Loi Duplomb : la mobilisation citoyenne est loin d’être terminée !

Attendu depuis sept mois, le débat sur la pétition contre la loi Duplomb aura enfin lieu demain à l’Assemblée nationale [1]. Greenpeace France exhorte le gouvernement à s’expliquer de son soutien à cette loi, alors que celle-ci aggrave les atteintes portées à l’environnement, au monde paysan et à la santé publique. Greenpeace France appelle également à poursuivre la mobilisation en faveur de la santé publique et en particulier contre l’industrialisation de l’élevage, l’utilisation de pesticides, et pour la préservation de l’eau, que ce soit en France ou en Europe.

À l’initiative du collectif Cancer Colère, de plusieurs collectifs de victimes de pesticides, d’organisations paysannes et d’associations environnementales, Greenpeace appelle les citoyens et citoyennes à manifester fermement leur opposition aux pesticides et à l’industrialisation de l’élevage [2] :
mercredi 11 février, à partir de 12h30, métro Invalides à Paris.

L’accumulation d’annonces, depuis janvier 2024, qui font de l’écologie un bouc émissaire sans jamais répondre aux difficultés concrètes contre lesquelles le monde paysan continue de se mobiliser, prouve que les politiques d’industrialisation de l’agriculture aggravent la situation au lieu de l’améliorer, explique Sandy Olivar Calvo, chargée de campagne Agriculture à Greenpeace. La loi Duplomb ne répond pas non plus aux attentes des Français et des Françaises, comme le démontre la mobilisation citoyenne massive et sans précédent contre celle-ci : ils refusent les politiques agricoles dangereuses pour leur santé et l’environnement, et s’inquiètent de plus en plus de l’impact des pesticides sur la santé des riverains des exploitations agricoles, des consommateurs et des paysans (qui sont les premières victimes de l’exposition aux pesticides), et plus largement des conséquences de l’industrialisation de l’agriculture.

La mobilisation contre les pesticides doit continuer
Ce week-end, à l’appel de plus de 80 organisations (paysannes, environnementales et de santé environnementale, syndicales, associations citoyennes et de consommateurs), des rassemblements ont eu lieu dans près de 40 villes et territoires dans toute la France [3], pour réaffirmer notre ferme opposition à la loi Duplomb et aux politiques d’industrialisation de l’agriculture – mais aussi à toute nouvelle tentative de réintroduction de pesticides dangereux ou initiative visant à faciliter l’utilisation de pesticides en France ou en Europe.

Cette mobilisation, initiée contre la loi Duplomb et portée par une force citoyenne d’une grande diversité, ne fait que commencer, poursuit Sandy Olivar Calvo. Nous sommes collectivement déterminés à nous opposer à toutes les politiques qui poussent toujours plus loin le système agricole industriel, et à défendre d’autres modèles agricoles qui protègent la santé publique, l’environnement et les agriculteurs.

Balayant avec mépris la pétition contre sa loi, le sénateur Laurent Duplomb a de nouveau déposé une proposition de loi la semaine dernière pour autoriser la réintroduction de deux pesticides interdits en France, dont l’acétamipride [4], avant même que le débat sur cette pétition ait eu lieu. Par ailleurs, l’Union européenne s’apprête à déréguler des pesticides en les autorisant de façon illimitée dans le temps, dans le cadre d’une proposition de loi (Omnibus) sur la sécurité des aliments [5]. Ces projets vont totalement à contresens des attentes exprimées via la pétition contre la loi Duplomb : le gouvernement français a la possibilité et la responsabilité de s’y opposer, conformément aux attentes de la société française en matière de protection de leur santé.

Lois Duplomb et loi d’urgence : des impacts délétères sur l’agriculture et l’environnement
Bien que la décision du Conseil constitutionnel ait conduit au retrait de la mesure la plus contestée du texte concernant les néonicotinoïdes, cette proposition revient dans la proposition de loi “Duplomb 2”. En parallèle, la loi d’urgence annoncée par Sébastien Lecornu veut instrumentaliser les motifs de la colère agricole au profit d’une agriculture exclusivement tournée vers l’exportation. Pour Greenpeace, ces propositions sont des menaces réelles pour la protection de l’environnement et la santé publique et visent sans complexe à industrialiser encore plus l’agriculture et l’élevage, sans répondre aux attentes de la société et en accélérant la fuite en avant vers un système qui fait massivement chuter le nombre d’agriculteurs et d’exploitants agricoles.

Une loi rétrograde, adoptée en force par la droite et l’extrême droite, avec l’adhésion du gouvernement
La loi Duplomb, massivement impopulaire, a été passée en force par ses défenseurs, qui ont fait usage d’une manœuvre parlementaire pour accélérer le processus d’adoption du texte. Le vote d’une motion de rejet a ainsi empêché toutes discussions à l’Assemblée nationale et a bloqué tout débat et tout amendement dans cette chambre, envoyant directement la proposition de loi en Commission mixte paritaire [9].

Cette loi a été votée unanimement par le Rassemblement national, le groupe Les Républicains ainsi qu’une partie des élus centristes, rappelle Sandy Olivar Calvo. Leur vote est révélateur de leur mépris de la santé publique et des conséquences sanitaires des pesticides, mais aussi d’un désintérêt vis-à-vis des attentes sociétales en matière de protection de l’environnement et de la santé. Pire, ce vote illustre l’absence totale de considération de ces partis politiques pour les premières victimes de l’industrialisation agricole et de l’exposition aux produits agrochimiques : les paysans et les populations rurales.

Lors des débats, Greenpeace restera extrêmement vigilante face aux tentatives des défenseurs de la loi de minimiser les risques sanitaires des pesticides.

 

Notes aux rédactions :
[1] La pétition citoyenne a rassemblé 2 131 368 signatures, devenant ainsi la deuxième pétition la plus signée de France.
[2] Voir la tribune «Non à la loi Duplomb, et non à une Duplomb 2 !» : plus de 80 organisations appellent à des mobilisations dans toute la France ce week-end, Vert, 03/02/2026
[3] Voir Des dizaines de manifestations contre les « lois Duplomb » sur la réautorisation de pesticides, France Info, 07/02/2026
[4] Voir Le sénateur Laurent Duplomb dépose un nouveau texte pour réintroduire des pesticides interdits, Le Monde, 02/02/2026
[5] Voir la page Omnibus sécurité des aliments : la nouvelle version ayant fuité hier du règlement est inacceptable, site web de Générations Futures, 16/12/2025
[6] Voir A l’approche du débat sur la loi Duplomb, l’offensive pour l’industrialisation de l’élevage continue !, communiqué de presse inter-associatif, 05/02/2026
[7] Voir le rapport de la Cour des comptes, juillet 2023.
[8] Voir le rapport “Démocratie à sec” : comment les lobbies agricoles manipulent la gestion de l’eau avec la complicité de l’État, Greenpeace France, février 2025
[9] Voir Loi Duplomb adoptée : Greenpeace dénonce un jour noir pour la santé publique et l’environnement, à cause de l’irresponsabilité politique des députés, communiqué de presse de Greenpeace France, 08/07/2025