle a été condamnée à une amende de 30 000 euros.