Greenpeace France anticipe pour la première fois depuis près de 40 ans des difficultés pour maintenir une croissance de la collecte de fonds sur les prochaines années. Pour assurer la préservation de son indépendance financière et la résilience de ses campagnes de protection de l’environnement, elle a annoncé aux instances représentatives du personnel et à l’équipe salariée un projet de réorganisation. Ces annonces ont été faites les 17 et 18 mars 2026.
L’organisation a ainsi présenté au Comité social et économique (CSE) et à l’équipe salariée un projet de Plan de sauvegarde de l’emploi qui prévoit de réduire les effectifs de 138 à 106 salariés équivalents temps plein.
L’association prend pleinement la mesure des conséquences difficiles de ce projet et est engagée au dialogue et à la concertation avec les instances représentatives du personnel pour que la mise en place de ce projet se déroule dans le respect de sa culture de responsabilité sociale et avec la volonté d’accompagner avec la plus grande attention les équipes salariées et les personnes directement concernées.
Alors que Greenpeace France est financée exclusivement par des ressources issues de dons privés, elle a enregistré une croissance des dons plus faible ces dernières années. Cette tendance structurelle, qui touche de nombreux acteurs du monde associatif dans un contexte économique tendu, oblige Greenpeace France à la plus grande prudence financière pour qu’elle puisse poursuivre ses campagnes de protection de l’environnement en France et à l’international.
Par ailleurs, l’association est fortement fragilisée par une décision inédite de la Cour de Cassation de septembre 2025 [1]. Cette décision porte un coup d’arrêt brutal à l’un des piliers historiques de la collecte de dons pour l’association. En effet, Greenpeace France est contrainte de réduire fortement les missions de collecte de rue réalisées en interne, fragilisant durablement les ressources. Ce canal de sensibilisation du public et d’engagement de nouveaux adhérent.es, lancé avec succès il y a près de 30 ans, a contribué à la solidité du modèle financier de l’organisation, soutenue aujourd’hui par plus de 240 000 adhérent.es dont 90% en don régulier. L’arrêt de ces activités de collecte en interne va avoir un impact direct sur les ressources en 2026 et impacter leur développement sur les prochaines années.
Cette situation se voit également aggravée par des difficultés de joignabilité téléphonique des donateurs et donatrices pour leur proposer de renforcer ou renouveler leur adhésion à l’association. En outre, un plus grand nombre d’adhérent.es ont manifesté ces deux dernières années des difficultés financières à maintenir leur niveau de don, du fait du contexte économique et des tensions sur le pouvoir d’achat.
Cette annonce intervient dans une période marquée par l’absolue nécessité de renforcer les activités de protection de l’environnement et de lutte contre le changement climatique en France et à l’international. Alors que la septième limite planétaire a été franchie récemment et que la France est l’un des pays en Europe qui se réchauffe le plus rapidement, le projet de réorganisation permettra cependant à l’organisation de préserver un fonctionnement éprouvé, de maintenir les capacités de campagne et d’action. Il est en effet crucial de continuer à opposer une voix forte et déterminée à toutes les tentatives de détricotage des législations environnementales, de remise en question de l’urgence à agir pour protéger notre avenir ou de criminalisation des militants environnementaux.
Il est à noter que le monde associatif traverse des turbulences économiques importantes et des remises en cause injustifiées de la part de certains acteurs politiques qui fragilisent un secteur pourtant vital au débat démocratique et à l’action sociale et environnementale.
[1] Un arrêt de la Cour de Cassation rendu en septembre 2025, interdit à Greenpeace France d’avoir recours aux CDD d’usage pour embaucher ses équipes déployées sur le terrain. Alors que Greenpeace avait recours à ce type de contrat depuis plus de 10 ans, sur la recommandation de ses conseils, et qu’elle avait déjà gagné en 1ère et 2nde instance devant les Prud’hommes, cette décision n’était pas attendue. Du fait des particularités et des modalités d’organisation de ses missions de face à face, Greenpeace ne peut embaucher ses équipes en CDI. Cette décision aura de lourdes conséquences pour le programme et pour le développement des ressources de Greenpeace France.