Nucléaire : procrastination depuis un an pour interdire l’uranium russe dans l’UE

Le 6 mai 2025, la Commission européenne présentait au Parlement européen à Strasbourg une feuille de route “REPowerEU” affirmant vouloir mettre un terme aux importations d’énergie russe.

Un an plus tard, si les négociations sur les sanctions visant le gaz et le pétrole russes ont bien progressé [1], les sanctions sur le nucléaire n’ont pas avancé… ce qui arrange bien la France, VRP de luxe de l’industrie nucléaire.

La Commission devait présenter un projet de règlement dès le début de l’année 2026. Mais les pressions s’étant multipliées aux niveaux européen et français, le sujet ne cesse d’être reporté.

La diplomatie française est pieds et poings liés à la Russie pour faire fonctionner ses centrales nucléaires. Elle ne peut pas se passer des contrats désormais très radioactifs qui lient EDF, Framatome et Orano à l’industrie nucléaire russe”, rappelle Pauline Boyer, chargée de campagne Transition énergétique – Nucléaire  pour Greenpeace France.Le nucléaire maintient la France en état de dépendance énergétique vis-à-vis de tous ses pays fournisseurs d’uranium, au prix de compromissions au niveau géopolitique. En continuant son commerce nucléaire avec Rosatom, et donc la Russie, la France finance indirectement la guerre contre l’Ukraine.”

Selon la feuille de route, la sortie du nucléaire russe devrait concerner l’uranium enrichi et les fournitures de combustible pour les réacteurs VVER de conception russe. Elle mentionne que sept États membres ont importé de l’uranium enrichi d’origine russe ou recouru à des services d’enrichissement de l’uranium fournis en Russie en 2024 [2]. Emmanuel Macron a lui-même reconnu en mars dernier, après de multiples alertes de Greenpeace, la dépendance de la France vis-à-vis de la Russie concernant l’uranium.

Chaque État était invité à présenter une première version de sa feuille de route nationale d’ici la fin de l’année 2025.

Greenpeace France a écrit en janvier 2026 à Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, pour lui demander le plan national français [3]. Cette feuille de route devrait théoriquement prévoir des mesures concrètes pour supprimer progressivement les importations russes d’uranium, d’uranium enrichi et d’autres matières nucléaires.

Sans aucune réaction du ministre, Greenpeace France a saisi la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) afin d’obtenir une réponse détaillée du gouvernement français [4].

Notes aux rédactions

[1] 90 % des importations actuelles de pétrole de l’UE en provenance de Russie sont actuellement interdites.

Toutes les importations de gaz en provenance de Russie seront interdites d’ici à 2027.

https://commission.europa.eu/topics/eu-solidarity-ukraine/eu-sanctions-against-russia-following-invasion-ukraine/sanctions-energy_fr

[2] Cette feuille de route établit clairement viser “à renforcer encore l’indépendance de l’UE à l’égard de l’énergie russe en supprimant progressivement les importations de gaz, d’énergie nucléaire et de pétrole afin de réduire les risques d’instrumentalisation de l’approvisionnement énergétique et d’éviter que des recettes originaires de l’UE n’alimentent le budget russe”.

Dans son discours du 6 mai 2025, le commissaire à l’énergie Dan Jørgensen avait déclaré : « Nous introduirons de nouvelles restrictions pour éliminer progressivement les importations russes d’uranium, d’uranium enrichi et d’autres matières nucléaires, ainsi que des obligations de transparence et de diversification des approvisionnements. »

Dans le secteur du nucléaire, la feuille de route de la Commission européenne propose deux actions concrètes :

  • De nouvelles restrictions afin de supprimer progressivement les importations russes d’uranium, d’uranium enrichi et d’autres matières nucléaires.
  • L’obligation de diversification et de transparence: plans nationaux visant à supprimer progressivement les approvisionnements russes en matières nucléaires.

En janvier, D. Jorgensen déclarait : « Certains États membres dépendent toujours du combustible russe, et nous devons nous assurer que nous disposons de sources alternatives. Dès que ce sera le cas, bien sûr en étroite concertation avec les États membres concernés, je présenterai la proposition ».

[3] L’association a également écrit au commissaire Dan Jørgensen pour lui demander de lui transmettre :

– Les plans nationaux mentionnés dans la feuille de route que les États membres étaient censés soumettre d’ici fin 2025.

– La proposition législative fixant des objectifs aux États membres pour le remplacement des combustibles nucléaires russes et la suppression progressive de leur dépendance à l’égard de la Russie pour l’uranium, l’uranium enrichi et les autres matières nucléaires, comme indiqué dans la feuille de route.

– Une liste des pièces détachées et des services de maintenance russes mentionnés dans la feuille de route.

[4] La demande de Greenpeace France à la CADA précise : “Le refus implicite du ministre est infondé (et illicite s’agissant d’informations environnementales dès lors que le rejet d’une demande d’informations relative à l’environnement doit être notifié au demandeur par une décision écrite motivée – L. 124-6 du code de l’environnement) et la communication des éléments demandés s’impose.”