Dernière bataille pour le thon rouge

La France et le thon rouge

  1. Quel est le rôle de la France dans la pêche au thon rouge ?
  2. Quelles sont les principales caractéristiques de la pêche au thon rouge en France ?
  3. Où pêchent les pêcheurs français ?
  4. La répartition du quota est-elle équitable entre les artisans et les pêcheurs industriels ?
  5. Peut-on parler d'une surcapacité des thoniers senneurs français ?
  6. Combien de personnes vivent de la pêche industrielle au thon rouge ?
  7. Quelle est la situation sociale dans l'industrie du thon rouge ?
  8. Pour qui le thon rouge est-il rentable ?

1- Quel est le rôle de la France dans la pêche au thon rouge ?

La France se partage, avec l'Espagne et l'Italie 90%, du quota européen. L'Europe ayant plus de 60% du quota total, la France est l'un des principaux pays pêcheur au thon rouge en Méditerranée. La flottille industrielle française est importante avec 17 thoniers senneurs très modernes.

Par ailleurs, la France joue un rôle politique important dans la gestion du thon rouge, traditionnellement en défendant avant tout les intérêts de l'industrie. Cependant, la position de la France a récemment quelque peu évoluée, en faveur de la protection de cette espèce, en particulier en soutenant l'interdiction du commerce international du thon rouge à la Cites en 2010, notamment lors du discours de Nicolas Sarkozy le 16 juillet 2009.

Enfin, la France est l'hôte de la prochaine conférence de l'Iccat, commission qui gère la pêche au thon rouge.

2- Quelles sont les principales caractéristiques de la pêche au thon rouge en France ?

La pêche au thon rouge est une pêche traditionnelle pratiquée depuis des siècles, qui est devenue une industrie destinée à l'exportation en à peine 20 ans.

Elle se divise entre une pêche artisanale côtière en Méditerranée et en Atlantique et une pêche industrielle en Méditerranée : les thoniers senneurs des industriels sont basés principalement à Sète (Languedoc Roussillon) et à Marseille (PACA).

En 2008 ces thoniers senneurs étaient 35, ils ne sont plus que 17 en 2010.

Il faut cependant ajouter plus d'une dizaine de navires français, mais re-pavillonnés en Libye opérant ainsi pour des armateurs français mais pêchant sous quota libyen.

3- Où pêchent les pêcheurs français ?

Les thoniers senneurs pêchent pour une partie d'entre eux autour de la zone des Baléares, les autres se concentrant au Sud de Malte, dans les eaux libyennes et en Méditerranée orientale. (voir la carte)

Quelle que ce soit la zone choisie, l'objectif est de se trouver sur les zones de reproduction des thons.

4- La répartition du quota est-elle équitable entre les artisans et les pêcheurs industriels ?

Les thoniers senneurs (industriels) bénéficient de la grande majorité du quota français. En 2010, ce quota était de 2022 tonnes et se répartissait de la manière suivante :
89 % en Méditerranée, soit1 800 tonnes.
10% pour l'Atlantique, soit 202 tonnes.
1% pour les pêcheurs récréatifs en Méditerranée et en Atlantique, soit 20 tonnes.

En Méditerranée, les thoniers senneurs se partagent de façon individuelle 1699 tonnes, alors que les pêcheurs artisanaux à la canne ou la palangre se partagent collectivement 98 tonnes. Les 3 tonnes restantes sont pour les prises accessoires des chalutiers.

5- Peut-on parler d'une surcapacité des thoniers senneurs français ?

D'où vient la surcapacité ? Au milieu des années 90 l'engraissement et le marché japonais, représentaient une perspective de croissance économique rapide pour les pays méditerranéens de l'UE. Il fallait donc prendre des places dans une activité très concurrentielle.

A cette époque, la politique commune des pêches européenne, dans une logique de course au volume, permettaient de subventionner massivement la construction de navires de pêche. La France et l'Espagne ont donc artificiellement financé grâce à des subventions européennes, nationales et régionales la construction de thonier senneurs ultramodernes. En quelques années à peine il y avait beaucoup trop de bateaux pour le stock de thon rouge en Méditerranée.

La surcapacité est un des principaux problèmes et l'une des principales causes de la surpêche et de la pêche illégale. Elle est générale. Depuis 2 ans la France a mis en place un plan de sortie de flotte et la baisse des quotas a amené des armateurs à vendre leurs navires.

Mais avec encore 17 navires pour 1699 tonnes, la surcapacité reste importante, puisque la rentabilité pour un senneurs se situe au dessus de 150 tonnes.

6- Combien de personnes vivent de la pêche industrielle au thon rouge ?

Les armateurs ou les propriétaires des senneurs ont la plus grande part des bénéfices de la pêche. Les équipages, autours de 12 personnes par senneurs sont payés à la part.

A l'époque de l'âge d'or d'après les armateurs eux-mêmes, les marins pouvaient toucher jusqu'à 30 000€ par saison. Avec la baisse des quotas ces revenus ont largement réduits et évidemment dépendent des quotas de chaque navire.

Ces sont environ 200 personnes qui vivent de la pêche industrielle, avec une saison de pêche ramené à un mois. Quel secteur économique peut fonctionner sur un mois d'activité par an ?

En outre, de plus en plus de membres d'équipages viennent d'Afrique, du Sénégal et du Ghana et son recrutés pour la saison, ils sont bien sur moins bien payé que les marins sétois ou marseillais, à peine quelque centaines d'euros pour la saison.

7- Quelle est la situation sociale dans l'industrie du thon rouge ?

L'affirmation comme quoi la pêche industrielle est importante pour les bassins d'emplois locaux est fausse. En effet, non seulement à peine 200 personnes en vivent, mais les conditions sociales sont de plus en plus difficiles. Avec une saison d'un mois, les marins ne peuvent plus bénéficier d'allocations chômages et ne peuvent atteindre leurs contingents de trimestres pour bénéficier de retraites. Les conflits sociaux entre marins et armateurs se multiplient. Des cas de fraudes sur les déclarations des armateurs en matière de revenus des marins et les infractions sur les cotisations sociales sont actuellement devant la justice.

Les marins sont en négociation avec le gouvernement, mais celui-ci privilégie l'aide aux armateurs en finançant les plans de sortie de flotte.

8- Pour qui le thon rouge est-il rentable ?

La pêche industrielle est rentable pour les armateurs qui possèdent plusieurs navires et qui ont des quotas importants.

Une meilleure répartition du quota permettrait aux pêcheurs artisanaux qui vivent d'une pluri-activité de mieux vivre de leur pêche avec une pression sur la ressource en thon rouge moindre.

Par ailleurs, les véritables bénéficiaires de la pêche industrielles en Méditerranée sont les grandes entreprises d'engraissements (Maltaise, espagnoles ou turques) qui possèdent souvent aussi des parts dans des navires, comme certains acteurs du thon rouge en Espagne qui ont possédé à une époque des parts dans des senneurs français.

Mais à l'échelle globale, les grossistes et importateurs à destination du Japon comme Mitsubishi qui contrôle plus de la moitié du marché mondial du thon rouge et qui détiennent des stocks équivalents à une année de consommation au Japon, sont les vrais maitres du tuna business.