Greenpeace dévoile le visage sombre de l’industrie de la pêche thaïlandaise

 

Les industriels thaïlandais de la pêche esquivent la réglementation sur les droits humains

Pour rappel, en 2015, l’Union européenne avait adressé un “carton jaune” à la Thaïlande, condamnant les lacunes législatives qui empêchaient de protéger les travailleurs de la pêche contre le travail forcé. Par la suite, le quatrième exportateur mondial des produits de la mer a bien essayé de prévenir ces abus, mais les conditions à bord des bateaux sont toujours aussi déplorables. La raison ? Plutôt que d’offrir aux marins des conditions de travail décentes en respectant la réglementation thaïlandaise, les entreprises de pêche ont préféré déplacer leurs flottes dans des zones reculées, là où les contrôles sont moins stricts, voire inexistants.

Le rapport de Greenpeace montre également que les conditions atroces dans lesquelles travaillent les marins peuvent avoir de terribles conséquences, telle qu’une épidémie de béribéri. Le béribéri est une maladie mortelle provoquée par un manque de vitamine B1. D’après une enquête menée par les autorités thaïlandaises sur huit cas de béribéri, les malades étaient décédés suite à une insuffisance cardiaque liée à des carences nutritionnelles, au surmenage et à de trop longues périodes passées en mer sans aucune escale à terre.

Le transbordement, une pratique qui menace les droits humains et les océans

Le transbordement est une pratique consistant à décharger une marchandise d’un navire sur un cargo réfrigéré, ce qui permet aux navires de pêche d’éviter de retourner au port et de maximiser leurs prises.

Dans certains pays, le transbordement est une pratique légale mais elle connaît des dérives qui mettent en danger les droits des travailleurs et, parfois, leur vie. A cause du transbordement, les bateaux de pêche restent en mer durant des périodes très longues. Les conséquences sont multiples : sanitaires tout d’abord, puisque cela menace très largement la santé des marins, mais également environnementales. La traçabilité et la détection de la pêche illégale sont rendues difficiles puisque les navires opèrent à l’abri des regards et en dehors de tout contrôle.

Dans le cadre cette investigation, Greenpeace a surveillé l’activité de plusieurs de ces cargos réfrigérés débarquant du poisson en Thaïlande en provenance de Saya de Malha, dans l’océan Indien. Saya de Malha est le plus grand banc immergé du monde, les écosystèmes marins y sont riches et fragiles et les régulations quasi inexistantes. Au cours des douze mois d’enquête de mi 2015 à mi 2016, nous avons notamment découvert que du poisson en provenance de Saya de Malha continuait à affluer sur le marché thaïlandais malgré une interdiction temporaire du transbordement.

Les décideurs politiques, les industriels de la pêche, les consommateurs : toutes les parties prenantes ont un rôle à jouer pour empêcher ces dérives, défendre les droits humains et protéger les océans de la surpêche. Il est nécessaire de renforcer le contrôle des cargaisons, en priorisant les actions visant à éliminer les pratiques à risque (comme le transbordement) et la traçabilité des produits doit être plus rigoureuse.

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