Soldes : la planète en liquidation ?

Une « fièvre » d’achats…

Nos ancêtres chassaient leurs proies dans la jungle pour se nourrir. Aujourd’hui, nous faisons la chasse aux bonnes affaires le plus souvent pour renouveler notre garde-robe. Nous avons tous en tête les images de ces consommateurs qui se ruent dans les grands magasins à l’ouverture des portes, ou qui se disputent une paire de chaussures affichant moins 50 %. Aux Etats-Unis notamment, plusieurs personnes ont été piétinées, voire tuées, par des clients à qui les rabais avaient fait perdre la tête.

Cette hystérie est en grande partie déclenchée par les slogans publicitaires alléchants des grandes enseignes, qui cherchent à susciter un sentiment d’urgence chez les consommateurs pour les convaincre de la nécessité d’acheter des biens dont, en vérité, ils n’ont pas besoin.

… qui donne de la température à la planète

Résultat : nous surconsommons. Avec l’avènement de la “fast fashion”, ou “mode jetable”, nous achetons et jetons les vêtements plus vite que la planète ne peut le supporter.

Dans le cadre de sa campagne “Detox” visant à lutter contre l’utilisation de produits chimiques toxiques par l’industrie textile, Greenpeace a publié de nombreuses études qui dénoncent les impacts de ce secteur sur l’environnement : utilisation d’importantes quantités d’eau potable et d’énergie, consommation de pesticides pour la culture du coton, pollution des rivières et des terres agricoles, émissions de gaz à effet de serre et contamination des endroits les plus reculés de la planète. Sans parler des conditions de travail inhumaines infligées aux ouvriers du secteur textile, principalement dans les pays en développement.

L’utilisation croissante de fibres synthétiques – en particulier du polyester qui émet près de trois fois plus de CO2 que le coton au cours de son cycle de vie – a également des répercussions néfastes sur la planète. Déjà présent dans 60 % de nos vêtements, le polyester peut mettre plusieurs décennies à se dégrader et pollue l’environnement marin avec des microfibres de plastique.

Le recyclage : un bon réflexe mais qui ne résout pas tout

Au niveau mondial, la production de vêtements a été multipliée par deux entre 2000 et 2014. Sur les 1,5 à 2 millions de tonnes de vêtements usés données au recyclage chaque année en Europe, seuls 10 à 12 % sont revendus ou réutilisés sur le continent. Le reste, de moins bonne qualité, est exporté vers les pays en développement. Certains pays, notamment d’Afrique, croulent littéralement sous nos vêtements usés et de mauvaise qualité, et envisagent d’en restreindre l’importation pour protéger leurs marchés locaux.

Le commerce mondial, une menace croissante pour la biodiversité

La semaine dernière, des chercheurs ont publié un « atlas mondial des menaces » qui pèsent sur les espèces animales et végétales, en les reliant directement aux exportations de biens et de services vers les pays développés.

Les exportations augmentent la pollution et encouragent la destruction d’habitats naturels au profit notamment de la production agricole, de l’exploitation forestière ou du développement urbain, principalement dans les pays en développement. Ainsi, notre consommation de café, de produits de la mer mais aussi d’articles textiles a des conséquences insoupçonnées sur les lieux de production, souvent à l’autre bout du monde. Un tiers des menaces sur les espèces seraient imputables au commerce mondial.

Cette surexploitation des ressources est dopée par notre demande. Il est temps de repenser nos modes de consommation pour acheter moins mais mieux, porter nos vêtements plus longtemps, en prendre davantage soin, les repriser au besoin ou les échanger avec nos amis – et pas uniquement en période de soldes, bien entendu, mais tout au long de l’année. La planète vous en sera reconnaissante !