DÉPART DU PLUTONIUM AMÉRICAIN POUR LA FRANCE
Charleston, Caroline du Sud, Etats-unis, le 20 septembre 2004 – Malgré l'opposition grandissante des citoyens et les risques de prolifération nucléaire que cela comporte, deux navires commerciaux équipés d'armement léger et naviguant sous pavillon britannique sont arrivés à Charleston, en Caroline du Sud, pour y prendre livraison d'un chargement d'environ 150kg de plutonium militaire devant être acheminé vers la France. A 13h30, heure local, le Pacific Pintail and Pacific Teal, avec une escorte de gardes-côte, bateaux de police, hélicoptères et autres protections militaires, ont quitté la côte Est américaine. Greenpeace et des associations locales étasuniennes et françaises ont réaffirmé leur opposition aux transports nucléaires.
"Ce transport montre très clairement le peu de cas que les Etats-unis font des efforts mondiaux visant à contenir la prolifération de matières nucléaires dangereuses" déclare Tom Clements de Greenpeace International. "C'est le summum de l'arrogance que d'effectuer un tel transport tout en demandant aux autres pays de s'abstenir d'utiliser des technologies et des matières pouvant servir à la fabriquer des armes nucléaires."
Le navire est arrivé à Charleston vers 01h00 du matin (heure de la côte Est des Etats-unis), à la faveur de la nuit. Une escorte de cinq bateaux pneumatiques est allée à la rencontre du navire à son entrée dans la baie. A proximité de la ville, quatre bateaux de police et deux hélicoptères se sont ajoutés à l'escorte. La police a également coupé les accès à Cooper River (la base navale militaire où le plutonium sera chargé).
Selon une lettre du 8 septembre du Département américain de la Sécurité intérieure au député Ed Markey : "Des garde-côtes, des bateaux, des aéronefs et d'autres moyens de la marine et de forces de l'ordre locales" seront mobilisés durant l'opération. Cette même lettre précise qu'aucune "évaluation formelle de la menace" n'a été effectuée pour le transport mais qu'un "rapport d'enquête de terrain" sur les écologistes a été préparé par les garde-côtes (1).
Récemment, une nouvelle association, CAP (Citizens against Plutonium - Citoyens contre le plutonium) a été créée pour manifester la préoccupation de beaucoup d'habitants de Charleston quant au transport et au refus du Département étasunien de l'Energie d'effectuer une évaluation de son impact environnemental.
"Est-il vraiment censé de faire traverser de grandes distances à un navire chargé de plutonium à une époque où la sécurité mondiale est si fragile ? A chaque fois qu'une substance aussi dangereuse est déplacée, on court le risque d'accidents ou d'attentats terroristes. Dans le cas d'un accident, du plutonium pourrait se trouver dispersé dans la mer ce qui empoisonnerait les citoyens et l'environnement marin dont nous dépendons" déclare Merrill Chapman, habitant de Charleston et membre de CAP.
A son arrivée à Cherbourg en France, le chargement de plutonium devra encore parcourir plus 1000 kilomètres dans des camions très vulnérables, à destination de l'usine de production de combustible au plutonium de Cadarache, dans le Gard, aujourd'hui officiellement fermée. C'est dans ces installations, exploitées par l'entreprise publique nucléaire française Areva/Cogéma, qu'un accident nucléaire impliquant du plutonium a eu lieu le 6 septembre dernier, au cours duquel deux travailleurs ont été contaminés.
Note:
1. La lettre au député Markey est consultable sur : www.house.gov/markey/Issues/iss_homeland_resp040908.pdf