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Campagne 2005 Présentation de l'équipage 24 mars 2005 17 mars 2005 14 mars 2005
9 mars 2005
C'est dans la journée de lundi que nous sommes tombés sur une grosse partie de la flotte française pélagique du bar : Onze paires de chaluts-bœufs en une seule fois, soit vingt-deux navires qui se croisent et chalutent la zone. Après être allé les identifier un par un et avoir pris contact radio avec eux dans l'après midi, nous mettons de nouveau un pneumatique à l'eau dans la nuit pour aller filmer le plus de remontées de filet possible. En effet l'effort de pêche dure nuit et jour, et les dernières études montrent que la majorité des prises de cétacés ont lieu aux heures de coucher et de lever du soleil. Cela correspond aux données fournies par l'hydrophone (micro sous-marin) que nous avions à bord l'an dernier, l'activité acoustique des dauphins atteint son maximum à l'aube et au crépuscule, et semble induire entre autres un comportement de recherche de nourriture. Nous sommes donc particulièrement intéressés par la pêche du soir et du petit matin. Seulement dans la timonerie de l'Esperanza, de nuit, face à l'horizon éclairé des feux caractéristiques des chaluts-bœufs, et en dépit du radar et des jumelles, il n'est pas évident de déterminer qui remonte ses filets et à quel moment, ni de faire en sorte que notre bateau semi-rigide puisse les rejoindre à temps. Nous parvenons malgré tout à en documenter quelques uns et relançons l'observation au petit matin. C'est là qu'une des deux scientifiques du WDCS (Whale and Dolphin Conservation Society) repère un corps flottant non loin de l'Esperanza, nous rappelons donc notre équipe en mer pour qu'ils aillent le repêcher. Il s'agit d'un dauphin commun femelle en pleine période de lactation ; il faut savoir que la progéniture de cette espèce est dépendante de la mère pendant quatorze à dix-neuf mois. Le cadavre est frais et sa température corporelle indique que l'animal a été piégé très récemment. C'est le deuxième que nous récupérons en mer depuis notre départ, nous en avions trouvé douze sur l'ensemble de la campagne de l'année dernière. Il est très difficile de repérer ces dauphins morts flottant à demi sur l'étendue de la mer, on ne peut vraiment découvrir que ceux qui viennent dériver à proximité du navire. On estime que seulement 10 % des cétacés morts viennent s'échouer sur les plages, et parmi ces derniers, il n'est pas rare de trouver des dauphins délibérément mutilés, le ventre ou la gorge tranchée dans le but de les faire couler plus vite lorsqu'ils sont rejetés en mer. C'est donc après cette découverte, mardi matin, que nous commençons les actions de protestation contre une des paires de chalutiers de la flotte française que nous suivons, et qui s'est peu à peu éparpillée. Magali et Thilo sont volontaires pour aller nager à quatre reprises en face du « Côte d'Amour » et du « Sonia Jérôme » avec des bouées sur lesquelles sont fixés des drapeaux : « Stop au massacre des dauphins ». L'un des chalutiers se voit bien obligé d'éviter les activistes, mais cela ne nous suffit pas. Nous retournons les voir dans l'après-midi et engageons un contact radio afin de leur faire part de nos arguments et de notre détermination. Après quoi le jet boat (propulsion sans hélice pour approcher le filet) s'engage entre les câbles du chalut pour y accrocher une lourde bouée dans le but d'emmêler leur filet. Après quelque temps les pêcheurs décident de remonter ce dernier et d'interrompre prématurément leur pêche. Ils augmentent leur vitesse et se dirigent vers la France. Nous ne sommes pas dupes et les suivons un moment avant de rejoindre l'Esperanza, mais notre objectif est atteint. D'une manière générale les pêcheurs ont bien évidemment aussi des arguments à nous opposer. Mais d'années en années, malgré les bonnes paroles et les timides avancées des régulations européennes, et surtout leur manque d'application faute de l'existence d'un organisme de gestion approprié, des milliers de dauphins et autres mammifères marins, tous espèces protégées, meurent chaque année dans les filets de pêche. Greenpeace demande sur ce sujet l'application du principe de précaution, à travers des mesures restrictives d'urgence, notamment sur la pêcherie pélagique en double du bar. Aujourd'hui mercredi, nous menons une action sur des chalutiers de la flotte britannique, l'« Ocean Dawn » et le « Sunrise ».7 et 8 mars 2005 Quand les chalutiers boeuf pélagiques décident de partir en mer, c'est en groupe qu'ils le font. Sur le radar, ça ressemble à une bataille navale, mais la réalité est moins drôle, surtout quand un jeune dauphin perd sa "maman"? Ce lundi après-midi nous localisons 11 paires de chalutiers et ce dans une zone d'à peine 15 km de larges. Deux de nos bateaux sont mis à l'eau pour identifier toute cette flottille. Ils sont tous français, de Lorient, Saint-Nazaire ou Bayonne. Je reste avec les "campagneurs" et le capitaine sur la passerelle pour servir d'interprète. Le "campagneur" français est dans un de nos bateaux pour tenter de dialoguer avec les chalutiers. Contrairement à ceux de samedi dernier, ils ne veulent rien nous dire sur leurs prises accidentelles. Dans la soirée nous remettons un bateau à l'eau pour aller observer les remontés de filets. Je finis mon quart à minuit. La nuit sera courte, je dois me lever à 6h30. Nous retournons en effet voir leur "pêche" matinale. La flotte s'est un peu dispersée mais nous sommes encore au milieu de 5 paires de chalutiers. Nous n'observons pas directement de dauphins victimes de ces filets, cependant l'équipage resté sur l'Esperanza nous signale un dauphin mort flottant sur le dos à quelques kilomètres de notre position. Voilà une preuve de l'impact de ce type de pêche sur ces mammifères. Combien d'autres sombrent dans les profondeurs de l'océan ? Et même quand les cadavres flottent encore, il est difficile de distinguer la couleur grise de ces dauphins sur le bleu-gris de la mer. Nous nous approchons donc de cette "prise accessoire" qui n'est justement pas accessoire pour nous. Je fixe un cordage autour de la nageoire caudale et la grue de l'Esperanza soulève le corps jusqu'au pont arrière. Les scientifiques du WDCS peuvent faire leurs observations. Aucun doute : des traces de filets et de coupures nettes sont visibles sur les nageoires. Un détail triste apparaît assez vite : c'est une femelle qui est en période de lactation. Son bébé ne tardera pas à mourir, à moins qu'il soit mort dans les mêmes conditions que sa mère. Je suis de retour sur l'Esperanza et rapidement deux nouvelles équipes se constituent pour aller se confronter de manière non-violente avec les chalutiers. Des nageurs sont placés devant ces derniers. Nous n'arrivons pas à stopper leur pêche mortelle mais ils dévient légèrement leur trajectoire. Cet après-midi, nous retenterons sûrement quelque chose... 06 mars 2005 DIMANCHE A L'ANCRE AU LARGE DE PLYMOUTH LA VEILLE REVENONS A DIMANCHE 05 mars 2005 11h45, nous repérons une paire de chaluts bœufs à environ 18 milles au large de "Lizard Point". Nous mettons un semi-rigide à l’eau pour les observer de plus près, il s’agit du "Magellan" et du "Le Baron" de Bayonne. Nous engageons un contact radio cordial, et apprenons qu’ils ont malencontreusement pêché deux dauphins la nuit dernière… Cette capture de mammifères marins est accidentelle mais n’en reste pas moins grave et inacceptable au vu de sa fréquence. Les marsouins et dauphins sont comme tous les cétacés des La mer grossit, nous retournons à bord et repérons trois autres paires de chalutiers pélagiques français qui vont peu à peu se disperser dans l’après-midi. Nous décidons de suivre les premiers rencontrés en espérant que la mer se fasse plus clémente au cours de la nuit pour pouvoir documenter la remontée de leur filet. Au petit matin les deux chalutiers cessent leur pêche et s’en retournent vers la France, qui possède la plus importante flotte pélagique de cette pêcherie du bar. Pour notre part nous avions rendez-vous à l’ancre avec l’hélicoptère cette même matinée, afin d’embarquer deux nouvelles personnes. Après quoi "Tweety" a de nouveau décollé pour un vol de reconnaissance, et nous est revenu avec des informations sur la direction à prendre pour rejoindre d’autres chalutiers… Affaire à suivre donc. Alors que nous repartons cette fin d’après-midi , de nombreux dauphins communs viennent nous saluer et jouer autour de l’Esperanza, intrigués par la camera sous-marine installée sous le tribord arrière. 03 mars 2005
Nous disposons à Greenpeace d’un hélicoptère qui est utilisé en ce moment comme soutien pour notre campagne contre les prises accessoires de cétacés. En cas de besoin « Tweety » nous sert donc, entre autres, à faire la navette entre la terre ferme et notre navire pour embarquer ou débarquer certains membres d’équipage. C’est dans ce cadre que je me suis retrouvé en l’air ce mercredi 2 mars pour aller relever Frederic à bord de l’Esperanza. A l’approche du bateau nous remarquons avec le pilote que deux chalutiers en bœuf (qui tirent le même filet) sont à proximité, et que deux de nos zodiacs sont en action. Nous voilà donc en position privilégiée pour observer la scène, l’objectif de nos activistes est de déposer une lourde bouée dans leur filet afin de contraindre l’Ocean Star et l’Ocean Crest à stopper leur activité. Nous avions déjà fait une action ce week-end pour protester contre ces deux bateaux, dont nous savons par les observateurs gouvernementaux britanniques qu’ils ont l’an dernier tué plus de 150 dauphins. Mais cette fois, le fait de revoir les zodiacs à l’eau suffit pour qu’ils prennent la décision d’arrêter leur pêche et de remonter partiellement leur chalut avant que nous puissions intervenir. Pendant que l’un des chalutiers s’occupe du filet, l’autre tente de chasser nos embarcations pour nous empêcher de filmer ce qu’il pouvait contenir. L’hélicoptère atterri finalement sur le pont de l’Esperanza et nous suivons la scène de plus loin. Après quelques ronds dans l’eau le calme peut revenir, les pêcheurs finissent de remonter leur prises et quittent le secteur. Dans la même journée nous trouvons une autre paire, l’Ocean Dawn et le Sunrise, que nous nous contentons de suivre aujourd’hui, l’état de la mer ne permettant pas autre chose. 03 mars 2005 Hier, journée de ***** pour la campagne. Frédéric part et se fait remplacer par François. Sauf que.... nous avons une paire de chalutiers au radar. Alors, nous préparons Grey Whale et Queeny pour partir si besoin, et pendant ce temps, nous nous rapprochons d'eux pour les identifier. Evidemment, Ocean Star et Ocean Crest. Pas d'hésitation, nous mettons les bouchées doubles pour préparer et mettre à l'eau nos deux bateaux. La mer est assez calme, c'est le bon moment. A peine arrive sur place, il semblerait que notre seule présence les incite a remonter leur filets. Enfin, le fait de positionner notre bateau a hauteur de leurs filets pour y jeter une énorme bouée câblée doit aussi avoir fait son effet. Cette bouée, c'est ce que nous avons déjà utilisée la semaine dernière. C'est un dispositif qui ferme l'entrée du filet sans l'endommager, mais qui oblige les pêcheurs à remonter plus tôt que prévu. Ensuite, il faut faire en sorte, une fois qu'ils ont démêle leur matériel, qu'il ne remette pas a l'eau ces filets meurtriers. Et ça peut durer longtemps. Pas cette fois ci, en nous mettant en position, nous voyons les deux bateaux, instantanément, qui essayent de nous prendre au piège en refermant leur dispositif sur nous. Avec notre Zodiac, nous nous en sortons facilement. Et ils enchaînent tout de suite la remontée du filet, qui prendra un peu de temps bien sur. Des que l'un d'eux est libre de sa partie de filet, il se dirige sur nous, comme a l'habitude, pour nous empêcher de filmer la remontée... au cas ou? Puis, les deux décident de filer droit vers Plymouth, sans remettre a l'eau. C'est gagne. Nous rentrons alors au bateau avec un peu plus de vent... et de la grêle qui fouette le visage. 26 février 2005 Et voila, On s'est décidé a échanger les RIBs. On oublie le Jet, qui n'a Nous étions à l'ancre hier soir pour s'abriter du mauvais temps, et Nous continuons de travailler sur les bateaux, on se prepare si nous 24 février 2005
L'Ocean Star et l'Ocean Crest ont une nouvelle fois été repérés sur le radar en fin de soirée hier. Nous décidons donc de leur rendre une petite visite ce matin au réveil. Les équipes sont prêtes et les zodiacs à l'eau dès sept heures. Seul petit problème, un des deux zodiacs refuse de démarrer. La visite est donc annulée et les deux chalutiers en profitent pour remonter leurs filets et prendre des routes distinctes. Nous nous décidons quant à nous rapprocher des côtes afin de résoudre les problèmes de démarrage du zodiac. Une alternative trouvée pour le zodiac, nous décidons vers 14h de reprendre la mer en suivant un transect qui permettra à l'équipe du WDCS à bord de l'Esperanza de collecter des données pour faire une estimation des populations de dauphins dans la zone. Apres avoir reçu une formation relative aux méthodes d'observation et à leur protocole de recherche au cours des derniers jours, je viens en appui à leur équipe, un de leur membre étant cloué au lit avec 39 de fièvre. Nous effectuons ainsi tout au long de la journée des rotations de 30 minutes en différents points du pont pour observer le maximum de cétacés le long du transect. Chaque fois qu'un ou plusieurs animaux sont observés, un nombre important de donnés sont collectées et sont simultanément enregistrées par un "data manager" : espèce, nombre d'animaux, distance, orientation, type de déplacement, profondeur, température de l'eau, etc. A l'issue de la mission, l'ensemble des données seront traitées à l'aide de modèles mathématiques afin d'affiner les connaissances relatives aux populations de dauphin dans la Manche. A 18h, le soleil commençant à se coucher, les observations prennent fin, et l'équipe se retrouve autour d'un thé brûlant. En ce jeudi 24 Février, 91 dauphins communs ont pu être observes par les différentes personnes qui se sont relayés sur le pont de l'Esperanza dans le froid hivernal de la Manche. 22 février 2005 Dauphin mort repéré -Nombreuses manoeuvres pour l'approcher - Mer forte - Autre bateau à eviter - Il est le long de la coque - Nombreux outils préparés - Tout le monde prêt à aider - Il faut faire vite - L'animal glisse, coule et réapparait - Nombreuses tentatives - On l'attrappe au lasso - Impossible de le remonter - 120 kilos - Une deuxieme attache est nécessaire - On y arrive enfin - Une dizaine de personnes à tirer - Il sort de l'eau - Il nous faut utiliser la grue maintenant - Le dauphin est soulevé par la queue - Nombreuses cicatrices et lacérations - Nageoires, aileron et queue entailles - Il s'est battu -
Réveil pour les campaigners prévu à 5h30 afin d'envisager les différents scénario. Au réveil, le troisieme officier de navigation et les personnes qui ont passé une partie de la nuit avec lui sur le pont nous font un compte-rendu des activités des chalutiers au cours de la nuit. Ils ont apparement repris leur pêche vers 4h30 du matin. Nous réveillons alors les membres de l'équipage qui se joindront à nous pour leur rendre une petite visite en zodiac. Une nouvelle fois, chacun y va de son pronostic quant à la nationalite des chalutiers. La majorite semble penser que ce sont à nouveau l'OCEAN star et l'OCEAN crest, rencontrés la veille. La réponse viendra quelques minutes plus tard. A 7h00, deux zodiacs sont a l'eau et nous decouvrons rapidement que ce sont le MARY CRISTO et le THOMAS NICOLAS, chalutiers francais basés a Saint-Nazaire. Nous rentrons en contact radio pour leur présenter la campagne sur les prises accessoires de dauphins, campagne qui ne leur est certes pas inconnue, l'Esperanza ayant deja croisé leur chemin le 7 Mars 2004 lors de l'expédition 2004. Apres une discussion au cours de laquelle nous leur exposons les menaces qui pesent sur la population de dauphins communs dans la Manche, nous leur demandons d'arreter de pêcher afin de ne pas contribuer à la disparition de cette espèce protegée dans la zone. Ils décident toutefois de poursuivre leur pêche et nous informent que la remontée de leur chalut est prévue pour 13h. Etonnant, sachant que leur filet a été mis à l'eau à 4h30 et qu'un trait de chalut dure généralement environ 6h. Nous décidons toutefois de rejoindre l'Esperanza et de revenir un peu plus tard. Nous continuons alors à observer depuis le pont de l'Esperanza les deux chalutiers. A 10h20, ils se rapprochent l'un de l'autre, Sarah la chargée de campagne anglaise lance un appel "vite dans le zodiac, ils remontent leur chalut". Dix minutes plus tard le zodiac est sur place mais nous arrivons trop tard, le poisson est déjà sur le pont du chalutier. Nouveau retour sur l'Esperanza un peu décus de ne pas etre arrivés à temps pour observer leur peche. MARY CRISTO et THOMAS NICOLAS semblent maintenant se diriger vers les eaux francaises mais nous les gardons à l'oeil. 20 février 2005
Hier soir, nous avions une paire de chalut pélagique au radar. Facile a repérer, il s'agit de deux bateaux de petite taille qui naviguent à faible allure en restant bien parallele. Nous decidons alors d'y aller le matin, dès les premiers rayons du soleil pour voir... francais ou anglais ? 7h. A l'eau... enfin, on pensait, car le jet refuse de demarrer. Aller hop, on remonte le jet, on ouvre, on examine, on repart. Pendant ce temps, le press boat est deja parti établir un premier contact avec les chalutiers : ils sont francais. Allez Fred, a toi de parler ! La conversation amicale nous apprends qu'ils remonteront les filets à 13h, heure francaise. Il neige un peu, le vent se leve... On repart, on reviendra pour 12h. 20 février 2005
Comme tous les soirs, je suis de quart sur la passerelle, de 20h à minuit. Je dois ainsi assister l'officier de navigation en scrutant l'horizon à la recherche des signaux de position des bateaux croisant dans notre zone. Plusieurs navires de commerce apparaissent sur le radar, mais peu après 20h, nous repérons à l'oeil nu deux point lumineux à babord. Le signal sur l'ecran radar ne fait apparaitre qu'un seul écho, mais nous avons progressivement la certitude qu'il s'agit bien de deux chalutiers-boeufs (pair trawlers) : vitesse d'environ 5 noeuds (9km/h), distance entre les deux bateaux de plusieurs centaines de mètre. Nous réduisons notre vitesse et les laissont approcher. Progressivement, deux points se distinguent sur l'écran, il n'y a plus aucun doute. Vers 22h, les deux bateaux se rapprochent l'un de l'autre pour remonter le chalut. Ils ont considerablement réduit leur vitesse, nous obligeant à faire quelques changement de direction pour rester à plus de 5 miles nautiques. Jusqu'à la fin du quart ils resteront ainsi sans vitesse ni direction constante. L'équipage de l'Esperanza est prévenu que le lendemain matin nous irons probablement voir de plus près ces deux navires de peche. 18 février 2005 Hier jeudi 17 fevrier, le navire de Greenpeace, l'Esperanza a quitté le port de Falmouth (extreme sud de l'Angleterre), pour aller protéger les dauphins dans la Manche. Chaque année des centaines de dauphins meurent dans d'immenses filets trainés par deux bateaux (chalut-boeuf pélagique). Une nouvelle étude estime le nombre de dauphins communs dans la zone de pêche est inferieure 10 000 individus. Les observateurs independants du gouvernement britannique ont de leur côté observé la mort de 169 dauphins dans un seul chalut-boeuf pélagique en 2004. Ces données permettent d'affirmer que les flottes britanniques et francaises réunies pourraient tuer dans la zone plus de 2000 dauphins par an. A bord de l'Esperanza, 35 personnes aux rôles differents mais complémentaires, du capitaine à l'activiste en passant par le cuisinier ou la photographe, nous avons tous un objectif commun, protéger les dauphins de la mort dans les filets de pêche. Se trouve également à bord une équipe de chercheurs du WDCS (the Whales and Dolphins Conservation Society) spécialistes des mammifères marins. Tout au long de l'expédition, le WDCS effectuera des observations et comptages de petits cétacés afin d'évaluer l'état de conservation et les menaces qui pesent sur les populations de baleines, dauphins et marsouins. Sur une mer d'huile, idéale pour l'observation de dauphins, le WDCS a observé 121 dauphins communs lors de cette premiere journée en mer. Comme pour nous remercier de l'initiative, plusieurs heures durant, certains de ces dauphins ont escorté le bateau. Aujourd'hui, vendredi, en fin de matinée, les premiers bateaux pratiquant la pêche au bar au chalut boeuf pélagique apparaissent sur le radar. Changement de cap pour l'Esperanza et 21 milles a parcourir avant de les rejoindre. Seront-ils francais ou britanniques, chacun y va de son pronostic. Vers 13h, nous avons la reponse ce sont deux bateaux ecossais, l'OCEAN STAR et l'OCEAN CREST bien connus de Greenpeace car ce sont eux qui ont pris en 2004, 169 dauphins dans leur chalut. Un contact radio est établi pour leur expliquer la raison de notre présence sur la zone. La discussion sera courte, les chalutiers ne souhaitant pas s'exprimer sur le probleme des prises de dauphins dans les filets. Quelques minutes plus tard, un zodiac avec à son bord 6 personnes est à l'eau afin d'aller documenter la remontee de leur chalut. L'OCEAN STAR et l'OCEAN CREST décident alors de quitter la zone et nous les suivons jusqu'a leur destination finale, le port de Plymouth. En soirée,nous décidons de jeter l'ancre à l'entrée du port pour y passer la nuit et être prêts à suivre à nouveau l'OCEAN STAR et l'OCEAN CREST ou tout autres bateaux prenant la mer pour aller pêcher le bar au chalut-boeuf pélagique.
Nous allons rester une dizaine de jours à Falmouth pour préparer la 4 Février 2005 Nous arrivons à Falmouth en Cornouaille en début d'après-midi. A quelques miles nautiques de la côte, nous avons pu voir plusieurs dizaine de dauphins communs. Nous en avions déjà vu quelques-uns, deux semaines plus tôt, mais là ils semblent être beaucoup plus nombreux des deux côtés de l'Esperanza et surtout à la proue où la vague d'étrave leur permet de surfer et avancer sans avoir à bouger leur nageoire. 1, 2 et 3 février 2005 Nous arrivons le mardi matin à Portland-Weymouth au sud de l'Angleterre et nous jetons l'ancre pour quelques jours. Nous pouvons voir un immense yacht de luxe qui, après quelques recherches, semble appartenir à un des dirigeants de Microsoft ! Curieux, le capitaine du yacht demande à la radio ce que nous faisons ici. Heureusement pour lui ce n'est qu'une escale logistique et nous n'avons, pour le moment, aucune raison de bloquer son navire ! Nous avons l'occasion lors des deux soirs à terre de profiter un peu de la ville. Nous repartons le jeudi soir. 29 et 30 Janvier 2005 Le week-end à terre permet de nous ravitailler (eau, provisions alimentaires, journaux...). Certains membres d'équipage sont remplacés après de longs mois passés en mer. Nous repartons de Lorient le dimanche soir à 16h00. Nous longeons la côte Sud-Finistère en dépassant plusieurs phares mythiques : Eckmul, Ar-Men, Le Creac'h. 28 Janvier 2005 Nous avons jeté l'ancre hier soir entre l'île de Groix et Larmor-Plage, à l'abri des regards. José Bové et les autres invités sont descendus à terre pour préparer le comité d'accueil du Golden Lion. Celui-ci arrive à 5 heures du matin. Plusieurs centaines de personnes sont sur le quai, des canoës et des Zodiacs de Greenpeace sont sur l'eau. Etant resté à bord de l'Esperanza en soutien logistique, vous en savez peut-être plus que moi sur l'action et sa perception médiatique. Nous entrons dans le port de Commerce de Lorient vers 13 heures et nous accueillons les activistes, les campaigners et les sympathisants de Greenpeace. L'enthousiasme retombe un peu, certains étant déçus de n'avoir pu bloquer le cargo plus longtemps. Celui-ci décharge sa cargaison transgenique à quelques centaines de mètre de l'Esperanza. 27 Janvier 2005 Nous commençons à avoir plus de détails sur la suite de la campagne. Notre but est de créer une mobilisation citoyenne refusant le déchargement du soja transgènique en Bretagne. Des manifestations sont prévues, les dockers semblent être d'accord pour soutenir le mouvement ou au moins ne pas l'empêcher ; de même avec les pêcheurs qui dans un premier temps semblaient être hostiles à notre venue et qui, après un dialogue avec la Confédération Paysanne, comprennent mieux l'enjeu de la campagne. Les scénarios des actions à venir s'adaptent à chaque minute aux informations qui nous parviennent. L'arrivée est prévue pour ce soir 19h. Campagne 2004 01 février 2004 Me voici donc parti pour trois mois à bord de l'Esperanza en tant qu'équipier marin. Embarquement le 16 janvier à Londres, pour un appareillage le 21. Mission : se documenter sur la mort de milliers de dauphins qui s'échouent chaque année sur les côtes européennes, en grande partie pris dans les filets des chaluts pélagiques. L'association Whale & Dolphin Conservation Society (WDCS) estime que 23% des prises de pêche non voulues, dont les dauphins, sont rejetées mortes en Atlantique. Deux membres du WDCS nous accompagnent dans cette campagne pour compléter leurs données sur le comportement et les zones d'habitat de nos cousins mammifères. Ces petits instants de bonheur renforcent la bonne ambiance du bord, compose d'une trentaine de spécialistes ou membres d'équipage, et pas moins de dix nationalités différentes. Nos journées sont bien remplies et se partagent pour ma part entre l'entretien du navire, les quarts de navigation, l'observation d'éventuels cétacés, les sorties en mer ou encore la "garbology". Entendez par là le tri et la gestion de nos déchets, que nous prenons bien sûr très au sérieux. Cette activité qui devient vite une banale habitude, a pourtant vivement intéressé un des journalistes présent quelques jours à bord, et me vaudra m'a t-il assuré, un bel article dans un grand journal anglais... Toujours sous des rafales atteignant plus de 130km/h, nous attendons la prochaine accalmie pour repartir. 08 février 2004 Après une semaine mouvementée sur les eaux de la mer Celtique, nous voici de retour dans la Manche avec l'espoir d'y trouver la clémence de Neptune... Nous jetons l'ancre quelques heures dans la baie de Saint Yves, charmant petit port en Cornouailles, le temps de se ravitailler et de recevoir le chaleureux soutien de quelques habitants du coin. Ca fait du bien de passer deux heures a terre ! Nous repartons le soir même et repérons dans la nuit de jeudi a vendredi une paire de chaluts pélagiques sur le radar. Au petit matin j'accompagne Stan, Sarah, Gavin, Kate et Julie à bord de notre hors-bord l'African Queen, pour observer de près l'activité des pêcheurs que nous avons suivi. Ils nous disent avoir commencé leur pêche depuis deux jours, et n'ont jusqu'ici "pas vu la couleur d'un dauphin". Nous croiserons dans la journée deux autres paires de chaluts pélagiques, les derniers nous avouant avoir récemment pris des dauphins au piège... Tous ces chaluts étaient français. Mais revenons à la fin de matinée de ce même vendredi. De retour de la première sortie en mer, je monte sur la passerelle pour aider Mareike et Simon du WDCS (Whale & Dolphin Conservation Society) dans leur observation journalière d'éventuels cétacés. C'est alors que je repère le premier dauphin mort, très vite nous voyons le second, puis le troisième... ils sont cinq à flotter non loin d'une masse verdâtre entre deux eaux : une partie d'un filet. Nous sommes bien sur tous consternés, et dans le même temps relativement satisfaits de pouvoir collecter une telle preuve. Sur les cinq mammifères nous en récupérons quatre, plus le filet. Les cadavres sont mesurés, examinés, et portent de très nettes blessures au nez et aux A chaque fois nous avons trouvé ces animaux dans un rayon de moins de 100 mètres autour de l'Esperanza. Combien sont-ils à flotter ainsi sur toute l'étendue de la mer ? Et combien d'entre eux couleront sans être "repêché" sur les côtes européennes ? Il est bien difficile d'établir des statistiques détaillées, toujours est-il qu'on peut déjà répondre à ces question par "beaucoup trop". J'espère vous faire partager une histoire moins triste la prochaine fois ! 18 février 2004 Nous avons vu la semaine dernière un large groupe de dauphins gris (ou dauphins de Risso). Ces animaux mesurent environ quatre mètres et sont marqués de nombreuses rayures blanches en raison de leur cicatrisation particulière. Ils sont très rares à observer car ils sont très timides et peuvent plonger près de 20 minutes sans refaire surface. Jusqu'ici nous Mais la semaine dernière toujours, après avoir pisté plusieurs autres chaluts pélagiques, nous avons fait escale deux jours au port de Falmouth pour procéder à une rotation d'une partie de l'équipage, et pour débarquer nos dauphins congelés qui devraient être autopsiés a la "Zoological Society" de Londres. Après l'embarquement des provisions, d'un nouveau bateau, Samedi, le lendemain de notre départ, nous repérons une paire significative de bateaux sur le radar (un filet pélagique nécessite d'être tiré par deux chaluts). Ce sont des pêcheurs écossais que nous allons suivre comme tous les précédents, pour observer de près chaque remontée de filet. Environ toutes les huit heures, un des deux bateaux se rapproche de l'autre pour lui donner les câbles qu'il tire, afin que le deuxième chalut puisse ramener la totalité du filet à bord. C'est le vrai baptême de notre nouveau pneumatique, l'Ocean witness, qui est lancé à l'eau pour attendre la prochaine relevée. Ce ne sont pas les premiers écossais que nous croisons (hormis ceux de notre équipage bien sûr), mais ce sont bien les premiers qui se montrent particulièrement discourtois. Ils ne tiennent apparemment pas à ce que nous filmions leurs prises, effectuent donc quelques manœuvres d'intimidation très près de l'Ocean witness, préparent les lances à incendie, lancent une menace et un ou deux boulons. Heureusement le cœur n'y est pas vraiment, et leur capitaine comprend que nous ne céderons pas. La négociation reprend ses droits, et nous serons conviés plusieurs fois à leur bord. Nous avons suivis cinq de leur pêche et n'avons vu aucun cétacé dans leur prises. Nous avons par contre retrouvés cinq autres cadavres de dauphins communs qui portaient eux aussi les blessures spécifiques dues aux filets. Nous ne les avons cette fois pas montés à bord car aucun n'était vraiment frais. Nous les avons neanmoins mesurés et marqués, afin de voir combien d'entre eux s'échoueront à terre. Cela pourrait nous donner une idée du pourcentage de dauphins qui coulent sans laisser de traces... A la prochaine fois, quelque part dans la Manche.
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