Le 24 février 2022, la Russie lançait une tentative d'invasion à grande échelle de l'Ukraine, plongeant le pays, et dans une autre mesure l'Europe, dans une crise énergétique et géopolitique. La France, malgré son soutien affiché et effectif à l'Ukraine, continue par ailleurs de maintenir des liens commerciaux avec Moscou, notamment via l'importation d'uranium russe pour faire fonctionner nos centrales nucléaires. Les investigations menées par Greenpeace France ont révélé les allers et venues ininterrompues de cargos entre Saint-Pétersbourg et le port de Dunkerque. Cette dépendance de la France à l'uranium russe disqualifie la prétendue souveraineté énergétique de la France que permettrait le nucléaire, un des arguments principaux du gouvernement pour justifier sa relance, et révèle le double discours inacceptable de la France sur la guerre en Ukraine.

Énergies - Nucléaire

Ukraine : l’énergie au cœur de la guerre

Le 24 février 2022, la Russie lançait une tentative d’invasion à grande échelle de l’Ukraine, plongeant le pays, et dans une autre mesure l’Europe, dans une crise énergétique et géopolitique. La France, malgré son soutien affiché et effectif à l’Ukraine, continue par ailleurs de maintenir des liens commerciaux avec Moscou, notamment via l’importation d’uranium russe pour faire fonctionner nos centrales nucléaires. Les investigations menées par Greenpeace France ont révélé les allers et venues ininterrompues de cargos entre Saint-Pétersbourg et le port de Dunkerque. Cette dépendance de la France à l’uranium russe disqualifie la prétendue "souveraineté énergétique" de la France que permettrait le nucléaire, un des arguments principaux du gouvernement pour justifier sa relance, et révèle le double discours inacceptable de la France sur la guerre en Ukraine.

Uranium russe et double discours français

Depuis 2022, alors que la Russie impose la guerre à l’Ukraine (infligeant des destructions de villes et villages, du réseau électrique, des infrastructures énergétiques, de l’environnement…), la France se présente comme un pilier du soutien à l’Ukraine : aide financière, livraisons d’armes, accueil de réfugiés. Ce qui est essentiel. Pourtant, dans l’ombre, trois grandes entreprises publiques françaises du secteur nucléaire continuent de faire des affaires avec Rosatom, l’entreprise d’État du nucléaire russe au service de Vladimir Poutine. Greenpeace France a documenté l’arrivée régulière de cargos chargés d’uranium russe au port de Dunkerque, en pleine guerre.

Le cargo Baltiyskiy au port de Dunkerque le 10 décembre 2025. © Greenpeace

« La France ne peut pas se targuer d’être indépendante énergétiquement grâce au nucléaire tout en important massivement de l’uranium russe. C’est une dépendance inacceptable, surtout quand on connaît le rôle de Rosatom dans la guerre en Ukraine. » — Pauline Boyer, chargée de campagne Nucléaire, Greenpeace France.

Comment la France peut-elle, d’un côté, condamner la guerre en Ukraine et, de l’autre, financer indirectement l’effort de guerre russe via son commerce d’uranium avec Rosatom ? Ce double discours est d’autant plus choquant que les entreprises impliquées sont publiques, donc sous contrôle de l’État : Framatome, Orano et EDF.

Pour rappel, ces entreprises sont :

  • Framatome, qui fournit des services essentiels à l’industrie, dont la construction de certains matériels de commande et l’assemblage du combustible à base d’uranium pour alimenter les réacteurs nucléaires.
  • Orano, qui est impliquée de la mine d’uranium jusqu’aux déchets radioactifs.
  • EDF, qui construit et exploite toutes les centrales nucléaires de France.

La statue de cire d’Emmanuel Macron devant le siège d’EDF, àParis,s le 3 juin 2025. EDF et sa filiale Framatome figurent parmi les principaux opérateurs français encore engagés dans des relations commerciales avec la Russie. © Basile Barjon / Greenpeace

Rosatom, complice de crimes de guerre en Ukraine

L’ONG ukrainienne Truth Hounds a documenté, dans un rapport accablant, la complicité de Rosatom dans des crimes de guerre et des actes de torture contre des employés du nucléaire ukrainien. Ces crimes de guerre sont soutenus indirectement par les entreprises européennes qui ont maintenu leur collaboration avec Rosatom, malgré la documentation sur ce sujet.

« Rosatom n’est pas une entreprise conventionnelle en tant qu’opérateur étatique russe, Rosatom est un outil politique et militaire en plus d’être un opérateur énergétique. » — Denys Sultanhaliiev, de l’ONG ukrainienne Truth Hounds.

Cette semaine, Greenpeace France reçoit une représentante de l’ONG Truth Hounds et organise une conférence de presse et des rencontres de plaidoyer avec des élu·es français·es pour présenter les résultats du rapport et exiger :

  • L’arrêt des importations d’uranium russe et de tout contrat entre les industries françaises d’importation et d’exportation d’uranium et Rosatom.
  • La fin de toute collaboration avec Rosatom.

Le 4 mars 2022, les troupes russes ont attaqué, saisi et occupé la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijia, la plus grande d’Europe. C’est la première fois qu’une centrale nucléaire civile est détournée par l’armée d’un pays ennemi et prise en main par une entreprise, en l’occurrence l’entreprise russe Rosatom, créée et pilotée par V. Poutine. C’est une violation grave du droit international et des principes de sûreté nucléaire.

En 2025, l’armée russe a également attaqué un site nucléaire stratégique et historique sur le territoire ukrainien, en faisant exploser un drone sur l’arche de confinement abritant le sarcophage de protection du réacteur nucléaire accidenté de Tchernobyl. Cette attaque a gravement endommagé la structure qui ne peut plus assurer son rôle de protection. La Russie continue d’agiter la menace nucléaire comme un chantage à l’Europe et à la communauté internationale.

Énergies renouvelables : résilience énergétique

Les troupes russes ciblent systématiquement les infrastructures énergétiques ukrainiennes, plongeant les populations locales dans le noir et le froid. La guerre en Ukraine montre à quel point le nucléaire n’est pas une solution, mais une vulnérabilité. Cette énergie centralisée aggrave les risques en cas de conflit en ajoutant une vulnérabilité aux territoires.

Face à cette réalité, la vie sur place s’organise grâce à la solidarité et la détermination des Ukrainien·nes. En 2024, Greenpeace a ouvert un bureau en Ukraine, dont les équipes ont lancé une multitude de projets d’installation de panneaux photovoltaïques pour permettre aux communautés locales de s’affranchir du réseau électrique centralisé, trop exposé aux attaques. Les énergies renouvelables sont non seulement propres, mais aussi plus sûres en contexte de guerre.

Avec des spécialistes de l’énergie solaire, Greenpeace Ukraine a lancé la formation « Installatrice de centrales solaires », qui vise à donner aux femmes la possibilité d’apprendre un nouveau métier et à accroître la représentation des femmes dans le secteur des énergies renouvelables. Kiev, mai 2025 © Greenpeace / Katherine Karpenko

Pour la paix et la cohérence du soutien français

Nous souhaitons exprimer tout notre soutien au peuple ukrainien. En tant qu’organisation non violente, engagée pour la paix et la justice climatique, Greenpeace demande :

  • La fin de l’invasion de l’Ukraine par la Russie;
  • La cessation de tout commerce de la France avec la Russie, notamment dans le secteur nucléaire (Framatome, Orano, EDF) ;
  • Un soutien massif aux énergies renouvelables en Ukraine et en Europe.

 

#StandwithUkraine

© Bence Jardany Greenpeace