Audition parlementaire sur l’hexane : Greenpeace rappelle les dangers avérés de ce solvant toxique et appelle à son interdiction

Agriculture

Deux représentantes de Greenpeace France ont été auditionnées aujourd’hui dans le cadre de la mission d’information de l’Assemblée nationale portant sur l’utilisation de l’hexane dans la production d’huiles alimentaires et dans l’alimentation animale [1]. L’organisation a appelé à interdire l’usage de l’hexane dans la production alimentaire et a rappelé la responsabilité du groupe agro-alimentaire Avril, qui n’a toujours pas réagi à ce scandale sanitaire.

« Les pouvoirs publics se saisissent du dossier : c’est une première étape encourageante pour obtenir une interdiction de l’utilisation de l’hexane dans les produits alimentaires, explique Sandy Olivar Calvo, chargée de campagne Agriculture à Greenpeace. Par ailleurs, il est nécessaire de se référer à l’état des connaissances scientifiques pour ne pas se faire leurrer par les discours trompeurs de certains industriels de l’agroalimentaire sur les risques sanitaires liés à l’hexane.
Le silence d’Avril, premier utilisateur d’hexane en France, n’est d’ailleurs plus tenable. »

L’hexane, un scandale sanitaire silencieux
Cette audition intervient dans un contexte d’inquiétude croissante concernant la présence de résidus de ce solvant dérivé du pétrole dans de nombreux produits du quotidien [2]. L’hexane, massivement utilisé comme solvant d’extraction dans l’industrie agroalimentaire, est un hydrocarbure reconnu pour ses effets neurotoxiques avérés, suspecté d’être reprotoxique [3]. Il n’apparaît pourtant pas sur les étiquettes car il est classé comme auxiliaire technologique. Dans ce cadre, Greenpeace France a enquêté pendant plus d’un an sur son utilisation dans la production alimentaire et a publié un rapport en septembre 2025 [4].

Des industriels qui sèment le doute
Pour Greenpeace, cette audition a également été l’occasion de revenir sur de récentes désinformations publiques au sujet de l’hexane et du rapport publié en septembre dernier sur ce solvant.

  • À propos des risques liés à l’hexane [5] :
    Greenpeace a rappelé que le bilan sanitaire est clair : l’hexane est un neurotoxique avéré que ce soit par le biais de l’inhalation ou par celui de l’ingestion. Des études démontrent aussi que c’est un reprotoxique.

    • Les risques pour les ouvriers et ouvrières exposés à une inhalation chronique d’hexane sont connus et documentés depuis des décennies, ces derniers pouvant développer des neuropathies périphériques.
    • L’ECHA (agence européenne des produits chimiques) explique que le n-hexane présente un risque de toxicité avéré en cas d’inhalation et en cas d’exposition chronique. Il est d’ailleurs classé comme CMR (cancérigène, mutagène, reprotoxique) de catégorie 2 par cette agence.
    • Une étude scientifique sur le sujet de l’ingestion, réalisée sur des rats, montre que l’hexane peut avoir des conséquences neurotoxiques par ingestion, particulièrement du fait de son métabolite toxique, le 2,5-hexanedione [6].
    • L’exposition par ingestion est aussi grave que l’inhalation : une exposition par ingestion conduit à une exposition systémique plus importante que par inhalation (par l’absorption digestive quasi complète, le produit diffuse et s’accumule dans plusieurs types de tissus – système nerveux central, foie, tissu adipeux). On peut donc suggérer qu’une exposition par la voie alimentaire peut engendrer une imprégnation cumulative dans le corps.
    • D’autres recherches ont démontré que le n-hexane pouvait traverser la barrière placentaire, et donc avoir un impact potentiel sur le neurodéveloppement fœtal et infantile [7].
  • À propos des analyses réalisées pour Greenpeace France [8] sur 56 produits alimentaires (des résidus d’hexane ont été détectés dans 36 d’entre eux) :
    Le laboratoire sélectionné a mis au point une méthodologie de détection fine adaptée aux produits alimentaires, plus sensible que celles généralement utilisées par les laboratoires accrédités pour les tests industriels. En effet, dans le cadre de ce type d’accréditation, la réglementation n’impose pas la détection de l’hexane en dessous de 1 mg/kg. Or, l’équipement du laboratoire permet d’identifier avec précisions la présence d’hexane au-dessous de ce seuil, offrant ainsi une finesse d’analyse particulièrement pertinente et nécessaire pour le contrôle des produits alimentaires. Greenpeace souligne que les industriels utilisant de l’hexane n’ont justement jamais financé le développement de méthodes (accréditées ou non) pour mesurer les résidus d’hexane dans la nourriture avec une précision de 1 µg/kg [microgramme/kg] (précision des méthodes pesticides) ou 1 ng/kg [1 nanogramme/kg] (précision des méthodes PFAS, PFOA), alors qu’ils sont responsables de la sécurité des produits qu’ils fabriquent et commercialisent. L’analyse et les détails de la méthode (variant pour chaque matrice analysée) sont disponibles en toute transparence aux annexes de notre rapport. Greenpeace se tient à disposition pour apporter des compléments d’information relatifs à chaque matrice.

Greenpeace France a présenté devant les député·es des recommandations précises pour protéger les consommateurs et consommatrices et encadrer enfin l’usage de cette substance toxique. Outre l’interdiction de l’utilisation de l’hexane comme solvant d’extraction dans tous les produits alimentaires français, qu’ils soient à destination des êtres humains ou des animaux d’élevage, l’ONG exige que le processus de réévaluation de l’EFSA (autorité européenne de sécurité des aliments) fasse toute la lumière sur les lacunes réglementaires de l’hexane, largement pointées du doigt dans le rapport, et intègre les produits d’origine animale.

Greenpeace France a lancé une pétition pour appeler à l’interdiction de l’hexane, qui a recueilli plus de 130 000 signatures à ce jour [9].

 

Notes aux rédactions :

[1] Voir site de l’Assemblée nationale “Mission flash sur l’incidence économique de l’utilisation d’hydrocarbures dans la production d’huiles alimentaires et leur mise sur le marché
[2] Voir Inquiétudes sur la contamination de l’alimentation par l’hexane, un solvant d’extraction des huiles végétales, Le Monde, 22/09/2025
Voir Pourquoi y a-t-il de l’essence dans nos assiettes ?, France Inter, 29/09/2025
[3] Voir la tribune Utilisation de l’hexane par l’agroalimentaire : « Un produit ne doit être autorisé que si les avantages sont supérieurs aux risques pour la santé publique. Ce n’est pas le cas ici », Le Monde, 22/10/2025
[4] En septembre 2025, Greenpeace France a rendu public un rapport d’investigation sur l’usage de l’hexane en France, ses risques potentiels et avérés pour la santé et les lacunes réglementaires existantes. Ce rapport se base sur une campagne d’analyses indépendantes portant sur 56 produits alimentaires variés (huiles, laits, beurre, viande de poulet, aliments pour animaux) ; des résidus d’hexane ont été détectés dans 36 d’entre eux, révélant l’ampleur de la contamination au sein de toute la chaîne alimentaire.
[5] Voir Mise au point de la FNCG, communiqué de presse de la fédération nationale des corps gras, 22/09/2025
Voir Présence de traces d’hexane dans les produits alimentaires de grande consommation, communiqué de presse de Terra Univia, 23/09/2025
[6] Krasavage, et al., « The Relative Neurotoxicity of Methyl-n-Butyl Ketone, n-Hexane and Their Metabolites », Toxicol. Appl. Pharmacol. 1980, 52, p. 433-441. Cité in Cravotto et al.
[7] Bus et al., « Perinatal Toxicity and Metabolism of N-Hexane in Fischer-344 Rats after Inhalation Exposure during Gestation », Toxicol. Appl. Pharmacol. 1979, 51, p. 295-302. https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/0041008X79904721
[8] Voir Tout savoir sur l’hexane, communiqué de presse de la fédération nationale des corps gras, 24/09/2025
[9] Voir Scandale sanitaire : de l’hexane dans nos assiettes, site de Greenpeace France