I
- Armes de destruction massive : ne cherchez plus, la source est ici
et se promène sur "l'autoroute du soleil"
Une
des questions les plus importantes concernant le plutonium,
est la justification des nuances entre plutonium dit "militaire" et
plutonium dit "civil", et par consequént du rôle de l'industrie civile
du plutonium en matière de prolifération nucléaire. En France, les
premières installations de production
de plutonium ont alimenté le programme militaire de fabrication de
bombes atomiques puis le programme nucléaire civil. La production
de plutonium pour ces deux programmes utilise le même type de technologie.
Il est donc très faisable en sens inverse de développer des installations
dites "civiles" pour ensuite les utiliser à des fins militaires. Les
cas de l'Inde et du Pakistan, et plus récemment de la Corée du Nord
qui utilise sa technologie nucléaire "civile" pour fabriquer des bombes,
sont à ce titre exemplaires. L'industrialisation de l'utilisation
du plutonium dans les programmes civils, a de plus multiplié les quantités
de cet élément non naturel. Ainsi, le stock de plutonium produit jusqu'à
présent en France sur le site de La Hague, dépasse l'ensemble des
armes de l'arsenal nucléaire américain. Le développement d'une telle
industrie multiplie donc les risques de prolifération, notamment en
mettant des quantités importantes de plutonium en circulation. En
France, par exemple, plus de 40 tonnes de poudre de Plutonium circulent
chaque année !
II - Le Plutonium
civil est utilisable a des fins militaires
Le plutonium utilisé
par les militaires et le plutonium utilisé dans la fabrication de
combustibles MOX
ne se différencient physiquement que par leur composition isotopique,
c'est-à-dire par la proportion des différents isotopes de plutonium
dans le mélange. Cette différence est due au taux de combustion des
combustibles irradiés dont provient le plutonium : le combustible
graphite/gaz qui a alimenté en plutonium le programme militaire a
un taux d'irradiation bas, largement inférieur
d'un facteur 20 à 40 à celui du combustible standard à l'oxyde d'uranium
des combustibles des réacteurs standard actuels. Le plutonium utilisé
pour la production de bombes contient ainsi une proportion importante
de plutonium 239, principal isotope fissile du plutonium de qualité
militaire. Le plutonium des combustibles irradiés standard contient
lui une proportion plus importante de l'autre isotope fissile du plutonium,
le plutonium-241, et donc à terme d'américium 241. Selon l'industriel
du retraitement COGEMA, "pour fabriquer une bombe atomique au plutonium,
il faut du plutonium très pur qui possède une fraction élevée d'isotopes
dits fissiles".
Au contraire,
le directeur général de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique
(AIEA), l'organisme international de contrôle
des installations nucléaires en matière de prolifération nucléaire,
se base sur un tout autre avis : "l'Agence considère le plutonium
provenant de combustible irradié à de forts taux de combustion et
en général le plutonium d'une quelconque composition isotopique à
l'exception du plutonium contenant plus de 80% de plutonium 238, comme
utilisable pour un dispositif explosif nucléaire".
La proportion
de plutonium 238 dans le plutonium d'un combustible standard à l'oxyde
d'uranium est de l'ordre de 2%, et dans le plutonium d'un combustible
MOX irradié de l'ordre de 3%. EDF a aussi une position plus nuancée
que la COGEMA : les propriétés neutroniques moins bonnes du plutonium
produit dans les réacteurs civils rendent son utilisation militaire
"moins facilement réalisable".
Un mémorandum
du Département d'Etat des Etats-Unis d'Amérique, publié en 1974 à
destination de ses ambassades, précise la question de manière plus
technique. Selon ce document, la radioactivité
accrue du plutonium des réacteurs standard ne rend son utilisation
militaire que légèrement plus difficile. La manutention du plutonium
d'une quelconque composition isotopique est toujours difficile. De
plus, même des bombes élaborées en employant des technologies avancées,
à partir de plutonium provenant de réacteurs
standard, produiront des explosions nucléaires importantes.
Cette question est donc techniquement tranchée. Il faut savoir que
le plutonium sortant des usines de La Hague et servant dans la fabrication
de combustible MOX est utilisable pour la fabrication d'engins nucléaires
explosifs. Toute indication visant à banaliser l'utilisation du plutonium
procède d'une dangereuse désinformation.
III - Et la
bombe sale ?
L'élaboration
d'une bombe nucléaire nécessite cependant la mise en ouvre de technologies
plus avancées que pour la fabrication d'un engin explosif. Depuis
l'attaque terroriste du 11 septembre 2001, la crainte de voir des
engins appelés "bombes sales" a prédominé sur la crainte de voir des
groupes terroristes posséder la bombe atomique. De facture plus rudimentaire,
les "bombes sales" ne font pas intervenir de réaction de fission en
chaîne, mais associent simplement une charge explosive de forte puissance
avec un composé radioactif pouvant se disperser facilement. La forte
détonation et le souffle qui s'ensuit suffisent à disperser le composé
radioactif sur de grandes surfaces, entraînant une contamination
des zones couvertes par la dispersion, c'est pourquoi la forme du
composé radioactif doit pouvoir permettre une dispersion maximum.
C'est le cas du plutonium extrait des combustibles irradiés retraités
à La Hague. Ce plutonium se retrouve sous forme de dioxyde (PuO2)
en poudre et possède donc un grand intérêt pour d'éventuels groupes
terroristes souhaitant mettre au point une "bombe sale".
Plus d'infos :
Les armes nucléaires de destruction
massive >>
Le
plutonium
La filière du plutonium