Le MOX arrive à Charleston : la surveillance continue
12 avril 2005 - Après 18 jours de traversée, le navire, transportant le combustible expérimental MOX à base de plutonium issu de l'arsenal militaire américain, est arrivé au port de Charleston hier soir à 22H00 heure locale. Ce navire avait quitté le port de Cherbourg le 24 mars. Ce chargement hyper sensible et premier du genre aux Etats-Unis, va être déchargé sur des camions1 du Département à l'Energie (DoE) et acheminé à travers le pays. Des militants écologistes et pacifistes2 travaillant avec Greenpeace ont observé l'arrivée du navire après avoir maintenu une surveillance de l'entrée du port 24h/24 depuis le 4 avril. Cette activité de « watching » complète celle menée par les activistes de Greenpeace France lors du chargement du Mox à Cherbourg le 24 mars dernier.
« Ce transport de plutonium met directement en lumière le double discours dangereux des Etats-Unis concernant les politiques de non-prolifération » a déclaré Tom Clements, chargé de campagne nucléaire pour Greenpeace Internationale et présent à Charleston. « Alors que les USA se présentent au niveau mondial comme les pourfendeurs de la prolifération des matières fissiles et de ses multiples risques, ils mettent ici concrètement en oeuvre des actes qu'ils condamnent par ailleurs. Tout transport ou utilisation de plutonium doit stopper si nous voulons mettre sérieusement fin à la dispersion des armes atomiques ! »
En septembre 2004, 140 kg de poudre de plutonium (sous forme oxyde) de qualité militaire avaient quitté Charleston (Etats-Unis) pour rejoindre les usines d'Areva/Cogema de Cadarache et de Marcoule. Les assemblages, fabriqués en France, sont donc aujourd'hui retournés vers leur pays d'origine. Quatre d'entre eux vont être transportés jusqu'au réacteur de Catawba (Caroline du Sud) appartenant à l'entreprise Duke Energy. Là, ils seront chargés dans le réacteur pour un test de 36 mois. Les deux autres, inutilisables et constitués de rebuts de MOX, iront au Laboratoire National de Los Alamos au Nouveau Mexique pour être ... stocké !
« Pour un tiers du plutonium, l'opération globale est un échec. L'option MOX montre ses limites puisque ce plutonium retourne à la case départ. » déclare Frédéric Marillier, chargé de campagne Nucléaire à Greenpeace France. « Cette stratégie militaro-industrielle est une aberration visant seulement à amorcer, sous couvert de désarmement, la pompe à plutonium aux Etats-Unis et en Russie grâce aux deniers publics ».
Cette fabrication test de MOX rentre dans le cadre du programme russo-américain « d'elimination » de surplus de plutonium militaire. Celle-ci peut être réalisée via la fabrication de MOX ou l'immobilisation dans des déchets radioactifs sous forme de verre. Greenpeace prône la seconde solution et regrette que les enjeux économiques liés à la transformation du Mox l'emportent sur la raison et la sécurité des biens et des personnes. En 2002 le DoE avait ainsi expliqué au Congrès que l'immobilisation du plutonium dans des déchets hautement radioactifs déjà existants et stockés sur le site de Savannah River (SRS) représentait un coût beaucoup moins important que l'option MOX. Malgré ces recommandations, le SRS a été sélectionné pour la construction d'une usine de MOX sur le même modèle que celle de Melox dans le Gard. Symbole de la non-viabilité à long terme de ce programme, la construction de l'usine MOX fait actuellement l'objet d'un important retard alors qu'en Russie les conditions financières ne permettent pas d'assurer sa mise en œuvre.
Notes:
1. Une photo d'un camion du DOE transportant le MOX est disponible sur www.nnsa.doe.gov/stratplan_08.htm . Depuis le 11 septembre, toutes les autres photos liées au transport de matières fissiles ont été supprimées des sites du DOE.
2. Georgians Against Nuclear Energy (GANE), Charleston Peace and the Carolina Peace Resource Center.