VII
- Le refus légitime des populations
Que
reste-t-il comme solution maintenant qu'on a définitivement admis
de ne pas les jeter dans les océans ou de ne pas les enfouir sous
la calotte glaciaire ? Il ne reste plus qu'à trouver un grand trou
capable de recevoir des quantités indéterminées de déchets.
Seulement voilà, personne n'en veut et les Etats et les exploitants
nucléaires se renvoient les déchets comme une patate chaude bien embarrassante.
Alors, à défaut de pouvoir les gérer, on les transporte d'un pays
à un autre. L'Allemagne constitue un exemple frappant de ce point
de vue. Faute d'avoir obtenu un consensus dans son pays, le gouvernement
allemand a autorisé les exploitants nucléaires à continuer d'expédier
les combustibles usés à La Hague. Pour
faire bonne mesure, Lionel Jospin a demandé à son homologue d'accepter
un retour de déchets vitrifiés depuis
La Hague jusqu'à Gorleben mais ce genre de manouvres ne fait plus
beaucoup illusion.
Malgré les nouvelles techniques de communication, rien d'essentiel
n'a changé pour le lobby nucléaire dans son approche de sa question.
Sa motivation est simple : il faut donner l'impression d'avoir résolu
le problème des déchets pour pouvoir continuer un marché lucratif.
Dans les rapports avec le public on oscille entre le mépris et la
culpabilisation. Le compte rendu de la mission Granite qui a prospecté
dans quinze départements pour trouver un nouveau "trou" en complément
de celui de Bure est éclairant sur ce point. Pour cette mission, les
citoyens n'ont rien compris, ils sont un brin infantiles. Ils ont
accepté la manne du tout-électrique mais maintenant ils ne veulent
plus assumer leurs responsabilités.
Côté citoyens, on ne peut accepter la règle du jeu actuelle : l'ANDRA
vient gentiment voir les populations avec un discours de ce type :
"Ni vous ni moi n'y sommes pour grand chose, mais les déchets sont
là et il faut bien en faire quelque chose." Cette manipulation
est inacceptable. En refusant les sites de stockage de déchets les
populations n'expriment pas seulement le désir légitime de défendre
leur pré carré ou leur colère d'avoir été bernés. Ils disent aussi
: "On ne sait pas s'il y a une solution au problème des déchets
nucléaires, mais au moins posons celui-ci dans le bon sens. Si le
nucléaire produit des déchets dont personne ne veut, il faut d'abord
arrêter le nucléaire."
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