Une nouvelle étude de l’expert en énergie Steffen Bukold, commandée par Greenpeace Allemagne, montre qu’entre le 1er mars et le 19 octobre 2026, les compagnies pétrolières ont réalisé quotidiennement 154 millions de profits de guerre dans l’Union européenne en tirant parti de la flambée des prix à la pompe [1]. L’étude compare les prix (avant taxes) du pétrole brut et en station avant et après le début de la guerre en Iran. En France, l’industrie pétrolière a ainsi amassé 5,7 milliards d’euros de plus sur la période, soit 24,6 millions d’euros par jour.
Greenpeace appelle les gouvernements européens à mettre en place des taxes supplémentaires permanentes sur les profits du pétrole, en les utilisant notamment pour réduire les factures d’énergie et payer pour les dommages climatiques à travers la région et le monde après un été de chaleur extrême.
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Entre le 1er mars et le 19 octobre 2026, dans l’Union européenne, les prix du diesel avant taxes ont augmenté en moyenne de 22,7 centimes par litre de plus que les prix du pétrole brut, et ceux de l’essence de 13,3 centimes de plus. En France, ils ont respectivement augmenté de 23,9 et 11,5 centimes de plus que les prix du pétrole brut. Ces écarts engendrent des superprofits que les compagnies pétrolières ont empochés à la pompe – ce qui contredit les affirmations du secteur selon lesquelles il ne ferait que répercuter la hausse des prix du pétrole, d’autant plus que ses coûts de production, de raffinage et de distribution n’ont pratiquement pas évolué [2].
La guerre en Iran et la crise au Moyen-Orient servent donc de prétexte pour imposer des prix plus élevés tout au long de la chaîne d’approvisionnement pétrolière, au détriment des personnes dépendantes de la voiture qui font les frais de cette situation alors que les prix du carburant atteignent des niveaux records en Europe. Greenpeace appelle les gouvernements de l’Union européenne à instaurer des taxes supplémentaires permanentes [3] sur les profits des compagnies pétrolières et gazières, afin d’utiliser ces recettes pour réduire les factures énergétiques des citoyen·nes, accélérer l’indépendance énergétique de l’Europe grâce aux énergies renouvelables et aux économies d’énergie, et soutenir les communautés touchées par la crise climatique en Europe et dans le reste du monde.
« Les compagnies pétrolières exploitent sans vergogne les personnes qui dépendent de leur voiture et tirent profit des guerres et de la destruction du climat pour se remplir les poches. Après un été marqué par des dizaines de milliers de décès liés à la canicule en Europe, des forêts en feu, des rivières et des champs asséchés, et à l’approche d’un hiver où les factures d’énergie et de carburant vont monter en flèche, il est inacceptable que ces profits ne soient toujours pas plus taxés. Les ressources générées avec une telle taxe pourraient être utilisées pour réduire les factures d’énergie des citoyen·nes, développer les énergies renouvelables locales, abordables et sûres, et soutenir les communautés touchées par la crise climatique à travers le monde », juge Lorelei Limousin, chargée de campagne Climat et Énergies fossiles à Greenpeace France.
Aujourd’hui, Shell, TotalEnergies [4] et d’autres compagnies pétrolières annoncent leurs bénéfices du troisième trimestre 2026, avec de nouveaux records en perspective. « Taxer ces profits de guerre devrait être une évidence en termes de justice climatique et sociale – et pourtant, seuls les groupes politiques à gauche de l’échiquier politique portent ces mesures. Quand ils cèdent au chantage de TotalEnergies, dont le PDG assume “préférer un monde de bouleversements à un monde paisible”, le gouvernement et les député·es sont à mille lieues des préoccupations et des attentes de sécurité de la population » complète Lorelei Limousin [5].
Alors que les ministres des Finances de six pays de l’Union européenne – l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, le Portugal, l’Autriche et la Pologne – ont appelé à la mise en place d’une taxe sur les profits exceptionnels tirés des combustibles fossiles à l’échelle de l’Union européenne, la France est restée désespérément en retrait sur le sujet. Les dirigeants de l’Union européenne se sont montrés ouverts à de nouvelles mesures fiscales pour le budget européen 2028-2034, et un sommet extraordinaire du Conseil, prévu les 26 et 27 novembre, se penchera sur cette question. La mise en place d’une nouvelle taxe supplémentaire permanente sur les profits au niveau européen permettrait de générer de nouveaux fonds pour des solutions visant à lutter contre les crises climatique, du coût de la vie et énergétique, tant au niveau national qu’international. Du fait du caractère international des grandes entreprises des énergies fossiles, et des pratiques d’optimisation fiscale, des solutions doivent être mises en œuvre au niveau multilatéral avec un nouveau traité fiscal mondial.
Notes aux rédactions
[1] Les superprofits correspondent aux marges brutes supplémentaires estimées sur les ventes de diesel et d’essence destinés au transport routier dans les 27 États membres de l’Union européenne entre le 1er mars et le 19 octobre 2026. L’augmentation des marges brutes est étroitement liée aux bénéfices d’exploitation. Les coûts de raffinage et de distribution sont restés globalement stables au cours de la période considérée. Les marges brutes supplémentaires sont calculées comme la différence entre la marge par litre (prix à la pompe hors taxes et prélèvements, tirée du Bulletin pétrolier de l’UE de la Commission européenne, moins le coût du pétrole brut, basé sur les contrats à terme ICE Brent du mois le plus proche) pendant cette période et la moyenne d’avant-guerre de janvier/février 2026, multipliée par les volumes de vente de carburants (Eurostat, données de 2024, hors biocarburants). L’analyse identifie les exploitants de raffineries européens, et en premier lieu les grandes compagnies pétrolières, comme les principaux bénéficiaires ; comme la marge couvre l’ensemble de la chaîne, de l’achat du brut jusqu’à la pompe, elle peut également inclure les bénéfices des grossistes en carburants et des exploitants de stations-service. Les résultats sont des estimations des profits supplémentaires par rapport aux niveaux d’avant la crise, et non des bénéfices déclarés par les entreprises ; l’étude ne les attribue pas à des entreprises individuelles.
[2] L’étude considère que la base de coûts du secteur est stable, car la seule hausse importante des coûts, celle du pétrole brut, est déjà prise en compte dans le calcul. Le gaz représente un coût mineur pour les raffineries, qui en produisent elles-mêmes la majeure partie, et aucune autre hausse significative des coûts n’a été identifiée.
[3] Une taxe supplémentaire sur les profits est une taxe annuelle permanente prélevée sur l’ensemble des profits tirés des énergies fossiles, et non pas uniquement sur les recettes exceptionnelles ou les bénéfices excédentaires. Cette taxe s’ajouterait aux impôts sur les sociétés existants et entraînerait donc un taux d’imposition plus élevé pour les entreprises du secteur des énergies fossiles par rapport à d’autres secteurs moins polluants.
Greenpeace exhorte les gouvernements de l’ensemble de l’Union européenne à prendre les mesures suivantes :
- Au niveau de l’Union européenne : soutenir la mise en place d’une nouvelle taxe supplémentaire permanente sur les profits, d’un taux minimum de 33 %, augmentant progressivement au fil du temps, en fonction du rythme de sortie des énergies fossiles nécessaire pour l’Union européenne.
- Au niveau national : introduire des options nationales de taxation progressive des pollueurs, en veillant à ce que les riches propriétaires, investisseurs et actionnaires de l’industrie des énergies fossiles supportent une charge fiscale plus importante, afin de lever davantage de fonds publics pour les communautés touchées par la crise climatique, tant au niveau national qu’à l’étranger.
- Au niveau mondial : jouer un rôle proactif pour promouvoir une taxe sur les pollueurs applicable aux profits mondiaux consolidés des compagnies pétrolières et gazières internationales, par le biais du Traité fiscal mondial (également connu sous le nom de Convention-cadre des Nations unies sur la coopération fiscale internationale), en veillant à ce que ces recettes soient directement affectées aux fonds multilatéraux des Nations unies destinés à la prise en charge des pertes et dommages liés au changement climatique, ainsi qu’à l’adaptation et à l’atténuation. Cette mesure devrait s’accompagner de l’adoption de règles contraignantes visant à empêcher les multinationales de transférer leurs bénéfices vers des paradis fiscaux.
[4] Greenpeace France, aux côtés d’autres associations et collectifs français, réagira spécifiquement jeudi 29 octobre au matin aux résultats qui seront annoncés par TotalEnergies.
[5] Des amendements ont été déposés par les groupes Écologistes, Socialistes, de la Gauche Démocrate et Républicaine et La France insoumise en faveur d’une taxation des profits indécents de l’industrie fossile dans le cadre du projet de loi finance pour 2027 qui est examinée cette semaine à l’Assemblée nationale en séance plénière.