EDF
décharge environ 1.200 tonnes de combustible
irradié par an. Officiellement, l'entreprise
d'état veut atteindre "l'égalité des flux", c'est à dire ne
pas obtenir plus de plutonium séparé qu'elle
ne peut en utiliser à court terme dans le combustible MOX.
photo
: Gravelines / six réacteurs de 900 MW chargés en MOX
En
privé, les dirigeants d'EDF admettent que le retraitement
et la fabrication du MOX sont beaucoup trop chers et rendent l'exploitation
des réacteurs plus complexe en terme de
sûreté. Mais EDF n'est pas seule à prendre des décisions à ce niveau,
le lobby du plutonium est puissant, et l'argument des quelques milliers
d'emplois de La Hague pèse lourd. Par conséquent, selon les informations
obtenues par WISE-Paris, le précédent ministre de l'industrie, Frank
Borotra, rédigea en juillet 1996 une lettre adressée à EDF, demandant
en particulier l'augmentation du nombre de réacteurs chargés en MOX
et le maintien des outils industriels de la Cogema. WISE-Paris n'a jamais
réussi à obtenir une copie de la lettre, en dépit des demandes aux ministres
concernés, mais le passage du nombre de réacteurs moxés de 8 à 14 entre
le début de l'année 1996 et la fin de l'année 1997 semble être lié à
cette lettre.
Le
second rapport de la Commission Nationale d'Evaluation (CNE), publié
mi-1996 constate : "En 1996, EDF a fait connaître à la Commission
sa politique industrielle fondée sur le retraitement à partir de l'an
2000 de 850 tonnes/an de combustibles (sur les 1.200 tonnes/an issues
des centrales) et le monorecyclage [un seul passage en réacteur] du
plutonium récupéré dans les combustibles MOX. Les combustibles irradiés
non retraités, 350 tonnes/an, 215 tonnes d'oxyde d'uranium et 135 tonnes
de MOX, seront entreposés sous eau dans l'attente d'une décision quant
à leur devenir définitif (retraitement différé ou stockage)."
Aujourd'hui,
la stratégie reste la même, mais EDF est moins réticente que par le
passé à montrer son manque d'enthousiasme à l'égard du retraitement
et de la séparation du plutonium. Selon le cinquième rapport de la CNE
(celui de 1999), "Aujourd'hui, EDF ne justifie pas la politique du
monorecyclage sous l'angle énergétique, mais la présente davantage comme
un mode de gestion de l'aval du cycle par
la concentration du plutonium, visant ainsi à limiter la quantité de
combustibles usés non retraités et mis en entreposage."
Selon
EDF, les 8 à 8,5 tonnes de plutonium extraites chaque année des combustibles
usés français fourniraient assez de MOX pour 22 réacteurs. Les 16 tranches
du palier appelé CP1 (900 MW) ont été autorisées à utiliser du combustible
MOX dès leur mise en service. En 1998, EDF a reçu l'autorisation d'utiliser
du MOX également dans les quatre réacteurs de la centrale de Chinon
du palier CP2 (900 MW). EDF a affiché son intention de demander l'autorisation
d'utiliser du MOX dans chacune des 12 tranches CP2 afin d'assurer la
flexibilité nécessaire pour consommer le MOX produit, dans le cas où
un ou plusieurs réacteurs ne fonctionneraient pas pendant une période
définie. Néanmoins, Christian Pierret, Secrétaire d'Etat à l'Industrie,
a indiqué en octobre 1997 : "Nous n'envisageons pas de charger en
combustible MOX les 28 tranches qui pourraient en recevoir" ; et
pendant deux ans le ministre de l'environnement a bloqué les autorisations
qu'EDF a demandées pour les réacteurs Gravelines C5 et C6. Le nombre
de tranches autorisées reste donc de vingt.
Le
MOX
La filière du plutonium