[analyse] De 380 à 650 milliards d’euros : le réel coût de la relance du nucléaire

À la veille du Conseil de politique nucléaire, Greenpeace France publie une évaluation de l’ensemble des coûts relatifs à la relance du nucléaire prévue dans la Programmation pluriannuelle de l’énergie publiée le 12 février dernier.

Alors que la PPE3 ne comporte aucun réel chiffrage complet et robuste, l’analyse de Greenpeace montre que la relance du nucléaire coûterait de 380 à 650 milliards d’euros d’ici à 2050, uniquement dans le cadre de la relance du nucléaire. 

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Les autorités françaises, toujours promptes à parler d’économie et d’austérité budgétaires, ont fixé un cap énergétique surnucléarisé sans aucun chiffrage, illustrant une fois encore l’exception dont bénéficie le nucléaire en France. Quand on examine sérieusement ce que va coûter cette relance du nucléaire, on comprend que le gouvernement ait préféré contourner le Parlement”, constate Nicolas Nace, chargé de campagne Transition énergétique pour Greenpeace France.

À partir des données fournies par la Cour des comptes, l’État ou les industriels du nucléaire, Greenpeace a évalué les coûts des postes les plus importants décidés par la PPE3 :
construction de 23 GW de nouveaux réacteurs EPR2, prolongation du fonctionnement du parc actuel, étude et valorisation de démonstrateurs de réacteurs RNR et SMR mais aussi retraitement et valorisation des combustibles usés.

Le constat est implacable : entre 380 et 650 milliards d’euros seront nécessaires pour la mise en œuvre de ce plan de relance du nucléaire.

“Ces coûts sont vertigineux, souligne Florence de Bonnafos, chargée de mission Économies et Finances pour Greenpeace France. L’argent magique semble toujours exister quand il est question de nucléaire. Les expériences récentes de construction d’EPR nous montrent que le secteur est incapable de maîtriser ses coûts. Pourtant, le gouvernement peut décider de la construction de six voire 14 EPR2 sans chiffrage fiable ni du coût ni du financement de ce projet, alors qu’il est prévu d’avoir massivement recours à l’argent public, c’est-à-dire celui des contribuables... »

D’autres coûts, conséquences indirectes de cette relance du nucléaire mais difficilement quantifiables aujourd’hui par manque d’études ou par incertitude, n’ont pas été inclus dans cette estimation, qui pourrait donc s’avérer bien plus élevée et dépasser le millier de milliards d’euros en cas de déboires industriels importants, comme en ont connu les EPR de Flamanville, d’Olkiluoto ou encore d’Hinkley Point C.

Il est d’autant plus intéressant de souligner que le Conseil de politique nucléaire, présidé par Emmanuel Macron demain, sera organisé à Penly. Ce site a été désigné par le président de la République pour accueillir deux nouveaux réacteurs EPR2 à la suite du discours de Belfort en 2022.
Mais le chantier de Penly, à peine commencé, débute bien mal. En effet, Mediapart en collaboration avec Reporterre, ont fait en mars 2025 des révélations sur la dissimulation de la non-conformité des tests des granulats, un composant du béton destiné à la construction du futur EPR2 de Penly. Ces granulats doivent servir à construire la digue et l’îlot nucléaire où se trouve le bâtiment du réacteur pour le protéger des tempêtes et de l’augmentation du niveau de la mer.

Dans le contexte d’austérité budgétaire, de maîtrise des dépenses publiques et de réduction des budgets de la transition énergétique (pour la rénovation des logements ou des bâtiments publics par exemple) imposé par les gouvernements successifs d’Emmanuel Macron aux Françaises et aux Français, il paraît totalement indécent et injustifiable d’engager la France dans un programme de relance massif du nucléaire.