Depuis 4h10 ce matin, une vingtaine d’activistes de Greenpeace France bloquent le cargo Mikhaïl Dudin, en provenance de St Pétersbourg, dans le port de Dunkerque pour dénoncer le commerce nucléaire entre la Russie et la France.
Greenpeace France demande aux autorités françaises de faire toute la lumière sur les contrats liant EDF, Framatome et Orano à la Russie et son bras armé l’entreprise d’Etat Rosatom, et d’exiger leur rupture ou celle de toutes relations d’affaires liant ces industries françaises à Rosatom.
© Greenpeace – © Lorraine Turci / Greenpeace
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Depuis le début de l’invasion globale de l’Ukraine par la Russie il y a maintenant quatre ans, le ballet des cargos Baltiyskiy 202 et Mikhaïl Dudin n’a pas cessé, déchargeant d’importantes quantités d’uranium au port de Dunkerque.
« À de nombreuses reprises, nous avons observé le déchargement d’uranium enrichi russe ou d’uranium naturel depuis ce cargo. Qu’y a-t-il dedans aujourd’hui ? Seuls Orano, EDF et/ou Framatome le savent pour l’instant. Face à l’opacité de ce trafic, la lumière sur ce commerce doit être faite », souligne Pauline Boyer, chargée de campagne sur le nucléaire pour Greenpeace France.
« Nous bloquons l’arrivée de ce cargo en provenance de Russie pour stopper le flux d’uranium entre la Russie et la France. Ce commerce qui alimente indirectement la guerre de Poutine doit cesser. La France devrait envoyer un signal politique et diplomatique fort pour sanctionner Rosatom, une entreprise devenue criminelle depuis qu’elle a pris le contrôle de la centrale nucléaire de Zaporijia en Ukraine, fait inacceptable qui met en danger le peuple ukrainien et la communauté internationale ».
La France et la Russie, deux des pays les plus nucléarisés au monde, entretiennent depuis longtemps des liens commerciaux au sujet de l’atome. Mais ce qui pouvait sembler un simple business est, depuis le début de l’invasion globale de l’Ukraine en février 2022, une indécence dont la France devrait avoir honte.
Alors qu’Emmanuel Macron affiche son soutien à l’Ukraine et prône un renforcement militaire de l’Europe face à la Russie, la France continue de commercer avec Moscou, en particulier dans le secteur nucléaire et à s’activer pour le préserver de toute sanction au niveau européen [1].
« La dépendance du nucléaire civil à Rosatom empêche le gouvernement français d’être cohérent sur la scène internationale à cause de ses contrats russes, et notamment la nécessité d’approvisionnement en uranium pour faire fonctionner les centrales. Le nucléaire risque de plonger la France dans une insécurité énergétique de plus en plus forte. La nouvelle Programmation Pluriannuelle de l’énergie faisant primer un nouveau programme nucléaire au détriment des économies d’énergies, de l’efficacité énergétique et du développement des énergies renouvelables va encore aggraver la situation » rappelle Pauline Boyer [2].
En janvier, une investigation de Greenpeace France démontrait que le commerce nucléaire entre la France et la Russie continue, près de quatre ans après le début de l’invasion globale contre l’Ukraine, notamment avec l’uranium enrichi russe utilisé par Framatome et l’uranium naturel du Kazakstan et d’Ouzbékistan destiné à Orano [3].
Près de la moitié des importations annuelles d’uranium naturel de la France provient en effet de ces deux pays frontaliers de la Russie. La majeure partie de l’uranium naturel issu de leurs mines transite toujours par le territoire russe entre les mains de Rosatom, avant d’être livrée dans les ports de Dunkerque ou de Rotterdam puis acheminée notamment vers les usines d’Orano.
Le World nuclear summit doit avoir lieu le 10 mars à Paris : il est important de rappeler que la promotion du nucléaire dans le monde profite de fait à Rosatom, premier enrichisseur et constructeur de centrales nucléaires à l’étranger. L’outil géopolitique que représente Rosatom pour Vladimir Poutine fonctionne. Même accusée de complicité de crimes de guerre sur les employés de la centrale nucléaires de Zaporijia, comme documenté dans le rapport de l’ONG Truth Hounds [x], Rosatom échappe à toutes sanctions, et les partisans du nucléaire vont contribuer à lui offrir une vitrine de respectabilité lors de ce sommet.
Notes aux rédactions
· La Russie contrôle environ 40 % à 46 % de la capacité mondiale d’enrichissement d’uranium, avec sa société publique Rosatom, qui exploite environ 27,1 millions d’unités de travail de séparation (UTS) par an.
· En 2026, la Russie reste le plus grand fournisseur mondial de services d’enrichissement, avec une capacité qui dépasse de loin celle de n’importe quel autre concurrent, créant ainsi une dépendance importante pour les exploitants nucléaires occidentaux.
· En 2024, la Russie était le principal fournisseur du marché de la conversion de l’uranium dans l’UE, avec 2 977 tonnes d’uranium, soit 22,4 % des parts de marché.
[1] La Commission européenne avait présenté une feuille de route au mois de mai 2025 en vue de mettre un terme aux importations d’énergie russe. Contrairement au pétrole et au gaz, le nucléaire échappe pour l’instant à toute sanction de l’Union européenne, notamment grâce aux pressions de la Hongrie… et de la France. Volodymyr Zelenskyy a encore appelé le 16 février dernier à des sanctions contre le nucléaire russe et Rosatom : https://x.com/ZelenskyyUa/status/2023331046272450838
[2] https://www.greenpeace.fr/espace-presse/ppe-en-retard-archaique-et-reactionnaire/
[3] Greenpeace France a croisé les mouvements des cargaisons d’uranium dans le port de Dunkerque avec des données des importations et exportations d’uranium extraites des douanes. L’ONG a également enquêté sur l’armateur des cargos et sur l’implication de l’entreprise Rosatom dans les mines du Kazakhstan. Toutes ces informations montrent que la place de la Russie est toujours centrale pour les affaires d’EDF, d’Orano et de Framatome.
https://www.greenpeace.fr/espace-presse/analyse-nucleaire-le-commerce-toxique-avec-la-russie-continue-les-sanctions-europeennes-se-font-attendre/