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Les forêts du Sud-Est Asiatique > L'exploitation forestière en Malaisie : la destruction s'exporte

Les importations françaises de bois et de papier en provenance du Sud-Est Asiatique


Produits et pays d’origine
Les principaux produits en bois importés en France depuis le sud-est asiatique concernent deux principaux pays exportateurs : l’Indonésie et la Malaisie. Il s’agit principalement de mobilier de jardin, de contreplaqués, de sciages et de papier.
Le marché du mobilier de jardin en provenance d’Indonésie représente un chiffre d’affaires de 82 millions d’euros (1). Il est manufacturé principalement à partir de teck issu de plantations de l’Ile de Java et essentiellement issu d’espèces des forêts anciennes tels que le Balau, le Keruing ou le Nyatoh.
Près de 70 000 mètres cube de contreplaqués et sciages ont été importés d’Indonésie en 2002 et 30000 mètres cube de Malaisie. Avec un prix moyen de 350 euros pour un mètre cube de bois asiatique, le marché est estimé à environ 350 millions d’euros (2).
Le commerce du papier en provenance d’Indonésie recouvre, quant à lui, un marché de 60 millions d’euros pour la pâte à papier et de 22 millions d’euros pour le papier (3).


Entreprises commercialisant les produits du sud-est asiatique en France
Le mobilier de jardin est vendu principalement en hypermarchés (Carrefour, Casino, Leclerc), et en grandes surfaces de bricolage (M.Bricolage, Bricomarché). Il n’est cependant pas rare d’en trouver également en jardineries.
Les contreplaqués du sud-est asiatique sont commercialisés chez les deux leaders du marché des matériaux de construction : Point P du groupe Saint Gobain et Pinault-Bois-Matériaux (PBM), récemment racheté par l’anglais Wolseley. Point P commercialise des produits de l’agent indonésien Fepco de la compagine Korindo, et PBM, à travers Sinbpla, commercialise des produits de Korindo et de Rimba Sunkyong (RSK).
D’autre part, la compagnie danoise DLH, installée à Sète (Indubois) et à Nantes (Nordisk), commercialise également des produits issus de la destruction des forêts du sud-est asiatique.
Concernant le papier, une grande partie du papier importé du sud-est asiatique se retrouve sous la forme de papier d’hygiène.

Les forêts indonésiennes en crise

L’Indonésie est un archipel composé de quelques 15 000 îles, qui s’étend du large de la Malaisie aux îles de Nouvelle-Guinée. On estime que l’Indonésie abrite un dixième de la diversité végétale et animale de la planète. Les orang-outans, les éléphants, les tigres, les rhinocéros, un millier d’espèces d’oiseaux, et plusieurs milliers de végétaux font partie de son patrimoine biologique. Cet archipel abrite aussi des centaines de peuples indigènes qui, traditionnellement, vivent de la forêt indonésienne et l’entretiennent. Mais ces 30 dernières années, le gouvernement indonésien a octroyé des parcelles de forêt à des exploitants qui en ont fait des plantations ou des concessions forestières ou minières, sans se soucier des droits des peuples de la forêt. Seulement 10 % des forêts indonésiennes sont des zones protégées gérées par le Département national des forêts (National Forestry Department).

L’industrie indonésienne de la transformation du bois s’est beaucoup développée dans les années 80 et 90, grâce à des fonds étrangers : prêts garanties de crédits à l’exportation provenant de nombreux gouvernements occidentaux. Aujourd’hui, l’industrie forestière indonésienne agit hors de tout contrôle. Plus de 90 % du bois est coupé illégalement, vendu illégalement et souvent exporté illégalement.

En 2003, les coupes annuelles autorisées par le Département national des forêts étaient fixées à 6,9 millions de mètres cubes. Ce chiffre semble ridicule comparé aux 70 millions de mètres cubes que l’on estime avoir été coupés, pour alimenter les scieries et les usines de pâte à papier et de contreplaqué nationales, ainsi que les marchés à l’exportation.

La plus grande partie des coupes illégales est liée, d’une façon ou d’une autre, à des activités d’exploitations forestières légales et en dépendent, et aucune grande forêt du pays n’y échappe. Ceci est dû à la très forte demande de bois des scieries, qui ont toutes besoin de plus de bois que ce qu’autorisent les permis, et à la facilité avec laquelle les fonctionnaires peuvent être soudoyés pour délivrer de nouveaux permis, accepter de faux permis, ou ignorer le non-respect des lois en matière de foresterie.

Les dernières statistiques sur la déforestation sont choquantes. Le rythme auquel disparaissent les forêts en Indonésie a doublé en 5 ans pour atteindre 3,8 millions d’hectares par an aujourd’hui. C’est un rythme dix fois supérieur à celui de l’Amazonie. Les dernières forêts alluviales d’Indonésie seront détruites dans la décennie qui vient, si l’on n’arrive pas à reprendre le contrôle de l’industrie forestière.

De nombreuses zones forestières sont gravement détériorées. Les glissements de terrain, les inondations surprises et les sécheresses deviennent fréquentes à travers tout le pays, à mesure que les forêts sont détruites.

La situation est également désespérée pour de nombreuses espèces animales. Il ne reste qu’environ 500 tigres en liberté à Sumatra, soit moins de 10 % de la population originelle. Chaque année à Sumatra, des centaines de milliers d’hectares de forêt sont transformés en plantations, laissant de moins en moins de place aux tigres, éléphants et autres animaux vivant en forêt. L’habitat des orang-outans, le primate emblématique de l’Asie, est détruit progressivement. Le nombre d’orang-outans a été divisé par deux au cours des 20 dernières années, des coupes illégales étant effectuées dans les zones protégées de Kalimantan, la partie indonésienne de l’île de Bornéo qui les abrite.

Quelques 50 millions d’indigènes vivent dans la forêt indonésienne et en dépendent. Bien que la Constitution indonésienne et de nombreuses lois nationales leur reconnaissent le droit de conserver leurs terres et leurs modes de vie, le gouvernement a systématiquement violé leurs droits en octroyant des concessions forestières et en créant des zones protégées sans le consentement des propriétaires coutumiers des terrains.

Des communautés qui avaient l’habitude de gérer et de protéger leur forêt ont été expulsés de leurs terres. Certains ont dû occuper illégalement les terres de leurs ancêtres. Le Département national des forêts, qui a exproprié les indigènes pour mettre leurs terres à la disposition des exploitants forestiers ou des parcs nationaux, est aujourd’hui incapable de contrôler la grande majorité de la production industrielle annuelle de bois.

Les tentatives du Département national des forêts pour poursuivre en justice les grandes exploitations forestières illégales échouent régulièrement. On ne peut pas espérer de succès tant que la police, l’armée, la justice et le Département national des forêts lui-même n’auront pas subi de profondes réformes.

La situation est si désespérée qu’en octobre 2003, le ministre indonésien des forêts a demandé à l’Union européenne d’arrêter d’acheter des produits ligneux provenant de Malaisie. En effet, une part importante des exportations de bois malais est composée de bois coupé illégalement en Indonésie avant d’être importé en Malaisie. Certaines estimations indiquent que cela concernerait près de 10 millions de mètres cubes de bois. Le gouvernement malais nie le fait que son pays reçoive des quantités importantes de bois indonésien et déclare que l’exploitation forestière illégale est de la responsabilité de l’Indonésie. L’Indonésie vend du contreplaqué, du bois de construction et des produits papetiers à une centaine de pays.

Face à cette situation de crise, le gouvernement indonésien a signé des protocoles d’accord avec des pays qui sont de gros consommateurs de bois, dont le Royaume-Uni, le Japon, la Chine et l’UE. Ces initiatives, qui se développent très lentement, ont pour but d’identifier les produits ligneux illégaux et de mettre un terme à leur commerce. L’une des essences les plus menacées en Indonésie est le ramin, dont la coupe est interdite, de même que la vente ou le transport, si elle ne provient pas d’une activité forestière bénéficiant d’une certification indépendante. Les enquêtes des ONG indiquent toutefois que de grandes quantités de ramin continuent d’être coupées et exportées illégalement en Malaisie.

C’est dans ce contexte de crise que des organisations écologistes et sociales à travers toute l’Indonésie demandent un moratoire sur l’exploitation forestière industrielle. L’Alliance des peuples indigènes de l’archipel considère le système actuel de concession forestière comme illégitime et demande au gouvernement indonésien de l’abolir.

Greenpeace, en commun avec des ONG indonésiennes, dont le WALHI, une coalition de 450 organisations écologistes et sociales locales, demande au gouvernement indonésien de reconnaître et respecter les droits des indigènes sur les terres dont ils sont coutumièrement propriétaires, de réduire la capacité de l’industrie de la transformation du bois de près de 90 %, et de faire de plus gros efforts pour combattre la corruption dans le secteur forestier. Greenpeace soutient également les organisations indonésiennes qui demandent un moratoire sur l’exploitation forestière industrielle. Par la mise en place de ce moratoire sur les coupes, avec le consentement des peuples indigènes, Greenpeace espère que le gouvernement indonésien pourra arrêter le développement industriel dans des zones forestières d’importance, de façon à ce que la très grande diversité végétale et animale de l’Indonésie puisse conserver un habitat viable.

(1) Source : Hardwoodmarkets.com, volume 18, nombre 10, octobre 2003 - Retour
(2) Source : Revue "Le Commerce du Bois", numéro 221, mars 2003 / Organisation internationale des bois tropicaux, newsletter de novembre 2003 - Retour
(3) Source : World Trade Atlas, 2001 - Retour

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