Hydrocarbures de schiste : ne baissons pas la garde !

Le gouvernement a décidé lundi d’abroger les trois permis de recherche de gaz de schiste accordés à Total et à l’Américain Schuepbach dans le sud de la France. C’est un moment fort, une victoire pour la mobilisation citoyenne qui s’était organisée dans la région… Mais c’est aussi un instant crucial, car le dossier des hydrocarbures de schiste est loin d’être clos.

Ces permis ont été retoqué par l’État, car les rapports remis par Schuepbach et Total n’ont pas satisfait : Schuepbach faisait explicitement mention de la méthode de fracturation hydraulique, alors que celui de Total était incomplet, donc jugé pas crédible…

La mobilisation des riverains a été sans précédent : constitués en collectif, les citoyens se sont activés sans relâche, les élus aussi (Gaz de schiste : les Texans jettent l’éponge face aux élus cévenols )

Ne pas céder à la communication et rester vigilants !

La France a actuellement 64 permis en vigueur pour trouver du pétrole ou du gaz, dont 15 concernent des hydrocarbures non conventionnels. Parmi les permis non abrogés, quatre en particulier doivent faire l’objet de notre vigilance : ceux de la compagnie américaine Toreador à l’est de Paris (principalement en Seine-et-Marne, dans l’Aisne et dans la Marne). Les exploitants, dont Toreador, ont pris l’engagement de ne pas recourir à la fracturation hydraulique, méthode interdite depuis le vote de la loi en juillet 2011.

Mais cette barrière législative reste bien faible : en effet, la loi ne prévoit pas de vérifications des explorations sur le terrain … Aussi suffit -il aux compagnies détentrices de permis de faire des déclarations d’intention et de bonne volonté au moment de la demande de permis …

Ainsi, l’ensemble des permis concernant les pétroles de schistes, en Ile-de-France et en Picardie doivent-ils rester sous surveillance…

La Lorraine, nouvel eldorado des énergéticiens ?

Comme beaucoup d’experts, Raymond Michels, chercheur au CNRS, pense que si Elixir Petroleum s’intéresse à la Lorraine, c’est principalement pour ses réserves en gaz de schiste…
Et l’on apprends dans le Républicain Lorrain, que Charles Lamiraux, géologue chargé des explorations au ministère de l’Écologie, choisit de jouer sur les mots, et réfute la présence de gaz de schiste en Lorraine. « Le gaz de schiste, c’est le gaz coincé dans une roche mère. En Lorraine, c’est différent, avec la présence de charbon. Il contient naturellement du méthane, qui a diffusé dans la série géologique. Dans le passé, les forages ont montré ces indices de gaz. Il n’est pas exclu qu’une grande quantité soit piégée dans la série sédimentaire, mais elle est peu poreuse et peu perméable, et donc difficile à extraire« , affirme le géologue. Un débat sémantique qui ne change pas grand-chose : » Les techniques pour produire ces gaz sont identiques à celles du gaz de schiste. » Et donc interdites.

Hydrocarbures de schiste : ni ici , ni ailleurs !

Plus que jamais, la vigilance citoyenne doit être en éveil, dans toute la France, alors que ce matin même, au cours du déplacement de Nicolas Sarkozy, à Mialet et à Alès, une quinzaine de militants des collectifs contre les gaz de schistes ont été interpellés et placés en garde à vue, alors qu’ils brandissaient des pancartes à destination du chef de l’État.

Face à la langue de bois politique et à la tentation de condamner la militance, comme le disent les collectifs Stop au Gaz de Schiste dans leur communiqué : « Alors ? La lutte continue ! »

Lire aussi l’article de Owni : L’Élysée couvre les gaz de schiste