Pourquoi bloquer un cargo en provenance de Russie ?
Stop aux contrats toxiques
Dès 4h10 ce matin, près de 20 activistes ont bloqué un cargo en provenance de Russie transportant habituellement de l’uranium. Ce bateau, le Mikhaïl Dudin, est un des rouages essentiels des liens du commerce d’uranium entre les industries françaises et russes. Alors qu’il y a presque quatre ans jour pour jour,, la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijia était attaquée et détournée par les forces armées russes puis prise en main par l’entreprise Rosatom, il est enfin temps que cesse ce commerce radioactif entre cette entreprise devenue criminelle et les industriels français EDF, Framatome et Orano.
Malgré le soutien affiché et fourni à l’Ukraine par le gouvernement français depuis le début de l’invasion globale de l’Ukraine par la Russie, le président de la République soutient activement la poursuite de ce commerce pourtant scandaleux. Greenpeace France n’a cessé de documenter ces arrivées et départs d’uranium au port de Dunkerque et à travers des investigations régulières.
Rosatom n’est pas une entreprise russe comme les autres. Parce qu’elle est le plus grand fournisseur de centrales nucléaires en construction au monde aujourd’hui, elle est au service du régime de Poutine en tant qu’outil de pouvoir géopolitique. Selon l’ONG ukrainienne Truth Hounds, dont Greenpeace a organisé la venue en France la semaine dernière, Rosatom s’est rendue complice de crimes de guerre dans la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijia : torture d’employés ukrainiens, répression des civils et mise en danger de la sûreté nucléaire.
Le ballet des cargos chargés d’uranium n’a jamais cessé, et cette nouvelle arrivée a lieu quelques jours seulement après la commémoration des quatre ans de guerre en Ukraine et quelques jours avant celle de la prise de Zaporijia par l’armée russe, le 4 mars 2022.
Si depuis le début de la guerre, l’Union européenne a mis en place des sanctions contre la Russie, notamment dans le secteur énergétique (gaz et pétrole russes), mais ni le nucléaire ni l’entreprise Rosatom ne sont concernées par ces sanctions, notamment grâce au lobbying de la France et de la Hongrie. L’État français doit rendre des comptes, ces pratiques sont inacceptables.
Ce commerce qui alimente indirectement la guerre de Poutine doit cesser. À de nombreuses reprises, nous avons observé le déchargement d’uranium enrichi russe ou d’uranium naturel depuis ce cargo. Qu’y a-t-il dedans aujourd’hui ? Seuls Orano, EDF et/ou Framatome le savent pour l’instant. Face à l’opacité de ce trafic, la lumière sur ce commerce doit être faite.Pauline Boyer, chargée de campagne sur le nucléaire pour Greenpeace France
EDF, Framatome, Orano : quelles responsabilités ?
EDF, Framatome et Orano sont les trois entreprises publiques piliers de l’industrie nucléaire française. Leur poids est colossal, tant en France qu’à l’international, et leur implication dans les échanges avec la Russie les place au cœur du scandale.
- EDF (Electricité de France) : leader mondial de la production d’électricité nucléaire, EDF exploite les 57 réacteurs français et achète la totalité de son uranium à l’étranger, dont en Russie.
- Framatome (filiale d’EDF) : spécialiste des technologies nucléaires, elle conçoit et entretient les réacteurs, et fournit aussi des équipements et des services à Rosatom, renforçant ainsi la dépendance technologique et énergétique envers la Russie, premier constructeur au monde de centrales nucléaires à l’étranger.
- Orano (ex-Areva) : géant du cycle du combustible, Orano extrait, enrichit et recycle l’uranium. Malgré la guerre, l’entreprise a maintenu des importations d’uranium : près de la moitié des importations annuelles d’uranium naturel de la France proviennent du Kazakhstan et d’Ouzbékistan et transitent via le territoire russe, entre les mains de Rosatom. Sans Rosatom, l’entreprise Orano ne réceptionnerait pas la moitié de l’uranium qu’elle prend en charge chaque année.
Ensemble, ces trois entreprises forment un réseau d’influence et de dépendance qui profite directement à Rosatom – et donc indirectement à la machine de guerre russe. Leur silence face aux interpellations de Greenpeace France est inacceptable.
Boostée par l’argumentaire mensonger du gouvernement selon lequel l’énergie nucléaire permettrait notre indépendance énergétique, l’industrie du nucléaire continue d’entretenir des liens commerciaux avec Rosatom. Pourtant, si la France a largement contribué à empêcher toute sanction de Rosatom au niveau européen, c’est bien parce que l’industrie nucléaire française est dépendante de la Russie. La supposée indépendance énergétique française grâce au nucléaire est un mythe.
Tapis rouge pour le nucléaire envers et contre tout
Alors que le 10 mars prochain se tiendra à Paris le World Nuclear Summit (rencontre de chefs d’États pour la promotion du nucléaire au niveau mondial), la France s’apprête à offrir une tribune internationale à l’industrie nucléaire… et donc à Rosatom.
Pire : ce sommet risque de lui offrir une vitrine de respectabilité, permettant à V. Poutine de continuer à exporter son influence – et à financer sa guerre – sous couvert de « transition énergétique ». La France, en accueillant cet événement, devient complice de cette mascarade.
Le temps des responsabilités
Le gouvernement français et l’industrie nucléaire française (EDF, Framatome, Orano) doivent des explications aux peuples français et ukrainien. C’est pourquoi Greenpeace France demande à l’État français :
- de faire la lumière et la transparence sur le commerce d’uranium.
- d’exiger des entreprises EDF (dont il est actionnaire majoritaire), Orano et Framatome, qu’elles mettent un terme à leurs contrats ou relations d’affaires avec Rosatom.
- de mettre fin aux collaborations entre ses institutions, l’industrie nucléaire française et Rosatom.
- de cesser d’empêcher les sanctions contre Rosatom au niveau européen, et d’œuvrer activement pour son inscription sur la liste des entités visées par des sanctions européennes visant la Russie.