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STOP
PLUTONIUM
L’exutoire Russe
Devant les montagnes de déchets d’uranium s’accumulant, les industriels français, mais aussi les clients européens de Cogema ont trouvé une solution : l’exportation vers la Russie.
Depuis les premières exportations dans les années 70, plusieurs dizaines de milliers de tonnes de déchets d’uranium ont été entreposées en Russie par des pays européens. Ce dépôt de déchets d’uranium en Russie prend plusieurs formes :
- l’exportation d’Uapp, échangé contre de l’uranium naturel ou de l’Uapp ré-enrichi,
- l’exportation d’uranium naturel pour enrichissement (l’Uapp reste en Russie),
- l’échange d’URT contre l’équivalent en teneur isotopique d’uranium naturel enrichi (l’URT et l’Uapp issus de l’enrichissement restent en Russie)
- l’exportation d’URT pour ré-enrichissement (l’uranium appauvri résultant étant abandonné sur place)
Il est difficile de connaître les chiffres exacts de déchets d’uranium envoyés en Russie tant les données sont rares et bien cachées. Cependant diverses preuves(1) d’un tel commerce existent et démontrent l’ampleur du trafic. On connaît ainsi l’existence de certains contrats comme :
- le contrat #54-02/60006 de mars 1991 de Cogema, concernant de l’URT d’origine française, dans le cadre duquel de l’URT a été exporté au complexe nucléaire Tomsk-7 (the Siberian Chemical Plant) en Sibérie sous forme d’U3O8 et à raison de 150 t/an en 1992 et 1993, puis sous forme d’UF6 à raison de 500t/an. Ce contrat a expiré en 2000(2). Cette exportation est par ailleurs confirmée par un autre document(3), expliquant que jusqu’en 1995, le complexe nucléaire de Tomsk-7 a reçu de Cogema 759°t d’uranium de retraitement sous forme d’oxydes et 100t sous forme d’UF6 ;
- le contrat #54-02/60111, dans le cadre duquel la compagnie Eurodif a envoyé 13887 tonnes d’UF6app entre 1996 et 1999 ; et les contrats 90124 et 25020 courant jusqu’à 2014 et dans lesquels il est prévu d’exporter respectivement 8386 et 9815 tonnes d’UF6app entre 2002 et 2003 ;
- la compagnie Urenco a aussi des contrats d’exportation et a envoyé entre 1996 et 2003 59328 tonnes d’UF6app (contrat 50132), et 13676 tonnes à nouveau d’UF6app entre 2002 et 2003 (contrat 25040).
Lors du débat public organisé le 8 octobre 2005 à la Villette sous l’égide de la CPDP gestion des déchets radioactif, eDF a reconnu avoir de tels contrats avec plusieurs compagnies étrangères dont l’entreprise Russe TENEX. Mais lorsque les questions se sont faites plus précises afin de connaître les quantités, Monsieur Granger représentant eDF a alors estimé que c’était « indécent » de parler de telles choses... (4)
Au total, pour les contrats connus (dont ceux cité plus haut), 106725 tonnes d’Uapp ont été envoyées en Russie pour ré-enrichissement. Seul 9742 tonnes ont été retournées dans les pays européens d’origine sous forme d’uranium enrichi ou naturel. 96983 tonnes ont donc été laissées sur place soit 91% !
Navire Russe sous pavillon maltais assurant le transport des déchets d'uranium
entre Le Havre et St-Petersbourg
Le mensonge du recyclage
L’industrie nucléaire justifie le recours au retraitement en France par la valorisation des matières nucléaires et notamment l’URT présenté comme « recyclable ». Mais est-il recyclé ? Et dans quelles conditions ?
Là encore peu de chiffres sont accessibles, mais les rares données publiques montrent que derrière le discours se cache une réalité beaucoup moins glorieuse. Ainsi l’utilisation de combustible à base d’uranium de retraitement (URE) n’est pas vraiment envisagée par les dirigeants d’eDF pour des raisons économiques (l’uranium naturel étant meilleur marché), mais aussi de choix industriel (la tendance à l’augmentation du taux de combustion étant peu compatible avec le recours à de l’URE).(5)
eDF envisage donc un recours extrêmement limité à du combustible URE recyclant l’URT, voire de ne pas du tout en utiliser. Ainsi eDF « (…) à précisé, au cours de la réunion préparatoire du 15 octobre 2001, que ses besoins en combustible de type URE pourraient évoluer à l’avenir en 0 et 30 tonnes par an » (6). 30 tonnes de combustible correspond environ au besoin d’un réacteur de 900 MW.
Fin 2003, 250 tonnes de combustible URE (soit environ 8 recharges de réacteur) auraient été utilisées en réacteur en France (dans les réacteurs Cruas 3 et 4) soit un taux de recyclage de 1,3% par rapport aux 19000 tonnes produites depuis le début du retraitement (Marcoule + La Hague) ou 2,6% par rapport aux 9500t produites uniquement à La Hague.
Il est aujourd’hui impossible de dire si eDF utilise du combustible à base d’URT.
Selon les hypothèses de l’inventaire Andra 2004, seulement 280 tonnes d’URT, sur les 805°t produites chaque année seraient « réutilisées » pour fabriquer 35t d’URE. Soit un pourcentage de recyclage de 4% ! Dans cette hypothèse, ce sont donc 245t d’URT qui sont laissées à l’abandon en Russie, soit 30% de l’URT produit chaque année !
eDF a tendance à présenter les faits autrement : tout ce qui part en Russie est réutilisé. Elle annonce donc parfois un taux de recyclage de 30% omettant de dire que 87,5% de l’URT reste en Russie !
Plus grave, dans la pratique, les exportations en Russie ont fait l’objet de contrats qui n’ont rien à voir avec du ré-enrichissement. En 1989, face au problème posé par l’uranium de retraitement et « l’impossibilité » de le ré-enrichir à l’usine Eurodif, des représentants du CEA déclaraient officiellement : « La solution a été jusqu’à présent d’exporter l’uranium de retraitement, en échange, d’uranium naturel enrichi ». (7)
Aujourd’hui, tout nous laisse penser que cette pratique dite du « swap » se pratique encore. Nous avons en effet constaté des exportations d’URT sous forme stable d’U308 (Le traitement de l’uranium de retraitement)
Ticket d’exportation d’URT sous forme U308
Cliquez sur l'image pour faire un zoom sur la zone entourée
Notes:
1. Comme la lettre du Ministre Russe de l’Energie Nucléaire du 29 septembre 2003 - Copy of the letter of the RF Nuclear Energy Minister #01-5328 from 29.09.2003.
2. Summary Conclusion of the Independent Panel on Expertise of the Contract on Reprocessing Nuclear Materials at the Siberian Chemical Plant from May 23, 1992, Tomsk.
3. Copy of the letter of the Siberian Chemical Plant #02-17/808 from 30.11.1995.
4.
Compte-rendu exhaustif de la table ronde « La composition des combustibles usés. L’aval du combustible et le retraitement, la gestion du plutonium et des autres matières nucléaires » - Commission Particulière de Débat Public, 8 octobre 2005. http://www.debatpublic-dechets-radioactifs.org/docs/pdf/verbatims/tableronde1-0810.pdf
5. Michel Debes (Directeur de la division combustible d’eDF) dans Nuclear Fuel n°1 vol.26, 8 janvier 2001 : “Debes was less comfortable with recycling reprocessed uranium (REPU, or URT in French). Reprocessing at La Hague produces about 800 MTHM of REPU per year, which can theoretically be re-enriched but, given economic conditions, is now transformed into stable U3O8 for long term storage. REPU is “potentially usable” in reactors, he noted, and “if there’s a uranium supply crisis in 15 years, we could run our reactors on it for five years.” But Debes acknowledged that higher burnups don’t favor the use of REPU, since they lead to a higher content in spent fuel of the unwieldy U-236 isotope.”
6. Rapport IPSN (aujourd’hui IRSN) du 28 nov 2001 pour le groupe permanent cycle du combustible.
7. H. Guillaume, R. Pellat, Ph. Rouvillois, « Rapport sur le bilan et les perspectives du secteur nucléaire en France », CEA, Mai 1989 - p. 87
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