La commission européenne chargée d'enquêter sur l’accident de contamination au plutonium de Cadarache avant le transport de plutonium "militaire" américain
Bruxelles, le 13 septembre…Il est expressément demandé à la Commission européenne de mener une enquête immédiate sur l’accident qui s’est récemment produit à l’usine ATPu (atelier de technologie du plutonium) de production de combustible de plutonium MOX de Cadarache, qui doit accueillir dans quelques semaines le plutonium de qualité « militaire » en provenance des Etats-Unis. L’accident au sein du complexe nucléaire de Cadarache dans les Bouches-du-Rhône s’est produit le 6 septembre et n’a été rapporté par son exploitant, le CEA (Commissariat à l’énergie atomique) que trois jours plus tard. Il est aujourd’hui confirmé que deux ouvriers de l’usine furent contaminés, ainsi que d’autres parties du bâtiment. Greenpeace craint fortement que les Autorités françaises ne fournissent pas tous les détails quant à l’échelle de l’incident, l’ampleur et la nature de ses conséquences et les mesures de décontamination. Compte tenu des implications sur le plan de la sécurité et de la sûreté de ce transport mais aussi de la situation actuelle de l’usine de Cadarache, Greenpeace a demandé à Mme Loyola De Palacio, Commissaire européenne à l'énergie et vice-présidente de la Commission européenne, de suspendre ce transport. La Commission avait donné son autorisation pour ce transport dans une lettre adressée au Gouvernement américain en décembre dernier.
L’usine ATPu de Cadarache, exploitée par Areva/Cogema est une structure ancienne et sa fermeture avait été programmée pour 2005 pour des problèmes de sécurité. En 2002, dans un de ses rapports, la Commission condamnait la France pour des manquements “inacceptables” concernant les stocks de plutonium dans l’usine de Cadarache. En 2002 toujours, l’usine était déjà le siège d’un incident au cours duquel un ouvrier fût contaminé par une émanation dans l’air de plutonium issu de la perte de confinement d’une cellule étanche sur laquelle il effectuait une opération de maintenance.
Un peu plus tard cette semaine, le gouvernement américain doit envoyer 140 kilogrammes de plutonium vers la France à bord de deux cargos armés britanniques. Les deux navires devraient atteindre le Port de Charleston, en Caroline du Sud au cours des prochains jours, puis ils traverseront l’Atlantique pour arriver jusqu’au port de Cherbourg, d’où le plutonium sera transporté à l’usine de Cadarache dans le sud de la France. Là, le plutonium sera transformé en combustible MOX pour l’alimentation de réacteurs nucléaires, puis renvoyé sous cette forme aux Etats-Unis.
"En décembre 2003, la Commission européenne a donné son accord pour ce transport. Et elle a garanti par la même à l’Administration américaine la sécurité et la sûreté des installations nucléaires de Cadarache. Et aujourd’hui a lieu cet accident. La Commission doit dès lors agir immédiatement dans le but de clarifier la situation de l’usine de Cadarache et le poids du secret nucléaire français ne doit pas l’en dissuader. Les projets de ce transport transatlantique doivent être immédiatement suspendus jusqu’à la clarification totale de la situation de Cadarache", déclare Shaun Burnie de Greenpeace International.