Ce mercredi, TotalEnergies présente ses résultats financiers annuels. La multinationale, acharnée à prolonger son modèle fossile, a amassé 13,1 milliards de dollars de bénéfices sur l’année 2025. Elle reverse 15,6 milliards de dollars à ses actionnaires, sous forme de dividendes et de rachats d’actions, faisant de ces derniers les grands gagnants de la crise climatique. Face aux conséquences toujours plus graves du dérèglement climatique, comment ne pas mettre en miroir l’immense coût social et environnemental des activités de TotalEnergies avec les profits destructeurs que l’entreprise continue d’en tirer ?
La perpétuation d’un modèle fossile
Pour Sarah Roussel, chargée de campagne Climat chez Greenpeace France : « Malgré la prétendue transition énergétique de TotalEnergies, les chiffres ne trompent pas. D’après les calculs de Greenpeace(1), 97 % de l’énergie globale produite par l’entreprise est issue des énergies fossiles, et au moins 82 % de ses investissements sont restés fléchés vers ses activités pétro-gazières, confirmant un modèle durablement ancré dans l’exploitation des énergies fossiles. Condamnée en octobre dernier pour greenwashing, notamment pour s’être revendiquée “acteur majeur de la transition énergétique”, TotalEnergies persiste dans une fuite en avant irresponsable, symbolisée par la relance du projet Mozambique LNG, véritable bombe climatique aux conséquences humaines et environnementales désastreuses. »
Dans les communications qu’elle dédie à ses investisseurs, TotalEnergies explique régulièrement sa performance financière par sa croissance fossile : l’entreprise prévoit d’augmenter sa production d’énergies fossiles de plus de 3 % dans l’année à venir et se félicite de l’avoir déjà augmentée de 3,9 % en 2025.
D’après Carbon Majors, TotalEnergies fait partie des 32 entreprises responsables de 50 % des émissions fossiles de CO₂ dans le monde. Les entreprises pétro-gazières ont conscience depuis des décennies de leur responsabilité dans les changements climatiques. Après avoir tenté de la dissimuler, puis de la nier, elles continuent de jouer la montre afin de retarder toute transition réelle et de maximiser leurs profits à court terme, en tirant parti de l’inaction politique. TotalEnergies prétend ne faire que répondre à une demande, mais ses choix industriels, ses investissements massifs et son acharnement à développer de nouveaux projets fossiles contribuent au contraire à nous enfermer collectivement dans ce modèle.
Des profits aux coûts immenses
Pendant ce temps, le coût des dégâts climatiques ne cesse d’augmenter : en France, entre 2020 et 2024, France Assureurs a enregistré chaque année environ 5,4 milliards d’euros(2) de dégâts en moyenne, contre 3,7 milliards lors de la décennie 2010-2019. Les dégâts liés aux sécheresses, aux inondations, aux incendies, aux cyclones plus fréquents et intenses engendrent des coûts toujours plus importants et installent une crise assurantielle préoccupante, qui frappe aussi bien les collectivités que les particuliers.
Sarah Roussel ajoute : « Les profits de TotalEnergies ont leur pendant : la facture payée par les sinistrés climatiques. TotalEnergies continue d’amasser des profits indécents et destructeurs, qui atterrissent en grande partie dans la poche des actionnaires, au détriment du climat et de milliers de personnes qui voient leurs biens endommagés, ou subissent des pertes agricoles, et sont parfois condamnées à endosser les frais seules. »
Face à cette impasse, la Convention fiscale des Nations unies, actuellement en cours de négociations à New York, constitue une opportunité majeure. Elle ouvre la voie à un mécanisme international de taxation des profits des multinationales des énergies fossiles et des industries les plus polluantes, afin de financer la réponse aux dégâts climatiques. Selon une analyse d’Eurodad et de la Global Alliance for Tax Justice, une surtaxe de 20 % appliquée aux profits mondiaux des 100 plus grandes entreprises pétro-gazières depuis l’accord de Paris aurait permis de collecter plus de 1000 milliards de dollars. La Convention fiscale des Nations unies offre ainsi une occasion historique de faire contribuer les pollueurs à la hauteur des dommages qu’ils causent, et de rééquilibrer un système qui fait aujourd’hui payer les victimes pour les profits des responsables.
(1) Ces calculs sont basés sur les données fournies dans le communiqué publié ce mercredi 11 février 2026 par TotalEnergies. Notamment pages 6 et 9 pour la part fossile dans l’énergie globale.
(2) En milliards d’euros : 2020 : 2,1 / 2021 : 3 / 2022 : 10,5 / 2023 : 6,5 / 2024 : 5 – pour une moyenne sur cinq ans de 5.4 milliards. Données issues des différents rapports annuels de France Assureurs sur ce thème.