Pour Greenpeace, la protection de l’eau potable ne peut plus attendre !

Une proposition de loi pour protéger l’eau potable sera discutée aujourd’hui à l’Assemblée nationale. Alors que plus d’un tiers des aires de captages en France a été fermé en 40 ans à cause de la pollution aux pesticides et aux nitrates [1], Greenpeace France rappelle que la protection des aires d’alimentation de captage des pollutions agricoles est un enjeu majeur pour préserver la ressource en eau d’un point de vue sanitaire, environnemental mais également quantitatif, d’autant plus dans un contexte de changement climatique.

Cette proposition de loi, intitulée “protection de l’eau potable”, prévoyait initialement d’interdire, en 2030, l’usage des pesticides dans les aires d’alimentation des captages d’eau associées à des points de prélèvement sensibles. Cette disposition a été modifiée pour réduire l’ambition de protection aux aires de captages considérées comme prioritaires dans le cadre des engagements issus du Grenelle de l’environnement [2]. Elle rendrait ainsi obligatoire la délimitation d’aires d’alimentation des captages et la mise en œuvre de programmes d’actions par les autorités administratives compétentes dans ces zones.

Il est urgent de protéger la qualité de l’eau potable contre les pesticides de synthèse et les engrais azotés, explique Julien Rivoire, chargé de campagne Agriculture à Greenpeace. Les politiques d’incitation au changement des pratiques agricoles ne sont pas suffisantes : il est maintenant nécessaire de viser une maîtrise d’usage des sols garantissant des cultures à bas niveau d’intrants. C’est une exigence pour notre santé, pour la préservation de ce bien commun qu’est l’eau, mais également une question de justice sociale.

Les pouvoirs publics doivent protéger notre santé
Prévenir les pollutions est un impératif sanitaire pour retrouver un bon état qualitatif de l’eau. Comme l’INSERM l’a confirmée en 2021, une présomption forte existe entre l’exposition aux pesticides et certains types de cancers ou la maladie de Parkinson [3]. La multi-exposition aux pesticides augmente les risques et rend vulnérable la population.

Le coût de l’eau : une inégalité territoriale
Pour Greenpeace, l’absence de réglementations risque de créer une fracture entre les grandes agglomérations capables d’investir dans des dépollutions toujours plus coûteuses et les petites communes condamnées à fermer leurs points de captages.
Greenpeace rappelle que le coût de la dépollution de l’eau des pollutions agricoles est colossal (entre 750 millions et 1,3 milliard d’euros par an), quasi-intégralement financé par les usagers via leurs factures d’eau. Le bouleversement du cycle de l’eau lié au changement climatique implique de protéger l’ensemble des captages afin d’assurer l’alimentation en eau potable de la population.

La gestion de l’eau menacée
Cette proposition de loi est présentée dans un contexte caractérisé par de nombreuses entraves à la démocratie de l’eau, conduites par les défenseurs de l’agro-industrie. Les travaux du groupe national captage (GNC), qui devait définir les critères des aires de captage sensibles en décembre, sont à l’arrêt puisque les deux syndicats agricoles majoritaires (FNSEA et CR) refusent tout compromis [4]. Dans le bassin de la Vilaine (35), un long travail de concertation entamé il y a plus de trois ans, aboutissant à l’interdiction d’un herbicide sur certaines aires de captage, est menacé par l’action conjointe des lobbies agro industriels et du préfet [5].
Ces stratégies de blocages de la démocratie de l’eau, identifiées par Greenpeace France dans son rapport “Démocratie à sec” [6], doivent trouver une réponse législative afin que l’intérêt général soit préservé.

La santé de la population, la protection de l’environnement et l’égalité d’accès à cette ressource vitale qu’est l’eau ne peuvent constituer des variables d’ajustement du système agro-industriel, conclut Julien Rivoire. Il en va de la défense d’une réelle souveraineté alimentaire pour garantir l’accès à une alimentation choisie et de qualité. Les tensions sur la ressource en eau sont telles qu’elles ne pourront être apaisées sans repenser en profondeur le modèle agricole et alimentaire.

 

Notes aux rédactions :
[1] Voir Améliorer la qualité de l’eau par la protection de nos captages, feuille de route du gouvernement, mars 2025
[2] Voir le texte de la proposition de loi, site de l’Assemblée nationale.
[3] Voir l’expertise collective Pesticides et santé – nouvelles données, INSERM, 2021.
[4] Voir Pesticides : des collectivités locales dénoncent le blocage des négociations autour de la protection des captages d’eau potable, Le Monde, 23/12/2025
[5] Voir En réponse à la FDSEA, plus de 3 000 personnes manifestent à Rennes pour « la reconquête de la qualité de l’eau », Ouest-France, 10/01/2026
[6] Voir “Démocratie à sec : comment les lobbies agricoles manipulent la gouvernance locale de l’eau, avec la complicité de l’État”, rapport de Greenpeace France, février 2025