Quand les déchets agricoles deviennent des atouts énergétiques

De la méthanisation dans la Marne

  • Le Groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC) Duthoit-Philippoteaux se situe à l'intersection des départements de la Marne, des Ardennes et de la Meuse, en Champagne-Ardenne. C'est sur cette ferme qu'une unité de méthanisation a vu le jour en 2012.

    Déjà engagés dans une agriculture non intensive pour des raisons écologiques, les deux éleveurs associés ont étendu leurs bonnes pratiques à la production laitière en se convertissant à l'agriculture biologique en 2009. Ils décident alors d'installer une unité de méthanisation sur la ferme : elle produit du biogaz et du fertilisant (le digestat).

  • Le méthaniseur est alimenté en permanence. D'une part par les déjections animales générées par la ferme. D'autre part par les agriculteurs voisins qui viennent échanger leurs déchets organiques/agricoles contre du digestat à épandre sur leurs champs. Chacun y gagne : un cercle vertueux s'organise, recrée du lien social entre les agriculteurs et valorise l'agriculture locale.

    Le GAEC ressemble à s'y méprendre à la ferme du bonheur : à côté de l'unité de méthanisation et des vaches qui paissent paisiblement, on trouve aussi des veaux, des chatons, un cheval et même quelques lapins. Tout cela entouré par les cris joyeux d'une tribu d'enfants déjà sensibles aux enjeux écologiques qu'il leur faudra affronter à leur tour, quand ils seront adultes.

Un pionnier : Geoffroy Philippoteaux

Les yeux brillants de douceur et des projets plein la tête, Geoffroy Philippoteaux est un travailleur acharné : un éleveur passionné et un homme engagé pour une agriculture écologique et le développement des énergies renouvelables. Son intérêt pour la méthanisation, qui s'est manifesté tôt après ses études, a été renforcé par des voyages en Allemagne, en Belgique et au Luxembourg à la fin des années 1990. C'est donc naturellement qu'il a endossé le rôle moteur pour faire émerger le projet sur la ferme : monter les dossiers de subvention et les suivre auprès du ministère de l'Agriculture, du Conseil régional, de l'ADEME et de l'Union européenne, démarcher les banques pour les prêts, obtenir les permis de construire.

Sa ténacité a payé. Aujourd'hui, le GAEC reçoit de nombreuses visites qui témoignent de la capacité d'un projet audacieux à prospérer. Geoffroy, lui, explique avec la même pédagogie et la même rigueur le processus de méthanisation et les bienfaits que cela apporte à l'agriculture locale.

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Un défricheur : Luc Duthoit

Abrité d'un regard timide, Luc Duthoit parle avec amour de ses vaches et raconte son histoire d'éleveur avec fierté, un savoir issu de son père et de son grand-père. Pour lui, le passage au bio s'est imposé comme une évidence pour préserver sa santé et celle de ses bêtes. Il considère que les vrais militants écologistes sont les agriculteurs qui se battent au quotidien pour privilégier des pratiques respectueuses de la terre et de l'environnement.

Pour lui, la méthanisation représente avant tout un moyen de tendre vers l'autonomie énergétique de la ferme tout en confortant le GAEC dans le respect des critères de l'agriculture écologique, grâce à l'autonomie atteinte pour l'alimentation des bêtes.

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1 150  MWh

C'est la production de chaleur annuelle générée par le moteur biogaz

480

C'est le nombre de tonnes équivalent CO2 évitées par an

7 500

Ce sont les tonnes de fertilisant produites par an

Pour les plus curieux...

Comment fonctionne la méthanisation ?

La méthanisation est un procédé biologique naturel permettant de valoriser des matières organiques. Pendant 40 à 60 jours, ces matières sont placées à l'intérieur d'une cuve, le digesteur, qui est chauffée et brassée en l'absence d'oxygène. Elle produit une énergie renouvelable, le biogaz, et un fertilisant, le digestat.

Les produits « digestibles » sont les lisiers, fumiers, les végétaux, des déchets agro-alimentaires, des boues, des déchets de cuisine, des graisses, etc.

(source : ADEME, Solagro)

La méthanisation en France : où en est-on ?

L'ADEME a recensé, de juillet 2011 à juillet 2013, depuis la parution des derniers textes règlementaires sur la cogénération (chaleur + électricité), 242 projets tous secteurs confondus. Concernant l'injection du biométhane dans le réseau de gaz naturel, GrDF comptait trois installations d'injection en fonctionnement en 2013, en prévoit entre 10 et 13 nouvelles en 2014 et compte près de 360 projets en étude.

(source : SER)

Les énergies renouvelables ne sont pas une source fiable d'électricité ?

L'énergie que le soleil apporte chaque année à la Terre correspond à 10 000 fois la consommation d'énergie de l'humanité tout entière pour satisfaire tous ses besoins : il n'y a donc aucun risque de pénurie, et un approvisionnement à 100% par les énergies renouvelables est possible. C'est particulièrement vrai dans un pays comme la France, que la nature a généreusement pourvu de soleil, de vent, de cours d'eau, de forêts, de terres cultivables et de géothermie pour couvrir tous ses besoins énergétiques, et donc faire des énergies renouvelables une source d'approvisionnement extrêmement fiable.

La première condition pour gérer intelligemment les énergies renouvelables, c'est de jouer en équipe et de les utiliser les unes en complément des autres.

Si certaines énergies renouvelables sont produites au gré des éléments naturels, comme le vent ou le soleil, d'autres peuvent être stockées pour être utilisées en fonction des besoins: c'est le cas du bois et du biogaz, ou encore des réservoirs formés par les lacs des barrages en montagne. Depuis longtemps, les électriciens ont appris à anticiper et à gérer les fluctuations parfois très importantes de la demande : ils savent par exemple que dès que la température extérieure diminue d'un seul degré en hiver, il faut démarrer immédiatement l'équivalent de 2 à 3 réacteurs nucléaires ou importer de l'électricité à cause du nombre très important de convecteurs électriques dans notre pays. On parle donc de la « thermo-sensibilité » de notre système électrique.

Pourquoi ne pas simplement baisser notre consommation ?

Il est clair que la transition énergétique vers 100% d'énergies renouvelables pour tous ne passera pas que par l'installation de nouvelles capacités de production d'énergies renouvelables.

Cela doit se faire aussi en réduisant drastiquement notre consommation d'électricité. Le premier poste pour cela reste le bâtiment, où la rénovation est un chantier immense qui doit être mené de front avec le développement des renouvelables. La rénovation thermique des bâtiments permettra également de lutter contre la précarité énergétique qui touche un très grand nombre (7 millions) de ménages français.

C'est uniquement avec une approche intégrée que la transition sera une réussite et permettra de vraiment réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Les énergies renouvelables sont-elles source d'emploi ?

En France, en 2013, 176 000 emplois directs et indirects dépendaient du secteur des renouvelables. Et la transition énergétique pourrait générer 600 000 emplois d'ici 2030 en France. En Allemagne, ce sont déjà 400 000 emplois qui ont été créés dans ce secteur.

Dans le monde, selon l'Agence internationale des énergies renouvelables (IRENA), si l'on exclut les grandes centrales hydroélectriques, les énergies renouvelables étaient en 2013 la source de 7,7 millions d'emplois (directs et indirects). Ce chiffre est d'autant plus impressionnant qu'il est en croissance de 18 % par rapport à l'année précédente. En incluant les grands barrages, ce sont même 1,5 million d'emplois supplémentaires qui dépendent des énergies renouvelables. Aussi, selon les mots mêmes du Président de l'IRENA, Adnam Amin, « les renouvelables continuent de s'affirmer comme un employeur majeur à l'échelle du globe, générant d'importants bénéfices sociaux et économiques ».

Qu'est-ce qu'un GAEC ?

Un Groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC) est une société civile agricole de personnes permettant à des agriculteurs associés la réalisation d'un travail en commun, dans des conditions comparables à celles existant dans les exploitations de caractère familial.

(source : ministère de l'Agriculture)

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