Sommet mondial sur l’énergie nucléaire : la consécration de l’insécurité énergétique

Les participants du deuxième Sommet mondial sur l’énergie nucléaire à Paris se réunissent avec deux éléphants dans la pièce : la Russie et la question de l’intrication des liens entre nucléaire civil et militaire. 
Même si la Russie ne sera pas présente, cet évènement fait largement la promotion de son entreprise nucléaire d’État, Rosatom, premier enrichisseur d’uranium au monde et premier constructeur de centrales nucléaires dans le monde , tandis que l’actualité en Ukraine et en Iran rappelle la porosité entre nucléaire civil et militaire.

Pour Greenpeace France, la tenue du Sommet mondial sur l’énergie nucléaire est un anachronisme, un événement hors sol par rapport à la situation mondiale actuelle, tant sur le plan des tensions diplomatiques que dans le cadre de la lutte contre le changement climatique.

Non seulement le nucléaire n’est pas la solution pour sortir au plus vite des énergies fossiles, contrairement aux énergies renouvelables et aux économies d’énergie, mais sa vulnérabilité aux événements climatiques extrêmes, ainsi que la dépendance du secteur aux aléas géopolitiques, créent une insécurité énergétique incompatible avec la marche actuelle et future du monde.

Ce sommet tente une normalisation de l’énergie nucléaire qui pourtant cumule les obstacles : hors de prix, inassurable, génératrice de déchets toxiques pour l’éternité, le nucléaire nuit à la société et l’environnement.

Le seul objectif de ce sommet est la promotion de l’industrie nucléaire. La protection du climat et les autres thèmes annoncés ne sont que des prétextes. La réalité est que Rosatom, une entreprise criminelle russe liée au régime de Poutine, sera l’un des principaux bénéficiaires de l’objectif affiché de développement du nucléaire dans le monde, rappelle Pauline Boyer, chargée de campagne Transition énergétique pour Greenpeace France.
La multiplication des événements climatiques extrêmes, l’occupation de la centrale nucléaire de Zaporijia par Rosatom accusée de crimes de guerre, et les autres risques nucléaires au milieu des zones de conflit sont autant de rappels que le nucléaire pacifique et sûr n’existe pas… La déconnexion de ces dirigeants vis-à-vis de la réalité du monde, attirés irrésistiblement par la puissance nucléaire, est affligeante.”

La dissonance des missions de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), co-organisatrice du sommet

Le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, premier VRP de l’industrie nucléaire, se mobilise pour essayer de gérer les risques inhérents à l’occupation de la centrale nucléaire de Zaporijia. Mais en même temps, il fait activement la promotion de cette même entreprise sur la scène internationale : en février dernier, M. Grossi a qualifié le début de la construction en Hongrie de la centrale nucléaire de Paks de « grand jour pour la Russie » et a félicité Rosatom pour sa coopération nucléaire « main dans la main avec l’AIEA ».

  • L’existence d’infrastructures nucléaires civiles dans les zones de conflit accroît le risque de catastrophe humanitaire et environnementale, qu’elle soit intentionnelle, due à une erreur d’appréciation, à un accident, ou un détournement volontaire de centrales nucléaires. C’est ce qui se passe actuellement à la centrale nucléaire de Zaporijia en Ukraine, occupée depuis quatre ans par les forces russes et Rosatom, et ce qui ce qui pourrait se passer en Iran, avec la centrale nucléaire de Bouchehr.
    L’occupation illégale de Zaporijia illustre l’incohérence des missions de l’AIEA qui sont d’”assurer la sûreté nucléaire dans le monde” et de “promouvoir le nucléaire civil dit pacifique”.
  • Depuis des décennies, Greenpeace alerte sur les menaces de prolifération nucléaire liées aux programmes nucléaires, même lorsqu’ils sont déclarés à des fins pacifiques.
    Jusqu’à présent, les principaux risques évoqués étaient liés au double usage de l’énergie nucléaire – les mêmes technologies, matières nucléaires et expertises scientifiques utilisées pour produire de l’électricité à partir de l’énergie nucléaire – créant une porosité entre nucléaire civil et militaire.
  • L’ère qui s’annonce avec les nouveaux programmes nucléaires dans le monde est encore plus inquiétante : les projets de développement des SMR, avec la dissémination de mini centrales nucléaires sur les territoires, feraient augmenter considérablement le risque de prolifération nucléaire, et donc de risques pour la sûreté et la sécurité.

Notes aux rédactions

Lundi dernier, une vingtaine d’activistes de Greenpeace France ont bloqué le cargo Mikhaïl Dudin, en provenance de St Pétersbourg, dans le port de Dunkerque pour dénoncer le commerce nucléaire entre la Russie et la France.
https://www.greenpeace.fr/espace-presse/nucleaire-russie-greenpeace-bloque-larrivee-dun-cargo-a-dunkerque/
En janvier, une investigation de Greenpeace France démontrait que le commerce nucléaire entre la France et la Russie continue, près de quatre ans après le début de la tentative d’invasion globale de l’Ukraine par la Russie, notamment avec l’uranium enrichi russe utilisé par Framatome et l’uranium naturel du Kazakhstan et d’Ouzbékistan destiné à Orano.
https://www.greenpeace.fr/espace-presse/analyse-nucleaire-le-commerce-toxique-avec-la-russie-continue-les-sanctions-europeennes-se-font-attendre/