Eugène Riguidel au Tribunal de grande instance de Caen
Caen , France — Actualité juridique sensible aujourd'hui à Caen. Accusé d'avoir pénétré le 3 octobre 2004 en bateau dans la zone interdite de l'arsenal de Cherbourg pour protester contre l'arrivée en France de 140 kg de plutonium américain, le navigateur et son bateau seront définitivement fixés sur leur sort le 28 novembre prochain. Point positif, l'Avocat Général partage les arguments développés par la défense en considérant que la rade de Cherbourg ne peut être considérée comme un terrain militaire.
L'histoire est simple. Eugène Riguidel est accusé d'avoir, avec son voilier, franchi une ligne invisible dans le port de Cherbourg pour s'opposer au nucléaire et demander un vrai débat sur la question au gouvernement français. La suite : le procureur de Cherbourg décide de le poursuivre puis le 30 novembre 2004 le Tribunal de Cherbourg se déclare, en première instance, incompétent et ordonne la restitution à Eugène Riguidel de son voilier "La Rieuse" . Suite à la demande du Parquet qui avait appel de cette décision, rendez-vous était pris ce jour au tribunal de Caen.
"Une fois de plus, nous avons la preuve de l'impossible mariage entre nucléaire et transparence" , analyse Yannick Rousselet chargé de campagne nucléaire pour Greenpeace France. "L'action d'Eugène et celle de tous les opposants au nucléaire est symptomatiquement écrasée par le gouvernement et le lobby nucléaire. Cette situation inadmissible ne peut plus durer : les enjeux économiques, sociaux, moraux et environnementaux liés à nos choix énergétiques sont bien trop importants pour les générations actuelles et futures."
A la sortie du tribunal, la soixantaine de sympathisants présents représentant une quinzaine d'associations peut sourire. L'avocat général a suivi l'argument juridique de la défense et reconnu que la rade de Cherbourg ne peut être considérée comme un terrain militaire. Après la victoire du Bouguenais opposant Greenpeace à Cogéma sur la qualification de déchets gérés par l'industriel, c'est la deuxième fois cette année que les associations mettent l'industrie nucléaire à la faute sur le terrain juridique.
Pourtant, l'actualité récente montre malheureusement que la France n'arrive toujours pas à se départir de ses vieux démons. Secret-défense en bandoulière, le Gouvernement a amputé les débats publics sur le nucléaire menés actuellement (sur le projet de réacteur EPR et sur la gestion des déchets) en affirmant clairement que le débat, s'arrêtait là où l'intérêt de la Nation commençait, c'est à dire très vite! Arsenal juridique et référés en ordre de marche, Areva empêche continuellement Greenpeace de manifester contre ses installations. Et, dernièrement, Cogema s'est livrée à une incroyable mascarade à La Hague en simulant un accident nucléaire. Un exercice au doux parfum de propagande qui aura eu pour seul mérite de montrer que, à l'heure actuelle, l'hôpital de Cherbourg ne peut accueillir plus de 3 malades radioactifs en même temps... ( Voir la vidéo ).
Les actions de Greenpeace continueront dès demain à Lyon avec l'inauguration de l'exposition L'Empire Atomique contre-attaque .