Enquête : quand la PAC finance la pollution.

Les pollutions environnementales sont très mal surveillées

Afin d’arriver à cette conclusion, deux jeux de données ont été croisés : la liste des bénéficiaires des aides PAC et les montants alloués, et la liste qui répertorie les émissions d’ammoniac par ferme (c’est la seule pollution qui soit suivie à l’échelle des exploitations). Nous avons ainsi effectué un classement des exploitations qui polluent le plus alors qu’elles reçoivent beaucoup de subventions. L’ammoniac est un composé chimique dont l’odeur âcre est caractéristique et il provient principalement des activités agricoles. Il peut impacter sévèrement la santé humaine et la vie sauvage lorsqu’il est relâché dans l’environnement.

Sauf que nous nous sommes vite rendus compte que ce système de suivi des émissions d’ammoniac était loin d’être sérieux et suffisant. A peine 3% des émissions d’ammoniac liées à l’élevage sont répertoriées dans cette base de données, alors que l’élevage représente 64% des émissions d’ammoniac en France. Par ailleurs, il existe 31 000 fermes porcines et/ou avicoles en France, seules 727 d’entre elles figurent dans la base de données ! Sans compter que les fermes bovines n’y figurent même pas alors qu’elles sont de grosses contributrices.

A eux seuls, ces chiffres montrent que nous sommes incapables d’évaluer correctement les pollutions liées à l’élevage. Nous voyons donc mal comment il est possible d’assurer la réalisation des objectifs environnementaux de la PAC…

Pollueurs payés !

En 2015, les 20 premières fermes de notre classement des pollueurs payés ont touché plus de 115 000 euros chacune en moyenne de la part de la PAC. C’est un montant considérable par rapport aux standards de la PAC ! Seulement 3% des bénéficiaires ont reçu un montant d’aides équivalent ou supérieur cette même année.

Ceux qui déclarent le plus de pollutions reçoivent énormément de subventions… La PAC ne tourne pas rond ! Elle rémunère les pollueurs. C’est tout le système de subventions qu’il faut revoir.

Un système qui pousse à l’intensification de l’élevage

C’est simple, les prix des porcs sont bas, donc on doit en produire beaucoup pour s’y retrouver, et la PAC aide uniquement les agriculteurs sur le critère de la tailles des terres”
– Christophe, gérant d’une exploitation porcine.

C’est essentiellement sur la base du nombre d’hectares de terres cultivables que sont calculées les subventions qui sont versées aux exploitations. Cela incite donc à agrandir la taille de sa ferme en cultivant davantage d’hectares, d’une part. D’autre part, cela pousse à intensifier les productions qui se font sur des petites surfaces comme les cochons et les poulets.

Par exemple, les éleveurs de cochons en Bretagne possèdent deux fois plus de bêtes qu’il y a 10 ans, soit environ 1500 porcs pour une exploitation moyenne. C’est énorme ! Seule une vraie politique de désintensification peut nous permettre d’agir réellement sur la pollution à l’ammoniac liée à l’élevage.

Un peu de sérieux !

Concernant le suivi des pollutions environnementales, le minimum n’est même pas respecté. Il faut plus de transparence et un suivi digne de ce nom. Les seuils à partir desquels les fermes doivent déclarer les pollutions de leur élevage doivent être abaissés et il est bien sur nécessaire de suivre d’autres polluants que l’ammoniac !

Il faut passer de la parole aux actes. La Politique agricole commune doit encourager au respect de l’environnement et non pousser les agriculteurs à toujours plus d’intensification. Cela n’a aucun sens. Pour cela, il faut plafonner toutes les aides PAC en fonction du nombre de paysan.ne.s sur la ferme pour favoriser la création de valeur ajoutée et non l’agrandissement, et fixer un seuil à partir duquel les agriculteurs ne pourraient pas toucher de subventions s’il possède plus d’un certain nombre d’animaux par hectare.

Prévue pour 2021, les négociations pour la prochaine PAC ont déjà démarré. D’ici la fin du premier semestre 2018, la Commission européenne devrait avoir remis une première proposition. Pour l’instant, l’argent du contribuable continue à être utilisé pour financer la pollutions de nos terres.

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