Inondations : quand l’inédit devient la norme, qui paie la facture climatique ?

Avec encore trois départements en vigilance rouge et une quinzaine en orange, la France traverse une crise hydrologique majeure. Si les inondations actuelles sont exceptionnelles par leur ampleur, elles constituent aussi le symptôme d’une nouvelle norme climatique pour l’Hexagone, documentée par la science : des pluies plus intenses dans un climat qui se réchauffe. Alors que le pays s’interroge sur le coût de ces catastrophes et que des hausses de primes d’assurance sont déjà anticipées, Greenpeace France le rappelle : la facture ne doit pas être abandonnée aux personnes sinistrées et à la collectivité.

La multiplication des catastrophes climatiques, dans l’Hexagone comme dans les territoires d’outre-mer, plonge le modèle assurantiel français dans une impasse. Avec des dégâts estimés entre 2,5 et 3 milliards d’euros pour le seul épisode récent, la conséquence sera rapidement visible pour les ménages : une nouvelle hausse des primes d’assurance est déjà annoncée pour 2026 par certains acteurs du secteur, tandis que le risque, déjà réel par endroits, de retrait des assureurs des zones les plus vulnérables s’intensifie. Sans intervention publique forte, c’est l’accès à l’assurance qui est menacé, au détriment des ménages les plus précaires et des territoires les plus exposés.

Pour Sarah Roussel, chargée de campagne Climat chez Greenpeace France : « À chaque événement climatique exceptionnel, le gouvernement feint la surprise, comme pris de court par un phénomène pourtant largement décrit et annoncé par la communauté scientifique. Cet inconfort dissimule mal l’abandon des collectivités locales, l’impréparation de l’État, qui paie l’insuffisance de ses politiques d’adaptation, et plus encore, le non-respect de sa trajectoire climatique. Ces événements nous rappellent l’urgence de s’attaquer à la racine du mal : l’exploitation des énergies fossiles qui alimente ce chaos. »

Comme le souligne le rapport de Greenpeace France « Événements climatiques extrêmes : qui doit payer la facture ? », l’intensification et la répétition des aléas fragilisent la viabilité du système de mutualisation des risques. Le régime d’indemnisation des catastrophes naturelles (CatNat), pilier de la solidarité nationale, n’a pas été conçu pour absorber une telle récurrence de sinistres majeurs. À mesure que les coûts augmentent, la facture est aujourd’hui transférée très directement vers les assurés et les contribuables, comme l’illustre la forte hausse de la surprime CatNat en 2025.

Pourtant, cette situation n’est pas une fatalité : des solutions existent pour préserver un système assurantiel solidaire, et plus largement financer les politiques d’adaptation et d’atténuation, notamment en faisant contribuer davantage les acteurs économiques les plus responsables des émissions de gaz à effet de serre. Alors que TotalEnergies a annoncé il y a quelques jours près de 11 milliards d’euros de bénéfices pour l’année 2025, le gouvernement va-t-il continuer à regarder ailleurs, voire à déresponsabiliser la multinationale ? Il est temps de faire payer les responsables de l’ampleur de ces crises plutôt que les sinistrés. D’après CarbonMajors, TotalEnergies fait partie des 32 entreprises responsables de 50 % des émissions fossiles de CO₂ dans le monde.

Greenpeace France exprime sa pleine solidarité avec les sinistrés et continuera de se mobiliser à leurs côtés pour que la réponse publique soit enfin à la hauteur du défi climatique et des exigences de justice sociale qu’il impose.