Dès 2022, Greenpeace France a alerté sur la continuité des livraisons et échanges commerciaux d’uranium entre la Russie et la France alors même que Rosatom, la géante du nucléaire russe, venait de prendre possession illégalement de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijia. Ce business, matérialisé par les allers-retours incessants de cargos d’uranium russe entre les ports de Saint-Pétersbourg et Dunkerque, a fait l’objet d’une investigation publiée en 2023 par Greenpeace France.
Aujourd’hui, Greenpeace France publie une nouvelle note d’investigation qui met en lumière la dépendance énergétique continue de la France envers le nucléaire russe, ainsi que la collaboration persistante de l’industrie nucléaire française avec Rosatom, entreprise d’État russe complice de crimes de guerre en Ukraine.
Uranium : dépendance de la France à la Russie
La France reste profondément dépendante de la Russie pour faire fonctionner son parc nucléaire. Malgré la guerre en Ukraine, des cargos chargés d’uranium continuent d’arriver dans les ports français, notamment à Dunkerque, en provenance directement de Russie, ou du Kazakhstan et d’Ouzbékistan en transitant par le territoire russe sous le contrôle de Rosatom. Elle reste également 100 % dépendante de la Russie pour son “uranium de retraitement” – l’uranium qui résulte après avoir été utilisé dans les centrales françaises, qui s’entasse en montagnes de déchets radioactifs sur notre territoire sans qu’on sache quoi en faire, et que la Russie est aujourd’hui la seule à savoir en partie réutiliser.
Le cargo Baltiyskiy 202 au port de Dunkerque le 10 décembre 2025. © Greenpeace
Liens commerciaux avec une entreprise criminelle
Au cœur de cette enquête, Greenpeace France pointe la responsabilité du gouvernement français et des industries nucléaires françaises telles que Orano, Framatome et EDF qui continuent à faire des affaires avec Rosatom, entreprise d’État directement liée au régime de Vladimir Poutine. L’ONG ukrainienne Truth Hounds, entre autres, a révélé la complicité de Rosatom dans des crimes de guerre, notamment envers des employés ukrainiens de la centrale de Zaporijia refusant de signer des contrats russes, la répression des civils en Ukraine, la violation du droit international et des risques sans précédent pour la sûreté nucléaire à la centrale de Zaporijia.
Malgré cela, Rosatom échappe toujours aux sanctions prises par l’Union européenne contre la Russie, en grande partie du fait de la résistance de certains États membres souhaitant préserver leur commerce radioactif avec le géant russe, au premier rang desquels la France. Alors même que l’Union européenne discute d’une feuille de route pour mettre fin aux importations d’énergie russe, Paris œuvre activement à Bruxelles pour protéger ce secteur des sanctions.
Dans ce contexte, les entreprises françaises EDF, Orano et Framatome poursuivent leur coopération industrielle et commerciale avec Rosatom. Greenpeace France révèle également que ce commerce bénéficie à des acteurs proches du pouvoir russe, comme Vladimir Lisin, oligarque lié au Kremlin, propriétaire notamment de sociétés maritimes impliquées dans le transport de l’uranium vers la France. Cette personnalité, liée aux cargos observés par Greenpeace France, figure par ailleurs sur la liste de sanctions de plusieurs pays, comme personne “bénéficiant de la guerre”.
Le 15 novembre 2025, Greenpeace France a documenté à Dunkerque, le chargement d’au moins une dizaine de containers d’uranium de retraitement (URT), à bord du cargo Mikhail Dudin à destination de la Russie. © Greenpeace
Le double discours français doit cesser
Face à ces constats, Greenpeace France continue de dénoncer un double discours français : d’un côté, un soutien politique et militaire affiché à l’Ukraine ; de l’autre, la poursuite de relations commerciales stratégiques avec une industrie nucléaire russe au cœur de l’appareil de guerre du Kremlin.
Nos demandes :
- La fin immédiate des importations d’uranium russe, directes ou indirectes.
- La fin des exportations d’uranium de retraitement.
- Que la France arrête de torpiller les sanctions au niveau européen.
- L’intégration de Rosatom et de ses filiales dans les sanctions européennes, sans exception pour le nucléaire.
- Une transparence totale sur les flux d’uranium, de l’extraction jusqu’à l’enrichissement.
- Un désengagement rapide et planifié de la filière nucléaire française vis-à-vis de la Russie, assorti d’alternatives compatibles avec les engagements climatiques et la justice internationale.
Ces demandes s’inscrivent dans une position claire : soutenir réellement le peuple ukrainien, ce n’est pas seulement tenir un discours diplomatique, c’est cesser toute collaboration économique qui alimente la machine de guerre russe.
En rendant publics ces éléments, Greenpeace France entend remettre le nucléaire au cœur du débat politique européen et rappeler la dépendance de la France et de l’Union européenne au nucléaire russe, outil géopolitique puissant de Vladimir Poutine. Alors qu’il est vital de s’engager dans une transition énergétique juste, ce débat doit prendre de l’importance, et rappeler qu’on ne peut construire l’avenir tout s’accommodant d’une telle dépendance avec une entreprise complice de crimes de guerre.
© Greenpeace