Hexane : Greenpeace encourage les parlementaires à une interdiction de ce solvant toxique dans l’alimentation

Agriculture, Alimentation

Alors que la mission d’information parlementaire portée par Richard Ramos sur l’utilisation de l’hexane dans la production d’huiles alimentaires et dans l’alimentation animale vient de publier ses conclusions [1], Greenpeace France réaffirme sa demande d’interdiction totale de ce solvant toxique dans les produits alimentaires, qu’ils soient destinés à l’alimentation humaine ou animale, et encourage les parlementaires à porter une proposition de loi allant dans ce sens.

Nous saluons le travail rigoureux, qualitatif et objectif mené par Richard Ramos ainsi que par les services de l’Assemblée nationale dans le cadre de cette mission d’information parlementaire, souligne Sandy Olivar Calvo, chargée de campagne Agriculture à Greenpeace. Ses conclusions, en particulier sur la toxicité de l’hexane, puissant neurotoxique, et sur la faiblesse de la réglementation, font pleinement écho à notre enquête “Nos aliments contaminés à l’hexane” [2]. Si les consommateurs doivent être informés de la présence d’hexane dans les aliments, nous appelons à aller plus loin : il n’est plus tolérable qu’un solvant issu de la pétrochimie, reconnu pour sa toxicité, puisse continuer de se retrouver dans nos assiettes. La santé publique doit primer sur la rentabilité maximale recherchée par les industriels : l’utilisation de l’hexane doit être totalement interdite dans la production de denrées alimentaires et d’aliments pour animaux.

Concernant l’étiquetage des denrées alimentaires, Greenpeace souligne l’avancée via cette proposition mais rappelle que le risque de contamination à l’hexane existe également via la consommation de produits d’origine animale (beurre, lait – y compris laits infantiles -, poulet) ou encore dans des produits transformés contenant des matières grasses extraites avec de l’hexane. Ainsi, l’information aux consommateurs ne devrait pas se limiter aux huiles végétales, c’est d’ailleurs ce qui fait déjà défaut dans la réglementation européenne qui n’encadre pas les produits d’origine animale. Pour autant, la mission recommande d’informer les éleveurs quand des tourteaux sont issus d’une extraction à l’hexane, ce qui va pleinement dans le bon sens et confirme que l’exposition par l’alimentation animale est à prendre au sérieux.

Par ailleurs, Greenpeace salue la recommandation concernant le suivi des pouvoirs publics dans les processus de réévaluation de l’hexane au niveau européen : il est en effet indispensable de garantir un haut niveau d’ambition et d’exigence dans ces processus de réévaluation, notamment ceux en cours par l’EFSA et l’ECHA [3]. Pour Greenpeace, il est nécessaire de s’assurer de la prise en compte des multiples voies d’exposition à l’hexane et d’établir une dose journalière admissible (DJA).

Greenpeace rappelle que l’usage de l’hexane ne répond à aucune nécessité nutritionnelle ou sanitaire. Il s’agit d’un choix industriel visant à maximiser les rendements et les profits de groupes agroalimentaires, au détriment de la santé publique et de la transparence pour les consommateurs. Aussi, pour atteindre l’interdiction de l’hexane, et comme le recommande la mission d’information, il est absolument nécessaire de soutenir et développer très fortement les alternatives à l’hexane, qui existent déjà, et en particulier les procédés d’extraction mécanique, utilisés par certains acteurs.

Dans son rapport d’investigation [2], Greenpeace avait mis en lumière la place centrale du groupe agroalimentaire Avril dans l’utilisation de l’hexane.En tant que premier utilisateur d’hexane en France, Avril est au cœur de ce scandale sanitaire, souligne Sandy Olivar Calvo. Bien que le groupe se soit déjà penché sur les alternatives existantes à l’hexane, nous dénonçons que celui-ci reste un fervent défenseur et utilisateur de ce solvant pétrochimique, sans pour autant rendre des comptes aux consommateurs. Nous regrettons que le groupe Avril ait décliné de participer à cette mission d’information et exhortons son président, Arnaud Rousseau (également président de la FNSEA), à sortir de son silence et à prendre pleinement ses responsabilités dans ce scandale sanitaire qui touche non seulement les consommateurs mais aussi les éleveurs, par le biais de l’alimentation animale.

L’hexane : un solvant toxique dans nos aliments du quotidien
L’hexane, massivement utilisé pour l’extraction des huiles végétales et la fabrication de tourteaux pour l’élevage, est un dérivé du pétrole, reconnu pour ses effets neurotoxiques avérés, suspecté d’être reprotoxique [4]. Il n’apparaît pourtant pas sur les étiquettes car il est classé comme auxiliaire technologique. Dans ce cadre, Greenpeace France a enquêté pendant plus d’un an sur son utilisation dans la production alimentaire et a publié un rapport en septembre 2025, assorti d’une méthodologie détaillée. Ce rapport se base sur une campagne d’analyses indépendantes dont les résultats sont sans appel : des résidus d’hexane ont été détectés dans près de deux tiers des produits testés, incluant des aliments du quotidien tels que des huiles, du beurre, du lait ou de la viande de poulet et des aliments pour animaux), révélant l’ampleur de la contamination au sein de toute la chaîne alimentaire.

Lors de son audition pour cette mission d’information parlementaire [5], Greenpeace avait rappelé, entre autres, que les risques liés à l’hexane étaient d’autant plus préoccupants car cette exposition alimentaire concerne notamment les publics les plus vulnérables comme les nourrissons et les femmes enceintes.

 

 

Notes aux rédactions :
[1] Voir site de l’Assemblée nationale “Mission flash sur l’incidence économique de l’utilisation d’hydrocarbures dans la production d’huiles alimentaires et leur mise sur le marché
[2] En septembre 2025, Greenpeace France a rendu public un rapport d’investigation sur l’usage de l’hexane en France, ses risques potentiels et avérés pour la santé et les lacunes réglementaires existantes.
[3] EFSA : Autorité européenne de sécurité des aliments
ECHA : Agence européenne des produits chimiques
[4] Voir la tribune Utilisation de l’hexane par l’agroalimentaire : « Un produit ne doit être autorisé que si les avantages sont supérieurs aux risques pour la santé publique. Ce n’est pas le cas ici », Le Monde, 22/10/2025
[5] Voir Audition parlementaire sur l’hexane : Greenpeace rappelle les dangers avérés de ce solvant toxique et appelle à son interdiction, communiqué de presse de Greenpeace France, 18/11/2025