EXERCICE NUCLEAIRE DE COGEMA LA HAGUE DU 20 OCTOBRE 2005
Bilan de l'observation menée par Greenpeace et la Cellule Citoyenne de Contrôle et d'Inspection de matières fissiles
Avant le début de l'alerte :
- L'annonce faite par les autorités et par les médias auprès de certains participants fausse les règles du jeu : les observateurs ont pu constater que les panneaux de regroupement et de consignes pour l'exercice avaient été réalisés et étaient déjà en place bien avant l'arrivée des élèves dans le collège de Beaumont par exemple.
- De nombreux véhicules de gendarmerie étaient déjà présents dans la cour de la caserne de Beaumont-Hague bien avant le début de l'alerte.
- La mairie de Beaumont a fait mettre des barrières dès la veille, pour empêcher le stationnement sur la place de la mairie afin de pouvoir y déployer le PC mobil. En temps normal, le parking est rempli de véhicules.
- Plus grave, la décision de procéder à trois évacuations ne relève ni d'un choix, ni d'un besoin mais, simplement, d'une contrainte : à l'heure actuelle, l'hôpital de Cherbourg ne peut accueillir plus de 3 malades radioactifs en même temps…
L'alerte :
- La sirène qui a été actionnée à 9h30 n'a été entendu que par peu de personnes dans le périmètre concerné. Le témoignage de nos observateurs attestent que ni à Auderville, ni à Jobourg, ni à Saint Germain Des Vaux, le son de la sirène n'était audible. De Nombreux témoignages qui nous sont parvenus font remarquer que même à Beaumont-Hague, le son de la sirène était peu ou pas du tout perceptible. Dés que le niveau sonore entourant les citoyens évoluait légèrement ou s'ils se trouvaient à l'intérieur de bâtiments, ils ne purent entendre la sirène.
Résultats montrant très clairement le manque d'efficacité des sirènes.
- Les personnes positionnées devant les différents emplacements où se trouvaient les services officiels ont pu constater qu'au moment de l'alerte, aucune réaction notoire n'a été notée. Si l'absence de panique est positif, l'absence de réaction est pour le moins surprenant.
Beaumont-Hague et les alentours :
- La population du périmètre de sécurité n'a pas du tout été associée à l'exercice.
- Lors de nos questions posées à la population, nous avons pu constater :
- Une ignorance quasi totale des consignes de sécurité et en particulier de la signification exacte de la sirène.
- Un fatalisme très présent dans les témoignages laissant clairement apparaître aucune confiance dans les autorités ou les mesures de protection. Les « on ne nous dit rien », « nous on ne sait rien », « de toute façon en cas d'accident ça sera trop tard » ont fleuri pendant tout l'exercice.
- Grâce à la fiche distribuée par la CCCI, un certain nombre de citoyens nous ont fait savoir qu'ils étaient intervenus auprès des autorités pour signifier qu'ils n'étaient pas équipés et près à faire face à un accident nucléaire. Ils nous ont dit avoir souvent été « baladés » pour finir avec un attaché de communication de Cogema, qui leur expliquait que normalement ils devraient recevoir les instructions ou les équipements nécessaires. En fait il n'en était rien.
Exemple concret : alors que les écoles de Beaumont-Hague étaient sensées se confiner, à quelques dizaines de mètres du PC mobil de crise, juste derrière la mairie de la ville, la maison des personnes âgées a été complètement oubliée. Il aura fallu la fiche de la CCCI et de nombreux appels du responsable de la sécurité de l'établissement à sa hiérarchie pour apprendre l'existence de procédures officielles ne disposant … d'aucun réel moyen concret d'action.
Ce responsable rappelle que l'établissement accueil plus de trente pensionnaires âgés et dont 28 ne peuvent se déplacer sans fauteuil roulant. Comment évacuer ou gérer une évacuation d'un établissement ? En tout cas, il a été constaté que lors de cet exercice, ces personnes avaient été complètement ignorées et que le personnel n'a pas les moyens de faire face à un réel accident.
Les écoles et crèches:
- Tout d'abord il est important de constater que seule une partie des établissements scolaires ou crèche du périmètre de sécurité ont appliqué les règles de sécurité. A la crèche de Beaumont-hague les enfants jouaient dans la cours pendant l'alerte. L'école de Jobourg n'a pas participé à l'exercice…En terme de nombre d'enfants impliqués nous sommes donc loin des chiffres annoncés publiquement.
- Au collège de Beaumont-Hague, le confinement est immédiatement décrété dès le retentissement de la sirène à 9h30, mais les entrées et sorties par la porte de l'établissement se poursuivront pendant tout l'exercice. Les mouvements d'élèves (retards, horaires décalés, etc.) se faisant par une porte d'entrée portant une inscription indiquant le confinement et demandant de ne pas entrer pour ne pas mettre en danger les enfants.
Il est à noter que le personnel de l'établissement a tenté de réaliser cet exercice avec le plus grand sérieux malgré des demandes de soutien répétées pour assurer par exemple la garde des entrées dans le collège par exemple. Cet échec entraînant un important désarroi devant l'impossibilité de mettre en œuvre le plan de sécurité prévu.
Au milieu de la période de confinement, un bus empli d'enfants (en provenance de la commune d'Acqueville), accompagnés de leur professeur est arrivé au collège pour utiliser le gymnase. Ces enfants venant directement « s'exposer » dans la zone de sécurité devant leurs camarades confinés dans leurs classes et derrière leurs fenêtres. Nul doute que pour les professeurs de ce collège la crédibilité d'un tel exercice devant leur élève a été sérieusement mise à mal. Après quelques discussions, finalement les enfants sont remontés dans le bus pour repartir dans leur commune d'origine.
- Le confinement des élèves était beaucoup plus symbolique que réel, rien n'a été appliqué concernant l'isolement des bâtiments ou des fenêtres.
Evacuation par hélicoptère :
Dans le cadre de cette journée une évacuation par hélicoptère a été simulée sur le stade de la commune d'Urville-Nacqueville distante d'environ dix kilomètres de l'usine de La Hague.
Cette partie a pu montrer toute l'utilité de cet exercice et démontré pourquoi il devrait être conçu très différemment(voir dimensionnement).
Lors de leur arrivée les observateurs ont pu constater la présence de nombreux gendarmes en voitures et motos à l'entrée du stade et des pompiers en attente. Régler comme dans un film, l'hélicoptère est arrivé à l'heure selon le timing annoncé, une heure plus tôt par le préfet…, Ha non ! En fait c'est par les relations publiques de Cogema. Peut-être est-ce normal ?
Une fois posés, les membres d'équipages de l'hélicoptère se jettent au sol emportant le « blessé très grave et radioactif » vers les pompiers. Ceux-ci font des signes pour stopper leurs collègues qui s'arrêtent alors et déposent le blessé au milieu de la pelouse sans comprendre. Trop tard ils ont contaminé le sol…Ils auraient du attendre que les pompiers « récepteurs » posent les barrières et le vinyle pour protéger la pelouse au pied de l'hélico.
Tout au long de ce transfert, les exemples et les ratés comme celui-ci se sont multipliés alors que le « Blessé contaminé » restait plus de 45 minutes sur la pelouse…
Crédibilité du dimensionnement du scénario :
Le périmètre qui a été concerné par cet exercice est extrêmement faible et ne correspond en rien à un accident majeur. Un véritable accident majeur a été de nombreuse fois décrit depuis plusieurs dizaine d'années, qu'il s'agisse de la rupture du refroidissement des cuves de stockage de produits de fission par l'arrêt d'alimentation électrique ou, plus récemment, d'une chute volontaire d'un avion gros porteur avec dénoyage de l'une des piscines de stockage des combustibles irradiés, ou bien encore la pénétration d'un petit commando armé dans l'établissement.
Dans tous les cas étudiés par des experts de différentes origines, indépendants ou dépendants de l'IRSN, les conséquences de ce type d'accident n'ont rien à voir avec celui envisagé lors de cet exercice.
Dans le cas d'un accident majeur, la zone qu'il faudrait évacuer immédiatement peut atteindre suivant les cas plus de 100 kilomètres et celle de confinement encore plus. Un véritable exercice devrait donc être dimensionné de manière réelle. La culture de nombreux pays est très différente de la France dans ce domaine.
Au moins deux dimensions ne sont pas prises en compte dans cet exercice :
- La notion de distance et de surface contaminée : puisqu'on constate que le Pc mobil, le Pc fixe et l'hôpital de réception des blessés sont dans la zone susceptible d'être fortement contaminée et évacuée.
- La notion de quantité de population touchée par un tel accident. Comment peut imaginer d'utiliser un hélicoptère si les blessés ou contaminés ne se comptent plus en unités mes en dizaine, centaines, voir milliers de personnes.
Questions :
- Comment est-il possible qu'après plusieurs dizaines d'années de fonctionnement les populations soient aussi ignorante des règles de sécurité ?
- Alors que le dimensionnement réel possible d'un accident majeur est connu, pourquoi ne pas organiser un exercice de cette ampleur ?
- Comme on a pu le constater le fait de ne faire les choses qu'en partie fausse complètement les repères , plus personne ne sait d'où il en est, l'exemple du collège est typique, pourquoi ne pas aller au bout de la démarche en créant réellement les condition de mise en place du dispositif dans son ensemble ?
- Pourquoi un scénario si compliqué avec évacuation à partir de la mer à une distance importante et aucune évacuation directe dans le périmètre contaminé ?
- Autant il et compréhensible que le service communication de Cogema prenne en charge l'information sur un accident interne, autant il semble surprenant pour ne pas dire choquant que ce soit ce service qui gère l'information et "dirige" l'information lors d'un exercice extérieur. Nous sommes, normalement, dans un cadre d'information de la part des autorités vers la population et à priori pas dans un plan de communication institutionnelle de Cogema. Pourquoi les services officiels laissent-il l'information faire place à la propagande de l'exploitant ?