Ukraine : l’énergie au cœur de la guerre

Uranium russe et double discours français

Depuis 2022, alors que la Russie impose la guerre à l’Ukraine (infligeant des destructions de villes et villages, du réseau électrique, des infrastructures énergétiques, de l’environnement…), la France se présente comme un pilier du soutien à l’Ukraine : aide financière, livraisons d’armes, accueil de réfugiés. Ce qui est essentiel. Pourtant, dans l’ombre, trois grandes entreprises publiques françaises du secteur nucléaire continuent de faire des affaires avec Rosatom, l’entreprise d’État du nucléaire russe au service de Vladimir Poutine. Greenpeace France a documenté l’arrivée régulière de cargos chargés d’uranium russe au port de Dunkerque, en pleine guerre.

Le cargo Baltiyskiy au port de Dunkerque le 10 décembre 2025. © Greenpeace

« La France ne peut pas se targuer d’être indépendante énergétiquement grâce au nucléaire tout en important massivement de l’uranium russe. C’est une dépendance inacceptable, surtout quand on connaît le rôle de Rosatom dans la guerre en Ukraine. » — Pauline Boyer, chargée de campagne Nucléaire, Greenpeace France.

Comment la France peut-elle, d’un côté, condamner la guerre en Ukraine et, de l’autre, financer indirectement l’effort de guerre russe via son commerce d’uranium avec Rosatom ? Ce double discours est d’autant plus choquant que les entreprises impliquées sont publiques, donc sous contrôle de l’État : Framatome, Orano et EDF.

Pour rappel, ces entreprises sont :

La statue de cire d’Emmanuel Macron devant le siège d’EDF, àParis,s le 3 juin 2025. EDF et sa filiale Framatome figurent parmi les principaux opérateurs français encore engagés dans des relations commerciales avec la Russie. © Basile Barjon / Greenpeace

Rosatom, complice de crimes de guerre en Ukraine

L’ONG ukrainienne Truth Hounds a documenté, dans un rapport accablant, la complicité de Rosatom dans des crimes de guerre et des actes de torture contre des employés du nucléaire ukrainien. Ces crimes de guerre sont soutenus indirectement par les entreprises européennes qui ont maintenu leur collaboration avec Rosatom, malgré la documentation sur ce sujet.

« Rosatom n’est pas une entreprise conventionnelle en tant qu’opérateur étatique russe, Rosatom est un outil politique et militaire en plus d’être un opérateur énergétique. » — Denys Sultanhaliiev, de l’ONG ukrainienne Truth Hounds.

Cette semaine, Greenpeace France reçoit une représentante de l’ONG Truth Hounds et organise une conférence de presse et des rencontres de plaidoyer avec des élu·es français·es pour présenter les résultats du rapport et exiger :

Le 4 mars 2022, les troupes russes ont attaqué, saisi et occupé la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijia, la plus grande d’Europe. C’est la première fois qu’une centrale nucléaire civile est détournée par l’armée d’un pays ennemi et prise en main par une entreprise, en l’occurrence l’entreprise russe Rosatom, créée et pilotée par V. Poutine. C’est une violation grave du droit international et des principes de sûreté nucléaire.

En 2025, l’armée russe a également attaqué un site nucléaire stratégique et historique sur le territoire ukrainien, en faisant exploser un drone sur l’arche de confinement abritant le sarcophage de protection du réacteur nucléaire accidenté de Tchernobyl. Cette attaque a gravement endommagé la structure qui ne peut plus assurer son rôle de protection. La Russie continue d’agiter la menace nucléaire comme un chantage à l’Europe et à la communauté internationale.

Énergies renouvelables : résilience énergétique

Les troupes russes ciblent systématiquement les infrastructures énergétiques ukrainiennes, plongeant les populations locales dans le noir et le froid. La guerre en Ukraine montre à quel point le nucléaire n’est pas une solution, mais une vulnérabilité. Cette énergie centralisée aggrave les risques en cas de conflit en ajoutant une vulnérabilité aux territoires.

Face à cette réalité, la vie sur place s’organise grâce à la solidarité et la détermination des Ukrainien·nes. En 2024, Greenpeace a ouvert un bureau en Ukraine, dont les équipes ont lancé une multitude de projets d’installation de panneaux photovoltaïques pour permettre aux communautés locales de s’affranchir du réseau électrique centralisé, trop exposé aux attaques. Les énergies renouvelables sont non seulement propres, mais aussi plus sûres en contexte de guerre.

Avec des spécialistes de l’énergie solaire, Greenpeace Ukraine a lancé la formation « Installatrice de centrales solaires », qui vise à donner aux femmes la possibilité d’apprendre un nouveau métier et à accroître la représentation des femmes dans le secteur des énergies renouvelables. Kiev, mai 2025 © Greenpeace / Katherine Karpenko

Pour la paix et la cohérence du soutien français

Nous souhaitons exprimer tout notre soutien au peuple ukrainien. En tant qu’organisation non violente, engagée pour la paix et la justice climatique, Greenpeace demande :

 

#StandwithUkraine

© Bence Jardany Greenpeace