Seuls
les pays qui souhaitent trouver un moyen d'utiliser leur plutonium
séparé sont susceptibles de recourir aux services de la Cogema. La production
de MOX (6-7 MF par tonne) est nettement
plus coûteuse que la production de combustible standard (2-3 MF par
tonne). Dans leur étude pour le premier ministre Lionel Jospin, "Etude
économique prospective de la filière nucléaire" Jean-Michel Charpin,
Benjamin Dessus, et René Pellat ont constaté que l'option d'arrêt du
retraitement en 2010 coûterait moins cher que les options comportant
le retraitement et la production de MOX.
Le plutonium civil séparé est parfaitement utilisable pour la fabrication
de bombes, et les transports de plutonium et de combustibles
au plutonium engendrent des risques significatifs en cas d'accident
de la route aussi bien qu'en cas de vol. Par conséquent, son transport
et son utilisation nécessitent des mesures de surveillance et de protection
coûteuses à mettre en ouvre, et qui sont susceptibles d'empiéter sur
les libertés civiles. De plus, le MOX rend plus complexe l'organisation
de sa manipulation et la sûreté même du
réacteur.
Les
difficultés de l'utilisation du MOX dans des réacteurs à eau pressurisée
sont de différents ordres, et conduisent à rendre l'exploitation des
réacteurs plus compliquée que dans le cas du combustible à l'oxyde d'uranium
:
-
constitution de trois teneurs en plutonium différents (trizonage),
la teneur étant plus forte dans les assemblages au centre du cour
que dans les assemblages à sa périphérie ;
- dégagement sensiblement et systématiquement supérieur de gaz de
fission du MOX, qui augmente fortement
avec le taux de combustion ;
- variation de la composition isotopique
du plutonium de lot en lot ;
- augmentation dans la rapidité des changements du niveau de puissance
(c'est à dire de la réactivité) du réacteur ;
- réduction de l'efficacité d'absorption des barres de contrôle ;
- puissance résiduelle du combustible plus élevée après déchargement.
L'augmentation
des taux de combustion du MOX, utilisés pour en rentabiliser l'utilisation
conduit à une augmentation importante de la teneur moyenne en plutonium.
En 1999, la DSIN a autorisé l'utilisation
de MOX à une teneur moyenne de 7,08% de plutonium par assemblage, au
lieu de 5,03% précédemment. EDF souhaiterait maintenant obtenir l'autorisation
d'utiliser du MOX avec une teneur moyenne de 8,65% de plutonium, et
9,8% en moyenne pour la zone centrale de l'assemblage. Ces changements
ne peuvent rendre l'utilisation du MOX que plus délicate encore.
Comme
on l'a noté plus haut, les 101,3 tonnes ML de MOX fabriquées à Melox
ne consomment pas en totalité les 8 à 8,5 tonnes de plutonium résultant
du retraitement annuel des 850 tonnes de combustibles d'EDF. Par conséquent,
dans un futur proche, le stock de plutonium séparé continuera de croître.
Si Melox reçoit l'autorisation d'utiliser l'ensemble des 8 à 8,5 tonnes
de plutonium séparé annuellement pour EDF, le stock de plutonium séparé
d'EDF se stabilisera mais ne diminuera pas. De plus, le stock de combustible
irradié va continuer à croître. EDF stocke actuellement de l'ordre de
10.300 tonnes de combustible irradié, dont 7.000 tonnes à La Hague au
31 mai 2001. Comme nous l'avons déjà mentionné, le retraitement de 850
t/an de combustible laisse 300 à 350 tonnes de combustible irradié,
y compris du combustible MOX irradié, qu'il faut ajouter au stock existant
chaque année. EDF n'a aucune intention de retraiter
le MOX irradié.
Depuis
1987, le CEA a entrepris des études à Fontenay et à Marcoule pour évaluer
la "retraitabilité" du MOX/REP. En fait, des responsables de Cogema
ont annoncé en 1995 que la société est "en mesure de proposer des services
de retraitement" de MOX dans UP2-400. Les installations UP2-800 et UP3
ne sont pas dimensionnées pour le retraitement de combustible MOX, mais
la Cogema a demandé l'autorisation de retraiter le MOX dans UP3 aussi
bien que dans UP2-800. Seulement de petites quantités de MOX pour réacteurs
à eau pressurisée ont été retraitées. L'APM, à Marcoule, a retraité
2,1 tonnes de MOX en 1992. Au cours de cette même année, la Cogema a
retraité 4,7 tonnes de MOX allemand dans UP2-400 à La Hague. En 1998,
la Cogema a retraité 4,9 tonnes de MOX français dans la même usine.
En
comparaison du combustible UOX, le retraitement du MOX pose des problèmes
supplémentaires, y compris une augmentation du risque de criticité
en raison de l'accroissement des concentrations de plutonium, la dégradation
des solvants à cause de l'accroissement d'émissions alpha,
la difficulté de décontaminer le plutonium en raison de la présence
de produits de dégradation du tributyle phosphate (TBP), et la difficulté
de manipuler les conteneurs de plutonium à cause de la chaleur émise
par le plutonium 238. De plus, "l'augmentation des quantités d'actinides
mélangées aux produits de fission conduirait à une augmentation du nombre
de colis vitrifiés, pour une même quantité
d'énergie produite".
Si
l'on retraitait le MOX REP, le plutonium qui sortirait de l'usine de
retraitement ne serait pas facilement utilisable comme matière pour
le combustible REP. En effet, l'irradiation du MOX dégrade la qualité
isotopique du plutonium dans le combustible.
Pendant
l'irradiation, la proportion de plutonium
239 dans le MOX diminue et la proportion d'isotopes pairs augmente.
Ces isotopes sont des poisons neutroniques, c'est-à-dire que, frappés
par des neutrons lents, ces isotopes sont plus susceptibles d'absorber
les neutrons que d'être divisés par ceux-ci. L'irradiation du MOX augmente
également la quantité d'autres éléments à vie longue, tel que l'américium
241 et le curium. La qualité du plutonium baisse donc à chaque cycle.
La
CNE a fait remarquer que le recyclage du plutonium "dans un combustible
d'uranium appauvri nécessite d'augmenter à chaque recyclage la teneur
en plutonium, pour compenser l'effet pénalisant de ces isotopes pairs
sur la réactivité. Pour des raisons à la fois de sûreté et de coûts,
le recyclage ne peut guère aller, dans ces conditions, au-delà de 1
à 2 recyclages". En d'autres termes, quelque soit le scénario, on
finira bien par devoir gérer des combustibles irradiés non-retraités.
De
plus, l'entreposage et le stockage des combustibles MOX irradiés posent
des problèmes en raison de la " très grande charge thermique" du combustible
MOX. Il faudrait "une longue période d'entreposage sous eau avant
de pouvoir envisager un refroidissement à sec en entreposage de longue
durée". Pour l'entreposage de longue durée lui-même, la CNE prévoit
"de lourdes difficultés". De plus, le MOX "occuperait une
partie substantielle de l'emprise d'un éventuel stockage général".
Le
MOX
La filière du plutonium