EDF se suicide à Hinkley Point

 

Le site d’Hinkley Point, en Angelterre

Un saut dans l’inconnu le plus total

Le projet d’Hinkley Point demande des investissements pharaoniques. L’énergéticien français porterait ce projet à hauteur de 66,5%, le reste étant supporté par le groupe chinois CGN. Un projet dont les coûts prévisionnels ne cessent de grimper, pour s’établir à 22 milliards d’euros actuellement. Il prévoit un “Contract For Difference” garantissant à EDF de pouvoir vendre
l’électricité produite à Hinkley point C à 92£/MWH minimum (environ 110 euros), pendant 35 ans, ce qui garantirait un revenu annuel stable à EDF et une rentabilité de 9%.

Sauf que la technologie EPR n’est toujours pas au point. Celui en construction à Flamanville accumule les retards. Des anomalies sur certains composants, comme la cuve, n’ont toujours pas trouvé de solution et l’Autorité de sûreté nucléaire attend des réponses aux demandes envoyées à AREVA. Sur le chantier de Flamanville comme sur celui d’Olkiluoto (en Finlande), les budgets ont été multipliés par trois et les délais par deux. EDF mise donc la quasi-totalité de ses fonds sur une technologie qui n’a pas fait ses preuves. Par ailleurs, un chantier comme celui-ci durerait entre 6 et 8 ans au bas mot – une période pendant laquelle des fonds propres sont engagés (sur une technologie incertaine) sans le moindre retour financier.

EDF ne peut plus faire face

Le problème, c’est qu’EDF doit faire face à d’autres investissements. Le “grand carénage”, d’abord. A savoir les opérations de maintenance destinées à prolonger la durée de vie d’un parc nucléaire obsolète, que l’entreprise chiffre à 51 milliards d’euros étalés jusqu’en 2025. Le développement des énergies renouvelables, ensuite. Soit 33 milliards d’investissement d’ici à 2030 pour doubler la puissance actuellement exploitée. Au total, EDF devra donc financer environ 88 milliards d’euros d’ici à 2025. Auxquels s’ajoutent les coûts liés à la maintenance ordinaire des installations en fonctionnement (environ 10 milliards d’euros en 2015).

Pour financer ces investissements, EDF a annoncé une cession d’actifs de 10 milliards d’euros d’ici à 2020. Et une recapitalisation de 4 milliards d’euros votée ce mardi 26 juillet 2016 complète ce dispositif, dont 3 milliards souscrits par l’Etat français, c’est-à-dire nous, les contribuables.

Vers une dangereuse banqueroute

Mais c’est une rustine sur une jambe de bois. Le développement du nucléaire à l’international n’a pas d’avenir : le marché mondial est quasiment au point mort, étouffé par le développement exponentiel des énergies renouvelables. En outre, la consommation d’électricité diminue et les prix avec elle. Par ailleurs, le groupe souffre d’un cash flow – l’argent qu’il reste en fin de mois, après avoir payé les factures et dépenses courantes – négatif depuis 2008 et se trouve prisonnier dans une spirale d’endettement qu’il ne pourra plus masquer longtemps : le groupe est aujourd’hui endetté à environ 75 milliards d’euros. D’un mot, la filière nucléaire n’est plus rentable et ne le sera jamais plus. Le groupe s’est à ce titre vu éjecter du CAC 40 à la fin de l’année 2015 – et les agences de notation financière menacent aujourd’hui de dégrader sa note devant tant d’incertitudes.

D’ailleurs, l’Autorité des marchés financiers commence à s’en inquiéter et a perquisitionné EDF jeudi 21 juillet 2016, notamment pour faire la lumière sur les projets financiers d’EDF concernant le nucléaire, qui baignent dans une opacité tout à fait inacceptable. Pour la premier fois de l’histoire du groupe, le comité d’entreprise ainsi que plusieurs syndicats s’opposent à la direction sur le dossier Hinkley Point. Un projet qui avait déjà déclenché, rappelons-le, le départ du directeur financier et numéro 2 du groupe, Thomas Piquemal, au début de l’année.

Dans son obstination à maintenir artificiellement en vie sa filière nucléaire en cherchant des vitrines internationales, EDF met en péril le système électrique français. Et la sécurité des populations. Les ressources d’EDF devraient être mises à profit pour sortir du nucléaire en sécurité et assurer une transition énergétique vers les renouvelables. Au lieu de ça, l’État, actionnaire à 85%, l’autorise à dégrader la qualité du parc nucléaire existant, laissant se développer le risque d’un accident nucléaire tragique.